Au Burkina Faso, la destruction d’un forage ne s’arrête pas à une pompe hors service. Elle peut éloigner l’eau potable des familles, fragiliser les soins et compliquer le quotidien des enfants. Plus de 145 points d’eau ont été détruits lors d’attaques entre 2020 et 2025, selon l’UNICEF.

Une infrastructure civile au cœur des tensions

Les systèmes d’eau et d’assainissement sont des services essentiels, mais ils deviennent aussi particulièrement vulnérables dans les zones de conflit. Le rapport Water Under Fire, volume 4 de l’UNICEF recense des attaques et perturbations documentées dans 23 pays et territoires, entre janvier 2021 et juin 2026. Il indique que les attaques signalées contre ces systèmes ont triplé entre 2021 et 2025.

Le décompte couvre plusieurs formes d’atteintes : dommages aux puits, aux stations de traitement et aux canalisations, contamination de sources, mais aussi restrictions touchant les pièces et produits nécessaires au traitement de l’eau. Ces données décrivent les incidents recensés ; elles ne constituent pas nécessairement un inventaire exhaustif de toutes les attaques.

Au Burkina Faso, le rapport fait état de plus de 145 points d’eau détruits entre 2020 et 2025. L’UNICEF estime que près de 830 000 personnes ont ainsi perdu l’accès à l’eau potable, dont plus de la moitié seraient des enfants. Ce bilan est attribué à l’organisation, qui ne détaille pas dans son communiqué la répartition par région ni la durée des interruptions.

Des conséquences qui dépassent la borne-fontaine

Quand un point d’eau cesse de fonctionner, les habitants doivent trouver une autre source ou parcourir davantage de distance. La charge pèse particulièrement sur les ménages vivant dans les localités éloignées et sur les personnes chargées de la collecte, souvent des femmes et des filles. Les communautés déplacées et les villages qui les accueillent peuvent également se partager des installations déjà sollicitées.

Le manque d’eau potable affecte aussi les centres de santé, les écoles et les pratiques d’hygiène. Il complique la prévention des maladies hydriques et la prise en charge des patients. Dans les zones rurales, où les solutions de remplacement peuvent être rares, la remise en service d’un forage ou l’acheminement d’eau devient un enjeu immédiat pour toute la communauté.

Cette pression s’inscrit dans une crise plus large. Dans son appel humanitaire pour 2025, l’UNICEF estimait que 2,8 millions de personnes au Burkina Faso auraient besoin d’une assistance d’urgence en matière d’eau, d’hygiène et d’assainissement. Ce chiffre englobe des besoins multiples : il ne mesure pas uniquement l’effet des attaques.

Le Comité international de la Croix-Rouge a également décrit l’extension des atteintes aux points d’eau, du Sahel vers d’autres régions du pays, dont le Centre-Nord, le Nord et la Boucle du Mouhoun. Un bilan publié par le Cluster Protection au Burkina Faso relevait déjà 58 points d’eau attaqués en 2022, contre 21 en 2021 et trois en 2020. Ces séries antérieures éclairent la tendance, mais ne doivent pas être confondues avec le nouveau total de points détruits entre 2020 et 2025.

Réparer sans remplacer la protection

Les réparations et l’approvisionnement d’urgence peuvent rétablir un service, mais ils ne préviennent pas une nouvelle attaque. Dans son communiqué, l’UNICEF rappelle que les installations indispensables à la population civile doivent être protégées conformément au droit international humanitaire. L’organisation appelle les parties aux conflits, les bailleurs et les acteurs humanitaires et du développement à traiter l’eau et l’assainissement comme des services nécessaires à la survie.

Pour les autorités burkinabè et les opérateurs de l’eau, l’enjeu porte donc à la fois sur la remise en état et sur la continuité du service : sécuriser les équipements, disposer de pièces et de produits de traitement, et prévoir des solutions temporaires quand un ouvrage est endommagé. Les données disponibles ne permettent toutefois pas de mesurer, à elles seules, la capacité actuelle de chaque localité à répondre à ces besoins.

La dimension régionale compte également. Le Burkina Faso s’est officiellement retiré de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, le 29 janvier 2025. Cette évolution institutionnelle n’efface pas les besoins transfrontaliers : déplacements de population, coordination humanitaire et circulation des biens essentiels restent des questions régionales. La CEDEAO a annoncé le maintien provisoire de dispositifs facilitant la circulation des personnes et des marchandises après le retrait.

Un enjeu de résilience pour le Sahel

Le rapport de l’UNICEF replace le cas burkinabè dans une réalité plus vaste, sans réduire les contextes nationaux à une seule situation. Au Soudan, l’organisation indique qu’en mars 2024, une seule des 13 stations de traitement d’eau de l’État de Khartoum fonctionnait encore. Ces exemples montrent comment des atteintes aux infrastructures peuvent transformer une crise sécuritaire en urgence sanitaire durable.

Pour le Burkina Faso, le chiffre à suivre ne sera pas seulement celui des nouveaux incidents. La capacité à réparer les ouvrages, à maintenir l’eau disponible dans les localités touchées et à documenter les interruptions dira aussi si les familles retrouvent un accès régulier. L’UNICEF souligne que la réparation ne peut se substituer à la protection des systèmes dont dépendent les civils.