Le financement du commerce africain reste la vraie bataille

Sur le continent, la question n’est pas seulement de vendre plus. Elle est aussi de trouver l’argent qui permet d’acheter, d’expédier, de garantir et de régler les opérations. Sans cette mécanique, le marché africain reste fragmenté, même quand la demande existe.

C’est dans ce contexte qu’Afreximbank a publié, le 24 août 2026, des résultats semestriels en hausse. Le groupe bancaire a expliqué avoir porté ses prêts et avances nets à 35,4 milliards de dollars au 30 juin 2026, contre 33,5 milliards à la fin de 2025. La progression atteint 5,7 %. L’institution a aussi indiqué que ses actifs et engagements conditionnels ont grimpé à 52,3 milliards de dollars, contre 48,5 milliards à fin décembre 2025. Son résultat net s’est établi à 534,7 millions de dollars, en hausse de 30 % sur un an, tandis que le ratio de prêts non performants est resté à 2,20 %.

Un acteur panafricain au cœur des échanges

Afreximbank, basée au Caire, en Égypte, est une institution multilatérale de financement du commerce qui travaille sur les échanges intra-africains et extra-africains. Elle opère aussi depuis Abuja, Abidjan, Harare et Kampala. Son rôle dépasse celui d’une banque classique : elle fournit des prêts, des garanties, des lettres de crédit et du conseil pour sécuriser les flux commerciaux.

Ce positionnement prend de l’ampleur depuis l’entrée en vigueur progressive de la ZLECAf, la Zone de libre-échange continentale africaine, qui vise à faciliter les échanges entre pays africains. La banque a d’ailleurs fait du commerce intra-africain un axe central de sa stratégie, en lien avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine. En 2025, son rapport sur le commerce africain notait que les échanges entre pays du continent avaient atteint 220,3 milliards de dollars en 2024, en hausse de 12,4 % sur un an. Pour 2025, Afreximbank a ensuite publié un chiffre de 213,8 milliards de dollars, soit une progression de 5,5 % selon son rapport 2026 sur le commerce africain.

Ce que disent les chiffres, au-delà du signal financier

La hausse des prêts et avances nets n’est pas un simple exercice comptable. Elle indique qu’Afreximbank continue d’élargir sa capacité à financer des opérations qui, autrement, se heurteraient au manque de garanties, au coût élevé du risque ou à la prudence des banques commerciales. C’est un point décisif pour les exportateurs, les importateurs, les États et les PME qui dépendent de lignes de crédit rapides pour faire circuler marchandises et intrants.

Le groupe souligne aussi un bilan renforcé. Le saut des actifs et engagements conditionnels à 52,3 milliards de dollars traduit la montée en puissance d’une institution qui joue de plus en plus le rôle d’amortisseur face à un environnement financier mondial plus contraignant. La direction d’Afreximbank explique que cette solidité lui permet de rester réactive face aux urgences tout en soutenant la transformation structurelle des économies africaines et caribéennes. Cette lecture est cohérente avec les données publiées au premier semestre 2025, qui montraient déjà un bilan de 42,5 milliards de dollars, en hausse et avec un coût du risque maîtrisé.

Le ratio de prêts non performants, maintenu à 2,20 %, mérite lui aussi attention. Dans le langage bancaire, il mesure la part des crédits en difficulté. Un niveau contenu suggère que l’expansion du portefeuille ne s’est pas faite au prix d’une dégradation brutale de la qualité des actifs. Pour une banque de développement, c’est un indicateur important : elle doit prêter davantage, mais sans fragiliser sa propre capacité d’action.

Une stratégie de montée en puissance, avec des appuis politiques

La trajectoire actuelle ne sort pas de nulle part. En avril 2026, Afreximbank avait déjà annoncé de solides résultats pour 2025, avec un total d’actifs et d’engagements conditionnels de 48,5 milliards de dollars et des prêts et avances nets de 33,5 milliards. Quelques mois plus tôt, la banque avait aussi sécurisé une facilité syndiquée à double tranche de 2 milliards de dollars, utile pour soutenir sa capacité de financement.

Son assise institutionnelle s’est élargie. La Somalie est devenue le 53e État africain membre en mars 2025. L’Afrique du Sud a, pour sa part, officiellement adhéré le 4 février 2026, devenant le 54e État africain membre et obtenant un programme-pays de 8 milliards de dollars. Pour Pretoria, cette adhésion doit faciliter le financement des exportations, des entreprises publiques et des projets liés à l’intégration commerciale africaine.

Cette évolution a une portée politique claire. Plus Afreximbank élargit sa base de membres et son bilan, plus elle gagne en capacité pour financer des chaînes de valeur régionales. Cela peut profiter aux grands groupes industriels comme aux petites entreprises qui cherchent à franchir les frontières. Mais l’effet réel dépendra encore des infrastructures, des douanes, de la stabilité monétaire et de la capacité des États à lever les obstacles non tarifaires. En d’autres termes, la banque peut fluidifier le commerce ; elle ne peut pas, à elle seule, supprimer les blocages logistiques et réglementaires.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois

La prochaine séquence se jouera autour de la capacité de l’institution à tenir sa promesse de doubler les financements du commerce intra-africain, de 20 milliards de dollars en 2021 à 40 milliards en 2026. Ce cap a été réaffirmé dans ses publications stratégiques récentes. S’il est atteint, il dira beaucoup sur l’évolution du financement du commerce sur le continent. S’il ne l’est pas, il rappellera surtout l’ampleur du besoin encore non couvert.

Au fond, le sujet dépasse Afreximbank. Il concerne la place de l’Afrique dans un système financier mondial qui reste cher, sélectif et souvent peu adapté aux réalités du commerce continental. Les performances semestrielles du groupe montrent qu’une institution africaine peut lever des fonds, gérer le risque et accompagner l’intégration économique à grande échelle. La question suivante sera plus concrète : jusqu’où ces ressources se traduiront-elles, sur le terrain, en usines, en corridors, en paiements sécurisés et en contrats réellement exécutés ?