Dans l’Itasy, le sol ne disparaît pas d’un seul coup. Il part par fines couches, entraîné par les pluies vers les rizières, les bas-fonds et le lac. Pour les familles agricoles, cette érosion transforme une difficulté environnementale en perte de récoltes, de revenus et parfois de terres cultivables.

Un bassin versant sous pression près d’Antananarivo

La région de l’Itasy se trouve dans les Hautes Terres centrales de Madagascar, à l’ouest d’Antananarivo. Son économie repose largement sur l’agriculture, notamment le riz, les haricots, les pommes de terre, les fruits et les cultures maraîchères. Les activités de pêche et d’artisanat dépendent aussi des lacs et des zones humides.

Dans ce paysage de collines et de vallées, l’eau circule rapidement dès que les pluies deviennent intenses. Les pentes cultivées perdent alors une partie de leur terre arable. Cette couche superficielle contient l’essentiel de la matière organique et des éléments nécessaires aux plantes. Lorsqu’elle est emportée, la productivité baisse et le sol devient plus difficile à travailler.

Le phénomène ne s’explique pas par une seule cause. La pente, la nature des sols, les épisodes de pluie, la diminution du couvert végétal, les feux, les défrichements et certaines pratiques agricoles peuvent se combiner. Des travaux scientifiques rappellent toutefois que l’origine et l’évolution des lavaka, ces profondes ravines caractéristiques des Hautes Terres malgaches, sont plus complexes qu’une simple conséquence de l’action humaine.

Le rapport malgache sur l’état de l’environnement décrit l’importance des sédiments issus des ravines et de l’érosion en nappe dans les bassins versants de l’Itasy. Il souligne aussi les effets de l’ensablement en aval.

Des parcelles recouvertes de sable

Les conséquences apparaissent d’abord dans les champs situés en contrebas. Les matériaux arrachés aux versants s’accumulent dans les rizières et les terres fertiles. Une parcelle peut ainsi rester improductive pendant plusieurs saisons, même lorsque les semences et la main-d’œuvre sont disponibles.

Dans l’Itasy, des agriculteurs expliquent avoir perdu une grande partie de leurs terres sous les dépôts de sable. Les cultures de riz, de haricots et de pommes de terre sont particulièrement exposées lorsque les canaux et les petites infrastructures hydrauliques ne parviennent plus à évacuer les sédiments.

Cette situation pèse directement sur les revenus. Les ménages concernés doivent parfois acheter davantage de nourriture, chercher un travail complémentaire ou réduire leurs dépenses agricoles. Les effets ne sont pas identiques partout. Les exploitations proches des ravines et des bas-fonds sont les plus vulnérables, tandis que les familles disposant d’activités commerciales ou de revenus non agricoles peuvent mieux absorber le choc.

La dégradation touche également les infrastructures rurales. Les sédiments peuvent obstruer les canaux, endommager les pistes et réduire l’efficacité des ouvrages d’irrigation. Les difficultés de circulation compliquent ensuite l’acheminement des récoltes vers les marchés, notamment pendant la saison des pluies.

Planter et ralentir l’eau avant qu’elle n’atteigne les rizières

Face à cette dégradation, des organisations paysannes, des associations et des ONG mettent en place des solutions combinées. Elles ne consistent pas seulement à planter des arbres. L’objectif est de retenir progressivement l’eau, de couvrir le sol et de réduire la vitesse du ruissellement.

Le programme Agriter a notamment soutenu l’installation de pépinières dans la région. Les plants produits comprennent des acacias, des pins et du café robusta. Selon les informations communiquées dans le cadre du programme, 26 pépinières ont été mises en place et plus de 1,5 million d’arbres ont été plantés.

Les actions d’agroforesterie menées dans l’Itasy associent restauration des versants, accompagnement des agriculteurs et aménagement du territoire. Cette approche cherche à renforcer la protection des sols tout en maintenant une activité économique pour les ménages.

Sur les terrains pentus, les producteurs aménagent aussi des courbes de niveau. Ces bandes suivent la forme naturelle de la colline. Elles ralentissent l’eau et favorisent son infiltration. Des plantes stabilisatrices, comme le vétiver, la citronnelle ou certaines espèces fourragères, peuvent être installées sur ces lignes. Les cultures vivrières prennent place entre les bandes protégées.

À plus long terme, ces aménagements peuvent rapprocher les pentes d’un système de terrasses agricoles. Leur efficacité dépend cependant de l’entretien, de la continuité des travaux et de l’adhésion des exploitants. Une plantation isolée ne suffit pas si les ravines continuent de s’élargir en amont.

Le lac Itasy, un enjeu agricole et économique

La protection des sols ne concerne donc pas uniquement les parcelles. Le lac Itasy reçoit une partie des sédiments transportés depuis les collines. Son ensablement peut réduire la profondeur de l’eau, modifier les zones de pêche et fragiliser les activités installées autour du lac.

La pêche, l’artisanat et les visites de proximité dépendent de cet équilibre. Le lac attire notamment des habitants d’Antananarivo et d’autres localités des Hautes Terres. Une dégradation progressive du plan d’eau aurait ainsi des effets sur plusieurs secteurs, au-delà de l’agriculture.

L’état des lieux du bassin versant du lac Itasy recense plusieurs difficultés liées à l’érosion, à la baisse de la fertilité des sols, à l’ensablement des rizières et à la modification de la morphologie du lac.

Une réponse qui doit dépasser la seule plantation d’arbres

Dans l’Itasy, la lutte contre l’érosion repose sur un travail de bassin versant. Les décisions prises sur les collines influencent directement les champs et les zones humides situés plus bas. Il faut donc coordonner les agriculteurs, les communes, les gestionnaires de l’eau et les acteurs de la protection de l’environnement.

Cette approche doit aussi tenir compte des réalités économiques. Les ménages ne peuvent pas toujours laisser une parcelle au repos ou consacrer du temps à l’entretien d’une haie sans bénéfice à court terme. Les plants doivent être adaptés au climat et aux usages locaux. Les solutions proposées doivent protéger les sols sans réduire les terres disponibles pour les cultures.

Le sujet dépasse enfin les frontières de l’Itasy. Madagascar appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui travaille sur la gestion des ressources naturelles, l’agriculture et l’adaptation climatique. À l’échelle de l’océan Indien et du continent, l’expérience malgache rappelle une réalité commune : la sécurité alimentaire dépend aussi de la capacité à préserver les sols, les bassins versants et les zones humides.

Dans les prochaines années, l’enjeu sera de mesurer les résultats des plantations, de suivre l’évolution des ravines et de maintenir les aménagements après la fin des projets. Pour les habitants de l’Itasy, protéger la terre en amont revient à défendre les récoltes, le lac et l’économie locale en aval.