À Porto-Novo, une date africaine remet l’histoire au centre
Dans la capitale béninoise, Porto-Novo, une journée consacrée à la femme africaine a pris la forme d’un débat sur la mémoire, la création et la transmission. Le choix du lieu n’est pas anodin : le Centre Akanga, fondé à Porto-Novo en 2016, se présente comme un espace panafricain de culture, d’histoire et de lien avec la diaspora.
Autour de Jeki Esso, directrice du centre, l’échange a aussi rappelé qu’en Afrique de l’Ouest les initiatives culturelles ne se limitent pas à la scène artistique. Elles servent souvent de pont entre patrimoine, conscience civique et débat public. Dans un pays membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, ces espaces portent aussi une lecture régionale des enjeux sociaux.
Le 31 juillet, une mémoire politique avant d’être commémorative
La Journée de la femme africaine, célébrée le 31 juillet, remonte à la première conférence des femmes africaines organisée à Dar es Salaam en juillet 1962. L’Union africaine rappelle que cette rencontre a proclamé cette journée le 31 juillet, en mémoire de la création de la première organisation panafricaine des femmes.
Un second repère aide à comprendre la distinction avec le 8 mars. L’ONU indique que la Journée internationale des femmes, elle, a été officiellement reconnue en 1977. Les deux dates existent donc dans des histoires différentes : l’une vient du mouvement ouvrier international, l’autre d’un cadre panafricain né dans le temps des décolonisations.
Cette précision compte. Elle évite de réduire le 31 juillet à une simple variante du 8 mars. Elle rappelle surtout que, dès 1962, des femmes africaines ont voulu inscrire leurs combats dans l’agenda continental, à un moment où plusieurs pays n’avaient pas encore accédé à l’indépendance et où l’apartheid structurait encore une partie du rapport de force en Afrique australe.
Au Bénin, la culture comme lieu de pédagogie civique
À Porto-Novo, l’événement a mis en avant la créativité féminine comme un levier d’autonomie. Le centre Akanga se décrit lui-même comme un lieu de découverte de l’histoire du Bénin, du Nigeria voisin, de l’Afrique de l’Ouest et de la diaspora. Cette orientation donne du sens à une journée où l’art, la parole et la mémoire se répondent.
Le message de Jeki Esso rejoint un débat plus large sur la place des femmes dans la vie publique béninoise. Les données compilées par ONU Femmes montrent que le pays continue de faire face à des défis sur la représentation politique et la lutte contre les violences faites aux femmes. Elles rappellent aussi qu’une partie importante de l’activité économique féminine reste informelle, donc plus exposée aux revenus irréguliers et à la précarité.
Dans ce contexte, parler de créativité n’est pas un détour décoratif. C’est une façon d’élargir la question. Une femme créatrice, entrepreneure ou médiatrice culturelle ne demande pas seulement à être célébrée. Elle réclame aussi des conditions concrètes : formation, visibilité, sécurité économique, et reconnaissance de son travail dans l’espace public.
Transmission, jeunesse et souveraineté du récit
Le débat de Porto-Novo a aussi touché à un point sensible : la circulation des références. Jeki Esso a insisté sur la nécessité pour les jeunes de mieux connaître les histoires produites sur le continent. Cette idée n’est pas un repli identitaire. C’est une demande de rééquilibrage du regard. Quand une histoire africaine est mal connue, elle devient facile à effacer, puis à réécrire depuis l’extérieur.
Le 31 juillet porte justement cette leçon. La journée ne sert pas seulement à honorer des figures féminines. Elle rappelle que les femmes africaines ont pesé dans les luttes anticoloniales, dans l’organisation politique et dans la construction des États post-indépendance. L’Union africaine présente encore aujourd’hui cette commémoration comme un moment pour reconnaître leur contribution à la liberté, à l’égalité et à l’autonomisation.
À Porto-Novo, cette mémoire trouve un écho particulier. La ville, capitale politique du Bénin, s’affirme aussi par ses institutions culturelles, ses musées et ses espaces de transmission. Le fait qu’un centre comme Akanga s’y déploie montre que la capitale n’est pas seulement un centre administratif. Elle devient aussi un laboratoire de récit national et continental.
Ce que cette journée dit de l’Afrique de l’Ouest
La portée dépasse le seul cas béninois. Dans l’espace CEDEAO, où les débats sur la jeunesse, l’emploi et la participation des femmes restent vifs, les commémorations panafricaines rappellent qu’il existe des outils de solidarité historiques, pas seulement des cadres économiques. La mémoire des femmes africaines fait partie de ces outils.
Elle éclaire aussi les priorités à venir. Pour les institutions publiques, l’enjeu reste la mise en œuvre de politiques plus fermes sur la représentation, l’accès aux revenus et la protection contre les violences. Pour les milieux culturels, l’enjeu est différent mais complémentaire : faire circuler des récits africains exacts, accessibles et assumés. Les deux dimensions se répondent.
À l’échelle continentale, le 31 juillet conserve donc une valeur de boussole. Il rappelle que les combats des femmes africaines ne commencent pas avec les modes du moment ni avec les agendas importés. Ils s’inscrivent dans une histoire longue, faite de lutte politique, de pensée critique et d’invention sociale. À Porto-Novo, cette histoire a trouvé un lieu, des voix et une scène.