À Miski, la paix dépend autant du silence des armes que de règles acceptées sur l’or, les patrouilles et les revenus miniers. Les tirs du 14 octobre 2026 ont remis cette question au premier plan dans le Tibesti, au nord du Tchad.

Un accord récent, des griefs toujours ouverts

Le différend oppose le Comité d’autodéfense de Miski à la Brigade nationale de contrôle des activités minières, déployée dans la zone aurifère. Il s’inscrit dans un conflit ancien sur l’exploitation des ressources, le contrôle du territoire et la part des populations locales dans les retombées économiques.

Un accord signé à Bardaï le 20 avril 2025 devait interrompre les hostilités et ouvrir une nouvelle étape. Il prévoit notamment l’annulation des permis miniers en cours et la suspension des activités, ainsi que l’intégration de combattants dans les forces de sécurité après formation. Il prévoit aussi des mécanismes de suivi et la reprise de services publics dans le département d’Emi-Koussi. Les dispositions de l’accord de paix de Miski sont donc directement liées aux tensions actuelles.

Ce texte n’est pas le premier effort de règlement. Des accords antérieurs, notamment en 2019, n’ont pas mis fin durablement au conflit. Un rapport de situation publié en juin 2026 souligne que plusieurs engagements conclus depuis 2019 sont restés sans mise en œuvre complète. Il relève aussi que les différends portent depuis longtemps sur les modalités d’exploitation minière et le partage des retombées. Le rapport sur la situation sécuritaire au Tchad rappelle ainsi que la signature d’un accord ne suffit pas à régler les causes du conflit.

Des versions opposées sur les affrontements

Les combats ont eu lieu le mercredi 14 octobre 2026. Le 15 octobre, l’état-major tchadien a annoncé la mort de deux officiers et neuf blessés parmi les membres de la Brigade minière. Il attribue l’attaque au Comité d’autodéfense et lui demande de déposer les armes. L’armée affirme que l’accord de 2025 est appliqué par les autorités. L’annonce de l’état-major rapportée par APA confirme la date et le bilan avancé par les militaires.

Le Comité, de son côté, accuse l’armée d’avoir tué sept civils lors d’une frappe de drone et dénonce des pillages. Il conteste également la présence de la Brigade minière et l’existence de prélèvements qu’il qualifie d’illégaux. Ces accusations n’ont pas pu être confirmées de façon indépendante. Elles doivent donc rester attribuées au Comité, tout comme le bilan militaire demeure celui communiqué par l’état-major.

Avant les affrontements, le Comité avait déjà dénoncé des tirs à l’arme lourde et demandé le retrait de responsables de la Brigade. Il invoquait des engagements pris le 3 octobre 2026 avec une délégation gouvernementale. Le communiqué du Comité rapporté par Journal du Tchad éclaire les tensions qui précédaient l’accrochage, sans établir à lui seul la responsabilité de chaque camp.

Le médiateur de la République, Saleh Kebzabo, appelle les parties à la retenue et au respect de leurs engagements. Son intervention compte, car il a joué un rôle dans la conclusion de l’accord et doit contribuer à son suivi. À ce stade, les accusations réciproques montrent surtout que les mécanismes de vérification et de dialogue n’ont pas empêché l’escalade.

Au-delà du contrôle des sites aurifères

Pour les habitants, l’enjeu dépasse la présence d’une unité armée. La suspension annoncée des activités minières vise aussi à encadrer l’exploitation et à définir qui décide des permis, des contrôles et des bénéfices. Quand ces règles restent contestées, la sécurité quotidienne et la confiance envers les autorités locales sont fragilisées.

Les effets peuvent différer selon les acteurs. Les autorités cherchent à rétablir leur présence et à sécuriser les sites. Le Comité réclame le respect des dispositions minières de l’accord. Les habitants, eux, ont intérêt à ce que les affrontements cessent et que les engagements portant sur les compensations et les services publics avancent. Les éléments disponibles ne permettent pas encore de mesurer l’ampleur des conséquences civiles de la reprise des violences.

Le Tchad appartient à la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. Mais le dossier de Miski relève d’abord d’une médiation nationale et de la mise en œuvre d’un accord local. Sa portée régionale tient à une question plus large : comment concilier sécurité, autorité publique et gouvernance des ressources minières dans les zones éloignées des capitales ?

La mise en œuvre, prochain test de la médiation

Le point décisif sera désormais la vérification des engagements pris : statut de la Brigade minière, suspension effective des permis, fonctionnement des commissions de suivi et traitement des griefs sur les prélèvements. Sans calendrier partagé et procédure crédible pour examiner les accusations, chaque camp risque de présenter ses propres actes comme une réponse aux violations de l’autre.

À N’Djamena, le gouvernement ne s’est pas encore exprimé sur ces accusations. La médiation devra clarifier les faits sans reprendre la version d’un seul camp, puis ramener les parties aux dispositions de l’accord. Pour le Tibesti, la solidité du cessez-le-feu se mesurera moins aux déclarations qu’à l’application vérifiable des règles convenues autour de Miski.