À Kinshasa, l’enjeu ne consiste plus seulement à obtenir des préférences tarifaires. Il s’agit désormais de permettre aux entreprises congolaises de les utiliser réellement, malgré les exigences sanitaires, les coûts logistiques et les lenteurs aux frontières. C’est dans cette logique que la République démocratique du Congo prépare deux nouveaux instruments avec le Royaume-Uni et l’Ukraine.
Deux négociations pour élargir les débouchés de la RDC
Le 22 septembre 2026, le ministère du Commerce extérieur a annoncé la préparation d’un mémorandum d’entente avec le Royaume-Uni. Le même jour, Kinshasa a évoqué la conclusion prochaine d’un accord commercial bilatéral avec l’Ukraine. Ces annonces font suite à des réunions tenues dans la capitale congolaise entre le ministre Julien Paluku Kahongya, des représentants diplomatiques et des experts des deux pays.
Le futur mémorandum doit préciser la mise en œuvre du partenariat commercial lancé en novembre 2025 entre la RDC et le Royaume-Uni. D’après le ministère congolais du Commerce extérieur, une équipe mixte dispose d’une semaine pour finaliser le document.
Avec Londres, le texte devrait porter sur plusieurs obstacles qui freinent les exportations congolaises. Il prévoit notamment la formation des producteurs et des exportateurs aux normes sanitaires et phytosanitaires. Ces règles encadrent la sécurité des aliments, la santé animale et la protection des végétaux.
Le British Standards Institution, organisme britannique de normalisation, pourrait contribuer à cet accompagnement. Le dispositif doit aussi inclure un appui aux producteurs locaux et la digitalisation des postes frontaliers à arrêt unique. Ces postes regroupent, sur un même site, les contrôles de plusieurs administrations afin de réduire les délais de passage.
La diplomatie économique britannique a également confirmé son implication dans le Forum économique RDC-Royaume-Uni. Cette rencontre est annoncée à Londres du 2 au 4 novembre 2026. Elle doit réunir des entreprises et des représentants des deux pays.
Un accès préférentiel qui reste peu exploité
La RDC bénéficie déjà d’un accès largement préférentiel au marché britannique. Selon les autorités congolaises, 99,8 % des produits fabriqués en RDC sont exemptés de droits de douane au Royaume-Uni dans le cadre du partenariat engagé en novembre 2025.
Cette ouverture ne suffit pourtant pas à créer un flux commercial important. Les dernières données britanniques disponibles montrent que les échanges de biens et de services entre les deux pays ont atteint 145 millions de livres sterling au cours des quatre trimestres achevés fin mars 2026. Le chiffre représente environ 192,8 millions de dollars.
Le commerce bilatéral a reculé de 21,2 % sur un an. Les exportations britanniques vers la RDC ont diminué de 6,3 %, à 105 millions de livres. Les importations britanniques en provenance de la RDC ont chuté de 44,4 %, à 40 millions de livres, selon la fiche commerciale publiée par le gouvernement britannique.
Ces chiffres montrent le décalage entre l’accès juridique au marché et la capacité concrète à y vendre. Une entreprise congolaise peut bénéficier d’une exemption douanière tout en rencontrant des difficultés pour certifier sa marchandise, garantir sa traçabilité, financer son transport ou franchir rapidement la frontière.
Le problème concerne particulièrement les petites et moyennes entreprises. Elles disposent rarement d’un service spécialisé dans les normes d’importation. Elles supportent aussi plus lourdement les coûts liés à la certification, au conditionnement et à la logistique internationale.
L’Ukraine comme nouveau partenaire agricole et commercial
La seconde démarche vise l’Ukraine. Kinshasa et Kyiv préparent un accord commercial bilatéral. Des missions commerciales croisées doivent être organisées avant le forum économique prévu à Londres.
Cette relation reste moins structurée que celle engagée avec le Royaume-Uni. Elle s’appuie toutefois sur une coopération agricole déjà amorcée. Le 16 janvier 2026, les ministères congolais et ukrainien chargés de l’agriculture ont signé un protocole consacré à l’agriculture, à l’alimentation et à la nutrition, d’après le ministère congolais de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire.
Le protocole prévoit un échange d’expertise et un renforcement des capacités productives. Pour la RDC, l’intérêt porte moins sur l’importation de produits finis que sur l’amélioration de la production, de la transformation et du stockage agricoles.
Kyiv cherche de son côté à renforcer ses relations économiques avec plusieurs pays africains. En novembre 2025, le programme « Food from Ukraine » a élargi l’ancienne logique de livraison humanitaire de céréales. Il associe désormais aide alimentaire, coopération économique et transfert de technologies agricoles, selon le ministère ukrainien des Affaires étrangères.
Pour Kinshasa, ce rapprochement peut ouvrir des possibilités dans les semences, l’irrigation, la mécanisation, la conservation et la transformation. Il ne garantit toutefois aucun résultat automatique. Les infrastructures, l’accès au financement et la sécurité des corridors commerciaux resteront déterminants.
Le véritable test sera la mise en œuvre
La stratégie congolaise repose sur une diversification des partenaires. Elle cherche à réduire la dépendance à quelques marchés et à mieux relier les producteurs locaux aux chaînes de valeur internationales. Cette orientation s’inscrit aussi dans les ambitions de la Zone de libre-échange continentale africaine, qui vise à accroître les échanges entre pays africains.
La RDC doit cependant éviter que les nouveaux accords restent limités aux cérémonies diplomatiques. Leur efficacité dépendra des administrations douanières, des laboratoires de contrôle, des banques, des transporteurs et des organisations professionnelles.
Les effets seront différents selon les territoires. Les entreprises de Kinshasa et des grands centres urbains disposent d’un meilleur accès à l’information et aux services financiers. Les producteurs des provinces devront, eux, composer avec l’éloignement des marchés, l’état des routes et le coût du transport jusqu’aux points d’exportation.
Le même défi concerne les opérateurs de l’économie informelle. Ils représentent une part importante de l’activité commerciale, mais restent souvent éloignés des procédures de certification et des mécanismes d’accompagnement. Sans dispositif adapté, les préférences commerciales profiteront surtout aux entreprises déjà formalisées.
Un signal suivi dans la région
La démarche de Kinshasa dépasse le seul cadre bilatéral. La RDC appartient à la Communauté d’Afrique de l’Est et à la Communauté de développement de l’Afrique australe. Elle doit donc articuler ses accords extérieurs avec ses engagements régionaux, notamment sur les normes, les corridors de transport et la circulation des marchandises.
Le calendrier donne un premier rendez-vous concret : la finalisation du mémorandum avec Londres, puis le Forum économique RDC-Royaume-Uni des 2 au 4 novembre 2026. Les missions commerciales avec l’Ukraine constitueront un autre indicateur. Elles permettront de vérifier si l’accord annoncé débouche sur des projets identifiables.
Pour les producteurs congolais, la question sera simple : les nouvelles ouvertures créeront-elles des commandes, des investissements et des emplois au-delà de Kinshasa ? La réponse dépendra moins du nombre d’accords signés que de leur traduction dans les exploitations agricoles, les ateliers de transformation et les entreprises exportatrices.