Le Cameroun devait bientôt entrer dans le cercle des producteurs de bauxite. Mais à Minim-Martap, dans la région de l’Adamaoua, le minerai reste encore sous terre. Le projet est désormais confronté à deux obstacles liés : le financement de la construction et le bras de fer autour de son opérateur australien, Canyon Resources.
Un projet minier stratégique pour le Cameroun
Minim-Martap est porté au Cameroun par Camalco, une filiale de Canyon Resources. Le gisement figure parmi les principaux projets miniers du pays. Sa mise en production doit diversifier une économie encore largement dépendante des hydrocarbures, de l’agriculture et des exportations de matières premières peu transformées.
Le projet se situe dans l’Adamaoua, une région intérieure éloignée des grands ports. Son développement dépend donc autant de l’extraction que de la capacité à acheminer le minerai vers la côte. La construction de la route minière et l’acquisition de wagons sont ainsi des éléments centraux du modèle économique.
À l’échelle régionale, le dossier intéresse aussi la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, la CEMAC. Cette organisation réunit notamment le Cameroun, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine, le Congo et le Tchad. Pour le Cameroun, une filière bauxite structurée renforcerait les recettes d’exportation et les échanges avec ses voisins.
L’offre de rachat d’A2MP arrive à son terme sans majorité suffisante
Le 23 septembre 2026, Canyon Resources a confirmé l’échec de l’offre publique d’achat lancée par A2MP Investments. L’offre, arrivée à échéance le 21 septembre à 19 heures, heure de Sydney, n’a pas atteint le seuil de 75 % du capital nécessaire à sa poursuite.
A2MP, déjà actionnaire majoritaire de Canyon, proposait 0,05 dollar australien par action pour acquérir les titres qu’elle ne détenait pas encore. Le groupe cherchait ainsi à prendre le contrôle complet de la société qui porte le projet de Minim-Martap.
Les acceptations reçues dans le cadre de l’opération sont désormais considérées comme nulles et sans effet. Les actionnaires concernés retrouvent donc la libre disposition de leurs titres. A2MP conserve toutefois sa position d’actionnaire majoritaire de Canyon. L’échec de l’offre ne signifie pas son retrait du projet camerounais.
Le prix proposé avait suscité une forte contestation. Dans son évaluation indépendante, BDO Corporate Finance Australia retenait une valeur préférée de 0,32 dollar australien par action. Le cabinet estimait l’offre d’A2MP « ni équitable ni raisonnable » pour les actionnaires minoritaires.
Cette différence de valorisation révèle un désaccord de fond. A2MP considère que la valeur attribuée à une partie des ressources de Minim-Martap repose sur des volumes qui ne seraient pas exploités rapidement. Le comité indépendant de Canyon défend, au contraire, le potentiel de long terme du projet et recommande le rejet de l’offre.
Le financement reste le principal point de tension
Le projet bénéficie d’une facilité de crédit syndiquée de 82 milliards de francs CFA, soit environ 140 millions de dollars. AFG Bank Cameroon en est le principal établissement arrangeur. Cette enveloppe doit financer une partie des infrastructures nécessaires au lancement de la mine et à l’exportation du minerai.
La banque a suspendu les nouveaux décaissements. Elle demande une révision du calendrier, du modèle financier et de plusieurs paramètres techniques. Une visite du site par les prêteurs figure également parmi les conditions examinées avant une éventuelle reprise des financements.
Au 31 juillet 2026, environ 75 millions de dollars avaient déjà été tirés sur cette facilité. Les sommes versées ne sont pas remises en cause. En revanche, le gel des nouveaux décaissements réduit la marge de manœuvre de Camalco pour poursuivre les travaux au rythme initialement prévu.
La situation est d’autant plus délicate qu’A2MP intervient à plusieurs niveaux. Le groupe est l’actionnaire majoritaire de Canyon. Il est aussi le candidat au rachat des titres restants et l’un des garants du financement bancaire. Cette superposition de rôles a conduit le Takeovers Panel australien, l’organe chargé des litiges liés aux offres publiques, à encadrer les échanges entre A2MP et AFG Bank.
Cette décision procédurale ne débloque pas le prêt. Elle ne modifie ni son montant, ni son taux, ni sa durée, ni les garanties associées. Elle vise surtout à éviter que les discussions financières entre les différents acteurs ne créent un déséquilibre dans la bataille boursière.
Des volumes revus à la baisse et un calendrier incertain
Canyon a retiré son objectif d’une première expédition au quatrième trimestre 2026. Le calendrier initial prévoyait une production de 1,2 million de tonnes. Les projections évoquées pour 2027 ramènent désormais le volume de départ à 0,4 million de tonnes.
Cette baisse ne constitue pas un simple ajustement industriel. Elle traduit les difficultés à réunir les capitaux nécessaires, à sécuriser le transport et à confirmer les hypothèses de prix de vente. Elle réduit aussi les revenus attendus au démarrage, alors que les infrastructures doivent être financées avant les premières exportations.
Le cabinet indépendant chargé de l’évaluation de Canyon estime par ailleurs que le projet présente un besoin de financement supérieur à 300 millions de dollars dans son scénario de référence. Ce montant dépasse la seule facilité bancaire déjà mise en place. Canyon doit donc identifier de nouvelles ressources ou revoir encore l’ampleur des premières opérations.
Sur le terrain, les travaux ne sont pas totalement interrompus. La société a signalé la poursuite de la construction de la liaison entre la mine et le terminal ferroviaire. Les premiers wagons destinés au transport du minerai sont également attendus. Toutefois, ces avancées ne suffisent pas à confirmer une date d’exportation.
Ce que le dossier change pour le Cameroun
Pour l’État camerounais, l’enjeu dépasse le sort d’une offre publique en Australie. La mise en production de Minim-Martap doit générer des recettes minières, créer des emplois directs et soutenir les activités de transport, de maintenance et de sous-traitance autour de l’Adamaoua.
Les effets ne seront cependant pas identiques pour tous les acteurs. Les entreprises formelles attendent des contrats liés aux infrastructures et à la logistique. Les travailleurs des zones concernées espèrent des emplois durables. Les opérateurs informels et les communautés locales, eux, restent attentifs à l’accès aux terres, à la circulation et aux retombées concrètes du projet.
Le gouvernement devra aussi suivre la solidité du montage financier. Une mine peut disposer d’importantes ressources géologiques sans être immédiatement rentable. Dans le cas de Minim-Martap, la question centrale n’est donc plus seulement la quantité de bauxite disponible. Elle concerne désormais le coût du transport, le financement des équipements, les débouchés commerciaux et la capacité de l’opérateur à tenir ses engagements.
La prochaine étape se jouera dans les discussions entre Canyon, A2MP, AFG Bank et les autres prêteurs. Le Cameroun devra observer si un nouveau calendrier est officiellement présenté, si les décaissements reprennent et si la production de 0,4 million de tonnes constitue une phase réaliste ou un objectif provisoire.
À l’échelle de la CEMAC et du continent, Minim-Martap rappelle une réalité souvent sous-estimée : le potentiel minier ne produit des revenus que lorsqu’il est relié à un financement crédible, à des infrastructures opérationnelles et à une gouvernance stable du projet.