Quand le prix du panier augmente, les ménages attendent des réponses concrètes. Un Conseil économique et social peut-il peser sur ces décisions, ou seulement donner son avis ? Au Bénin, la question met en lumière une institution consultative dont l’utilité dépend autant de ses travaux que de l’attention que leur accordent les pouvoirs publics.

Une institution de dialogue, pas un ministère des prix

Le Conseil économique et social (CES) rassemble des représentants de la société et contribue au débat public sur les questions économiques et sociales. La loi organique béninoise de 2024 précise son cadre et ses missions. Le Conseil peut éclairer les choix publics ; il ne fixe pas les prix et ne remplace ni le gouvernement ni le Parlement. La loi organique béninoise sur le CES distingue ainsi la consultation de la décision exécutive.

Cette différence compte dans un débat sur la vie chère. Le Conseil peut porter des préoccupations, entendre des acteurs et formuler des avis. Mais ces avis ne constituent pas, à eux seuls, une mesure contre la hausse des dépenses quotidiennes. Leur effet dépend de leur contenu, de leur transmission aux institutions compétentes et des suites qui leur sont données.

Conrad Gbaguidi a dirigé le CES après sa refondation en 2024. Son livre, La troisième voix, présente le rôle consultatif comme un espace distinct des pouvoirs exécutif et législatif. L’ouvrage est paru le 17 septembre 2026, selon sa notice éditoriale. Cette perspective vient d’un praticien de l’institution ; elle ne se confond pas avec une évaluation indépendante de ses résultats. La présentation de l’ouvrage de Conrad Gbaguidi décrit cette ambition de dialogue.

La refondation du CES et la question de son autonomie

La réforme de 2024 a redéfini l’organisation du Conseil. Elle intervient dans un Bénin où les institutions sont régulièrement appelées à montrer leur capacité à représenter des intérêts divers et à éclairer les décisions nationales. Pour les citoyens, l’enjeu n’est donc pas seulement de savoir si le CES existe, mais qui peut y faire entendre ses préoccupations et ce que deviennent ses recommandations.

Gbaguidi a défendu l’idée que le Conseil ne devrait être ni une instance de la mouvance au pouvoir ni celle de l’opposition. C’est une ambition institutionnelle, pas une preuve automatique de neutralité. Celle-ci se mesure dans la composition des débats, la diversité des voix entendues, la transparence des avis rendus et la possibilité de critiquer les politiques sans réduire le Conseil à un relais partisan.

Le parcours récent de l’institution rappelle aussi que ses responsables et ses fonctions évoluent. En février 2025, Gbaguidi a été élu à la tête du CES, après la mise en place de sa septième mandature. En juillet 2026, des médias béninois ont rapporté une nouvelle organisation : Abdoulaye Bio Tchané a pris la présidence du Conseil, tandis que Gbaguidi est devenu Médiateur de la République dans le cadre d’une réforme. Ces étapes sont rapportées par plusieurs médias locaux, dont Banouto et Daabaaru. Le CES actuel ne doit donc pas être confondu avec celui que Gbaguidi présidait en 2025.

De l’avis institutionnel aux réalités des ménages

Sur la vie chère, le pouvoir d’action du CES est indirect. Il peut contribuer à faire remonter les effets d’une politique ou d’une hausse des coûts, et proposer des pistes de réflexion. En revanche, les décisions qui touchent aux taxes, aux revenus, aux marchés ou aux dispositifs de soutien relèvent des autorités compétentes. Sans mécanisme de suivi public, un avis peut rester sans effet visible pour les ménages.

L’impact n’est pas le même pour tous. Les familles salariées peuvent suivre l’évolution des dépenses dans leur budget mensuel. Les travailleurs de l’économie informelle, dont les revenus varient davantage, disposent souvent de moins de marge pour absorber une hausse. Les réalités diffèrent aussi entre Cotonou, centre économique du pays, Porto-Novo, capitale politique, et les communes rurales, où l’accès aux marchés et aux services peut modifier le coût réel de la vie.

Un Conseil utile doit donc relier les discussions nationales aux expériences concrètes, sans prétendre parler d’une seule voix au nom de toute la population. La qualité de ses travaux se juge aussi à la manière dont ils distinguent les situations : catégories de revenus, territoires, producteurs, commerçants et consommateurs. Cette exigence donne du sens à la concertation, mais ne garantit pas que le gouvernement suivra les recommandations.

Un enjeu béninois, une question régionale

La vie chère ne s’arrête pas aux frontières. Les échanges commerciaux, les coûts de transport et les marchés partagés relient les économies ouest-africaines. La CEDEAO, communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, offre un cadre de coopération régionale ; elle ne remplace toutefois pas les décisions nationales sur les prix et les politiques sociales.

Pour le Bénin, le test sera concret : les avis du CES éclaireront-ils les choix publics, et les citoyens pourront-ils en suivre les suites ? La réponse dépendra moins des déclarations sur la neutralité que de la capacité de l’institution à écouter des intérêts différents, publier des propositions compréhensibles et rendre compte de leur devenir. C’est à cette condition que la « troisième voix » peut contribuer au débat, sans se substituer aux responsables qui décident.