Pour le Ghana, se rapprocher des BRICS ne signifie pas encore rejoindre leur cercle des membres à part entière. Accra mise d’abord sur un statut de partenaire, une formule qui ouvre des espaces de coopération sans conférer les mêmes droits qu’une adhésion complète.

La distinction compte pour un pays qui cherche de nouveaux débouchés et des investissements, tout en affirmant qu’il entend préserver ses relations actuelles. La démarche s’inscrit aussi dans une dynamique ouest-africaine : le Nigeria est déjà partenaire du groupe depuis janvier 2025.

Une candidature par étapes, portée par l’Inde

Le 6 octobre 2026, à Accra, le ministre des Affaires étrangères Samuel Okudzeto Ablakwa a annoncé que le gouvernement avait approuvé une candidature ghanéenne aux BRICS. Quatre jours plus tard, lors de l’émission télévisée « Key Points », il a précisé que le Ghana demanderait d’abord le statut de pays partenaire, plutôt qu’une adhésion pleine immédiate.

La demande officielle reste à transmettre. Le ministre a indiqué que son gouvernement préparait le dossier et solliciterait le soutien des membres du groupe. Le Ghana a déjà demandé l’appui de l’Inde, dont le ministre des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, était en visite à Accra le 6 octobre. New Delhi préside les BRICS en 2026. Jaishankar s’est dit favorable aux aspirations ghanéennes, tout en rappelant que la décision relève collectivement des membres.

Le mécanisme n’équivaut donc pas à une adhésion automatique. Le statut de partenaire a été créé lors du sommet de Kazan, en 2024. Les partenaires peuvent prendre part à certaines activités du groupe, mais ne disposent pas du même statut que les onze membres à part entière. La présidence tournante transmet les principes et critères applicables à l’État intéressé, puis son expression d’intérêt est soumise aux membres.

Les dirigeants des BRICS se sont réunis à New Delhi les 12 et 13 septembre 2026. Leur déclaration reconnaît la contribution des pays partenaires et annonce que la Chine assurera la présidence en 2027. Elle ne fixe cependant pas de calendrier public pour examiner la demande ghanéenne. À ce stade, aucune date d’approbation ne peut être tenue pour acquise.

Des débouchés économiques, sans promesse automatique

Accra présente cette démarche comme un moyen d’élargir ses options économiques. Selon Ablakwa, les échanges commerciaux entre le Ghana et l’Inde sont passés d’environ trois milliards de dollars en 2024 à près de sept milliards. Ces montants, avancés par le ministre, donnent une indication de l’importance accordée au partenaire indien ; ils ne garantissent pas, à eux seuls, une hausse future des exportations ou des investissements.

Le gouvernement veut attirer des capitaux, soutenir l’industrialisation et accroître la valeur ajoutée tirée des ressources du pays. Pour que les échanges avec les économies des BRICS servent ces objectifs, il faudra des projets concrets : financement accessible, transferts de compétences, débouchés commerciaux et retombées mesurables pour les entreprises ghanéennes.

L’effet potentiel ne serait pas le même pour tous. Les grandes entreprises et les acteurs tournés vers l’exportation pourraient être les premiers à saisir de nouveaux marchés ou partenariats. Les petites entreprises, les producteurs ruraux et les travailleurs de l’économie informelle n’en bénéficieraient que si ces relations se traduisent par des chaînes de valeur locales, des emplois et un accès plus large aux marchés. L’annonce diplomatique ne permet pas encore de mesurer ces retombées.

Le ministre insiste sur la complémentarité plutôt que sur une rupture avec les partenaires existants. Le Ghana entend conserver ses liens avec le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et ses partenaires bilatéraux, tout en diversifiant ses relations. Il défend ainsi une marge de choix plus large dans un contexte où le pays cherche à financer sa transformation économique.

Une portée ouest-africaine, mais pas encore un mouvement régional

Le précédent nigérian donne à la candidature une dimension régionale. Abuja a obtenu le statut de partenaire en janvier 2025. En janvier 2025, un élu ghanéen intervenant au Parlement avait déjà évoqué les conséquences possibles de cette admission pour la coopération en Afrique de l’Ouest et au sein de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest.

Cette proximité ne signifie pas que les deux pays suivront une trajectoire identique. Le Nigeria a plaidé pour que le partenariat produise des résultats concrets et pour que ses liens avec les BRICS servent aussi les échanges régionaux. Si la demande ghanéenne aboutit, Accra et Abuja pourraient porter des intérêts ouest-africains dans davantage de discussions internationales. Mais une coordination régionale ne découle pas automatiquement de deux démarches nationales.

Les BRICS eux-mêmes ne forment pas un bloc homogène. Ils rassemblent onze membres, parmi lesquels la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud, aux priorités parfois distinctes. Le choix de solliciter l’Inde rappelle que la diplomatie ghanéenne ne se résume pas à un alignement sur Pékin ou sur une autre puissance. Accra met en avant la liberté de diversifier ses partenariats.

Les autorités relient cette approche à l’héritage de Kwame Nkrumah et aux relations historiques entre le premier président ghanéen et le Premier ministre indien Jawaharlal Nehru, tous deux associés au mouvement des non-alignés. Cette référence éclaire le récit diplomatique du gouvernement ; l’enjeu actuel se jugera toutefois sur les termes de la coopération et ses résultats économiques.

Pour l’Afrique de l’Ouest, la candidature reste donc un signal, pas la preuve d’un basculement collectif. La prochaine étape sera le dépôt formel du dossier ghanéen, puis son examen par les membres. D’ici là, les questions concrètes demeurent : quels secteurs pourraient bénéficier de nouveaux partenariats, quelles conditions les accompagneraient et quelle place serait accordée aux priorités régionales ?