Un jeu ne remplace ni un diagnostic ni un accompagnement spécialisé. Mais, pour une famille qui manque d’informations et de ressources, il peut ouvrir un premier espace d’échange avec un enfant autiste. C’est le pari d’une opération annoncée au Cameroun par Hope For Autism Cameroun et l’association française DNA sans frontières.
Au-delà du matériel, rendre l’autisme compréhensible
Le projet prévoit la distribution de 500 jeux d’éveil à des familles rencontrées pendant la Caravane de Noël de Hope For Autism. L’équipe camerounaise doit sélectionner les bénéficiaires selon les rencontres sur le terrain. Les jeux sont présentés comme des outils pour encourager les interactions à la maison, et non comme un traitement médical.
La distinction compte. L’autisme est un trouble du neurodéveloppement, dont les manifestations et les besoins varient d’une personne à l’autre. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) souligne que les interventions psychosociales adaptées peuvent soutenir la communication et les interactions sociales. Elle rappelle aussi que l’accès aux soins, à l’éducation et à un appui concret pour les proches fait partie de l’accompagnement.
Dans un entretien lié au projet, Cédric Barbiero, représentant de DNA sans frontières, rapporte que certaines familles camerounaises attribuent encore l’autisme à un mauvais sort ou à « l’esprit de l’eau ». Ces propos décrivent des situations rapportées par l’association ; ils ne permettent pas de mesurer leur fréquence dans le pays. Ils éclairent toutefois un enjeu central : quand les explications manquent, les croyances peuvent peser sur la manière dont un enfant est accueilli et accompagné.
Une initiative portée par une association camerounaise
Hope For Autism Cameroun, basée à Douala, mène des actions de sensibilisation et d’accompagnement des familles. Son président, Charles Nombot, a expliqué à l’OMS que l’association organise une caravane et intervient auprès de parents et d’enseignants. Dans ce témoignage, il évoquait des activités menées entre 2021 et 2024 dans plusieurs régions, notamment le Centre, le Littoral, l’Ouest et le Sud.
Cette expérience locale est essentielle : les familles et les équipes de terrain connaissent les besoins, les trajets et les réalités des communes visitées. L’association française apporte un soutien matériel et une participation au projet. Selon Barbiero, les jeux doivent être remis directement aux familles suivies par Hope For Autism, qui montrera aux parents comment s’en servir dans les échanges quotidiens.
La campagne ne part donc pas de critères définis à distance. Ce choix reconnaît le rôle de l’équipe camerounaise dans l’identification des besoins. Il reste néanmoins utile de savoir, à terme, comment les jeux seront répartis, quelles consignes accompagneront leur remise et quel suivi sera proposé. Le nombre annoncé indique l’ampleur visée, mais ne suffit pas à établir l’impact de l’action.
Le coût et le diagnostic restent des obstacles
Barbiero avance qu’un jeu d’éveil peut coûter une dizaine d’euros, pour un salaire mensuel d’environ 100 euros. Ces montants sont ceux qu’il cite dans l’entretien ; ils ne constituent pas une moyenne nationale vérifiée. Ils illustrent néanmoins la question de l’accessibilité : acheter du matériel éducatif peut être difficile pour des ménages aux revenus limités, surtout lorsque d’autres dépenses de santé ou de transport s’ajoutent.
Le diagnostic pose un autre défi. L’OMS indique que la prévalence de l’autisme reste inconnue dans de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire. Il serait donc imprudent de présenter un chiffre isolé comme une mesure fiable de la situation camerounaise. L’organisation insiste plutôt sur la nécessité de repérer les besoins, d’orienter les familles et de coordonner les services de santé, d’éducation et d’accompagnement social.
Les conséquences ne sont pas les mêmes pour toutes les familles. Dans les villes, certains services ou associations peuvent être plus accessibles, mais leur coût demeure un frein. Dans les zones éloignées, la distance et le manque de professionnels peuvent compliquer les démarches. Et lorsqu’un parent doit réduire son activité pour accompagner son enfant, les effets touchent aussi les revenus du ménage.
Une action locale dans un cadre régional
Le Cameroun appartient à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), qui rassemble six pays autour d’une intégration économique régionale. La campagne décrite concerne des familles camerounaises et ne relève pas d’un programme de la CEMAC. Sa portée régionale tient plutôt à une question partagée : comment rendre les services de santé, l’école et l’information accessibles aux personnes autistes et à leurs proches, au-delà des grandes villes ?
Le parcours de la caravane peut aider à faire connaître l’autisme et à relier les familles à des ressources locales. Mais une distribution ponctuelle ne répond pas, à elle seule, au besoin de diagnostics, de professionnels formés et d’écoles adaptées. La continuité dépendra notamment des partenariats, des relais associatifs et de la possibilité de prolonger les échanges après le passage de l’équipe.
Une publication de Charles Nombot annonçait une édition de la caravane du 10 au 20 décembre 2025. Cette échéance est passée. Les informations consultées ne confirment pas le nombre de jeux effectivement distribués ni les résultats obtenus. L’annonce d’une opération et sa réalisation doivent donc rester distinctes. Le projet affichait aussi l’ambition d’un partenariat durable et d’un documentaire ; leur état d’avancement n’est pas établi ici.
Le principal indicateur à suivre ne sera pas seulement le nombre de jeux remis. Il faudra aussi regarder si les familles ont reçu des explications utiles, si elles ont pu être orientées vers des services adaptés et si la sensibilisation a continué après la caravane. C’est à cette échelle que cette initiative solidaire pourra mesurer sa contribution à l’inclusion au Cameroun.