Pour Arno Yafunga, chaque séance sur le tatami rapproche un rêve personnel d’une scène rarement ouverte aux jeunes réfugiés. À 15 ans, ce judoka originaire de la République démocratique du Congo se prépare à représenter l’équipe olympique des réfugiés aux Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) de Dakar, du 31 octobre au 13 novembre 2026.
Un parcours entre Kinshasa et Nairobi
Arno a grandi au Kenya après avoir quitté la RDC pendant son enfance. À Nairobi, il partage son temps entre l’école, la course matinale et les entraînements de judo en soirée. Son père, Arnold, ceinture noire, lui a transmis cette discipline et l’accompagne sur les tatamis.
Le jeune athlète vise la catégorie masculine des moins de 55 kilos. Il dit vouloir décrocher l’or et montrer que les jeunes réfugiés peuvent accomplir de grandes choses lorsqu’ils disposent d’occasions de concourir. Cette ambition, formulée dans le récit de son parcours, ne préjuge évidemment pas du résultat sportif à Dakar.
Le judo représente aussi pour lui un cadre quotidien. Arno explique que ce sport lui enseigne le respect et la responsabilité, et l’aide à s’éloigner de fréquentations qu’il juge risquées. Son expérience rappelle que l’accès au sport peut compter dans la vie d’un adolescent, au-delà de la compétition.
Une équipe inédite pour les Jeux de la jeunesse
Arno fera partie d’une délégation de six athlètes réfugiés, composée à parité de trois filles et trois garçons. Ils vivent au Kenya et en Ouganda et participeront en athlétisme, judo et taekwondo. Le Comité international olympique confirme qu’il s’agit de la première équipe olympique de réfugiés engagée aux JOJ.
Le groupe s’inscrit dans une coopération entre les comités olympiques nationaux kényan et ougandais, la Fondation olympique pour les réfugiés et des fédérations sportives. À l’approche des Jeux, les six athlètes se sont retrouvés en stage à Kaptagat, au Kenya, pour s’entraîner ensemble et préparer leur première compétition sous les couleurs de l’équipe des réfugiés.
Pour Dakar, l’enjeu dépasse donc la sélection d’un athlète. Les JOJ seront le premier événement olympique organisé sur le continent africain. En accueillant aussi une équipe de jeunes réfugiés, le Sénégal réunira deux premières sur une même scène sportive, entre Dakar, Diamniadio et Saly.
Les obstacles ne s’arrêtent pas à la sélection
Arnold décrit les difficultés que rencontrent les réfugiés pour obtenir des documents ou une autorisation de travail au Kenya. Il évoque aussi le coût et la disponibilité des équipements, ainsi que l’accès à des lieux d’entraînement. Ces obstacles touchent l’entourage familial et les jeunes sportifs qui n’ont pas été repérés par un programme ou une fédération.
Le contexte est important. En février 2025, le Kenya accueillait plus de 836 000 réfugiés et demandeurs d’asile, selon le dispositif conjoint du Programme alimentaire mondial et du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. La plupart vivaient dans les zones de Dadaab et de Kakuma ; une part plus réduite résidait en ville, notamment à Nairobi. Ces chiffres décrivent une population diverse, et non une expérience uniforme : les besoins et les possibilités varient selon le lieu de résidence, les papiers détenus et les ressources disponibles.
La participation d’Arno ne règle pas ces contraintes. Elle montre plutôt ce que peut rendre possible un accompagnement sportif, tout en laissant visible l’écart entre une qualification exceptionnelle et l’accès régulier aux équipements, aux clubs et aux compétitions. Le parcours de son père, qui l’entraîne, souligne également le rôle des proches et des encadreurs locaux dans le développement d’un jeune talent.
Un rendez-vous sportif à portée régionale
Le Kenya et l’Ouganda sont des pays d’accueil majeurs pour les personnes déplacées en Afrique de l’Est. Leurs comités olympiques contribuent à la préparation de cette équipe, tandis que le Sénégal accueille les Jeux en Afrique de l’Ouest. La délégation relie ainsi plusieurs espaces du continent par le sport, sans confondre les réalités propres à chaque pays.
Au-delà des médailles, l’attention se portera sur la manière dont les six athlètes pourront poursuivre leur pratique après Dakar. Pour Arno, le tatami sénégalais sera un test de haut niveau et une occasion de porter un message qu’il formule lui-même : le statut de réfugié ne ferme pas le droit de rêver. Pour les institutions sportives, la suite se mesurera aussi aux possibilités concrètes de maintenir l’entraînement et d’ouvrir d’autres parcours aux jeunes.