Dans le corridor de la Beira, l’électricité n’est pas seulement une question de confort. Elle conditionne la remise en service des écoles, la fluidité des ateliers, l’irrigation et la relance de zones encore marquées par les chocs climatiques. À Nhamatanda, dans la province de Sofala, un nouveau projet solaire veut justement ajouter de la capacité au réseau national mozambicain, au moment où le pays accélère sa marche vers l’accès universel à l’énergie.
Un projet solaire de taille moyenne, mais à forte portée locale
Le dossier porte sur une centrale photovoltaïque de 45 MW prévue à Lamego, dans le district de Nhamatanda. Le projet, estimé à 69 millions de dollars, est porté par Electricidade de Moçambique, la compagnie publique d’électricité, et par VBC Corporation, un groupe mozambicain à capitaux locaux. Il a déjà franchi une première étape réglementaire avec l’ouverture de la consultation publique liée à l’étude d’impact environnemental, un passage obligé avant la délivrance des autorisations finales.
Le périmètre annoncé est précis. La centrale occuperait environ 160 hectares et serait reliée à la sous-station de Lamego par deux lignes de 110 kilovolts sur 11,9 kilomètres. L’objectif est simple : injecter l’électricité produite dans le réseau national et renforcer une distribution encore inégale entre les grands centres urbains et les districts de l’intérieur.
Le choix de Nhamatanda n’est pas anodin. Le district se trouve sur le corridor Beira-Chimoio, un axe stratégique pour les échanges intérieurs et régionaux. Il a aussi été durement touché par le cyclone Idai en mars 2019, qui a laissé des dégâts durables sur les infrastructures et les services de base dans Sofala. Dans ce contexte, ajouter une source solaire connectée au réseau national relève à la fois de la réparation territoriale et de la planification énergétique.
Ce projet n’arrive pas isolément. VBC Corporation est déjà associée à EDM sur un autre chantier solaire de 60 MW près du barrage de Corumana, dans la province de Maputo, pour un investissement annoncé de 110,6 millions de dollars. Le groupe dit travailler depuis plus de quinze ans dans l’ingénierie, l’énergie et l’immobilier. Cette répétition des partenariats montre que le solaire mozambicain passe désormais par des montages public-privé, plutôt que par une seule logique d’État ou de bailleur.
Ce que change l’énergie solaire dans le Mozambique d’aujourd’hui
Le gouvernement mozambicain inscrit ce type d’initiative dans le programme « Energia para Todos », coordonné par le ministère des Ressources minérales et de l’Énergie. L’ambition officielle reste la même : atteindre l’accès universel à l’électricité d’ici 2030. Le World Bank a rappelé que le pays a presque doublé son taux d’accès, de 31 % en 2018 à 60 % fin 2024, grâce notamment au programme ProEnergia. L’institution indique aussi que plus de 514 000 ménages ont été raccordés entre 2020 et 2024.
Les chiffres publiés par EDM confirment l’accélération. L’entreprise a annoncé 75 411 nouvelles connexions au premier trimestre 2026. Dans le même temps, son directeur général, Joaquim Ou-Chim, a indiqué que 420 000 nouvelles connexions étaient visées d’ici fin 2026, avec un budget de 82 millions de dollars, dont 70 millions provenant du projet ProEnergia financé par la Banque mondiale. Cette trajectoire montre une stratégie en deux temps : étendre le réseau là où c’est possible, tout en recourant à des systèmes autonomes solaires et mini-hydrauliques dans les zones plus difficiles à desservir.
Pour les ménages, l’enjeu est concret. L’électricité stabilise les dépenses, allonge les heures d’activité et facilite l’accès aux soins et à l’éducation. Pour les petites entreprises, elle réduit le recours aux groupes électrogènes et sécurise la chaîne du froid, l’usinage léger ou les services numériques. Pour les zones rurales et périurbaines, elle peut aussi soutenir les points d’eau, l’irrigation et la transformation agricole. Dans le centre du pays, où l’accès reste plus fragile que dans la capitale Maputo et ses environs, l’impact d’une centrale connectée au réseau est d’autant plus visible.
L’étude d’impact environnemental reste néanmoins décisive. Elle doit identifier les effets possibles sur les terres agricoles, les activités économiques locales et les sites d’importance culturelle. Le projet prévoit également un plan de réinstallation et un plan de restauration des moyens de subsistance pour les familles affectées. C’est un point sensible, car la transition énergétique ne peut pas se faire au détriment des usages fonciers ni des revenus de proximité. Dans un district agricole, l’arbitrage entre foncier, compensation et bénéfice collectif sera observé de près.
À l’échelle régionale, le dossier s’inscrit dans une dynamique plus large de la SADC, la Communauté de développement d’Afrique australe. L’organisation a adopté plusieurs plans énergétiques jusqu’en 2030 et rappelle que la participation du secteur privé est désormais un levier central pour combler le retard d’infrastructures. La région reste confrontée à un accès inégal à l’électricité, surtout en milieu rural. Le Mozambique, qui a longtemps figuré parmi les pays les moins raccordés de la zone, cherche donc à transformer son potentiel solaire en capacité installée, puis en service effectif pour les populations.
La portée continentale est claire. Le pays avance dans la même direction que plusieurs États africains qui combinent réforme réglementaire, raccordement du réseau et mini-réseaux pour accélérer l’accès à l’électricité. À court terme, il faudra surveiller l’issue de la consultation publique à Nhamatanda, puis la décision environnementale et le calendrier de construction. C’est souvent à cette étape que se joue la différence entre une annonce prometteuse et une centrale réellement mise au service du réseau mozambicain.