Une œuvre née à Dakar, Abidjan, Lomé, Cotonou ou Accra peut-elle changer de sens lorsqu’elle est présentée à Paris, aux côtés de créations venues des quatre autres villes et pays ? C’est l’une des questions que pose une exposition anniversaire réunissant 23 artistes accompagnés par le Prix ellipse depuis 2021.

Cinq scènes artistiques, cinq éditions

Du 15 au 31 octobre 2026, la galerie située au 62 rue Charlot, dans le 3e arrondissement de Paris, accueillera des artistes issus du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Togo, du Bénin et du Ghana. L’exposition marque les cinq ans du prix et rassemble lauréats et finalistes des éditions précédentes. Elle est conçue par Sitor Senghor avec l’équipe d’ellipse art projects.

Les cinq pays ne représentent pas une seule scène artistique uniforme. Chacun a accueilli une édition du concours et proposé ses propres artistes et thèmes. Le Sénégal était à l’honneur en 2021, la Côte d’Ivoire en 2022, le Togo en 2023, le Bénin en 2024 et le Ghana en 2025. Le dispositif itinérant met ainsi successivement en lumière différentes scènes nationales, plutôt que de prétendre résumer l’art ouest-africain.

Créé en 2021, le Prix ellipse vise les artistes visuels émergents et associe sélection, accompagnement professionnel et occasions d’exposition. Le principe est de consacrer chaque édition à une scène artistique différente. En cinq ans, le programme a donc suivi un parcours reliant cinq pays voisins, aux histoires et aux écosystèmes culturels distincts.

Des œuvres réunies sans effacer leurs différences

Peinture, photographie, sculpture, textile et installation figurent parmi les pratiques représentées. Les œuvres abordent notamment la mémoire, les héritages culturels, les transformations sociales et les expériences humaines. Leur réunion permet de faire apparaître des correspondances, mais ne suffit pas à les réduire à un récit commun.

Le commissariat de Sitor Senghor s’appuie sur les rapprochements qui émergent entre les créations, même lorsqu’elles n’ont pas été conçues pour dialoguer. Ce choix donne à voir des échos entre des démarches artistiques, sans supposer qu’elles expriment toutes la même identité. Les différences de territoire, de médium et de trajectoire restent au cœur de l’ensemble.

Ce point compte dans la présentation de l’art du continent à l’étranger. Une exposition réunissant plusieurs nationalités peut ouvrir un espace de comparaison et de circulation. Mais elle peut aussi, si son cadrage gomme les contextes, faire croire à une création homogène. Ici, le parcours de cinq éditions fournit un repère : les artistes se rencontrent à Paris après avoir été accompagnés dans des scènes nationales différentes.

La visibilité ne règle pas toute la question de la circulation

Pour les artistes, une exposition à Paris peut offrir de nouveaux contacts professionnels et une visibilité au-delà de leur pays. Pour les publics, elle donne accès à une sélection de pratiques contemporaines de cinq pays ouest-africains. Pour les structures culturelles locales, la question est aussi celle du retour : la reconnaissance obtenue à l’étranger peut-elle nourrir durablement les réseaux, les lieux d’exposition et les échanges dans les pays concernés ?

Le prix affirme soutenir la professionnalisation et la mobilité. Ces objectifs répondent à un enjeu concret : les artistes ont besoin de lieux de présentation, de réseaux et de ressources pour produire et diffuser leurs œuvres. Toutefois, une exposition anniversaire à Paris ne permet pas, à elle seule, de mesurer l’impact à long terme du programme. Celui-ci dépend notamment des collaborations qui se poursuivent après l’événement et de la capacité des artistes à faire circuler leurs travaux dans plusieurs espaces.

La programmation parisienne s’inscrit par ailleurs dans un calendrier plus large. La foire AKAA, consacrée à l’art et au design liés à l’Afrique, doit accueillir du 23 au 25 octobre une présentation photographique réunissant cinq artistes associés aux différentes éditions du prix. Cette proposition, distincte de l’exposition du 62 rue Charlot, prolonge la visibilité du programme dans la capitale française.

Un anniversaire tourné vers la suite

Le bilan des cinq premières éditions intervient alors que le Prix ellipse change de cap. Son appel à candidatures 2026 porte sur le Maroc, pays d’Afrique du Nord, et non sur l’Afrique de l’Ouest. Ce déplacement vers une autre scène artistique montre que le programme entend poursuivre son itinéraire au-delà des cinq pays réunis dans l’exposition anniversaire.

Pour les scènes concernées, l’enjeu sera de voir si cette circulation entre pays, institutions et publics se prolonge au-delà de Paris. La rencontre des 23 artistes offre une photographie de cinq années de sélection et d’accompagnement. Elle ne clôt pas leur parcours : elle rend visibles des œuvres et des trajectoires que les prochaines expositions, collaborations et réseaux pourront encore déplacer.

Les dates et la composition de l’exposition sont présentées par ellipse art projects. Le calendrier des éditions et le passage au Maroc sont détaillés sur la page du Prix ellipse. La foire AKAA confirme la sélection anniversaire et la présentation photographique.