À Lusaka, le débat économique change de terrain. Après plusieurs années consacrées à la dette, aux déficits et à la stabilisation du kwacha, le gouvernement zambien veut désormais mesurer sa réussite à l’aune de la production, des exportations et des emplois.
Cette inflexion apparaît dans le Plan budgétaire à moyen terme 2027-2029 et le Livre vert consacré au budget national 2027. Publiés fin septembre 2026 par le ministère des Finances et de la Planification nationale, ces documents doivent encore servir de base aux arbitrages budgétaires. Ils dessinent toutefois une ambition claire : transformer l’amélioration des indicateurs macroéconomiques en activité économique plus visible pour les ménages et les entreprises.
De la gestion de crise à la recherche de croissance
Le calendrier est important. La Zambie a fait défaut sur plusieurs obligations extérieures pendant la période de la pandémie de Covid-19. Depuis, Lusaka négocie avec ses créanciers publics et privés afin de réorganiser le remboursement de sa dette et de réduire la pression exercée sur les finances publiques.
Selon le Fonds monétaire international, des accords couvrent environ 94 % de la dette incluse dans le périmètre de restructuration. Ce progrès ne signifie pas que la question est définitivement réglée. L’institution estime encore que la Zambie reste exposée à un risque élevé de surendettement, notamment en cas de choc climatique, de baisse des recettes publiques ou de recul des cours des matières premières.
Le gouvernement veut néanmoins ouvrir une nouvelle séquence. Le secrétaire au Trésor, Felix Nkulukusa, présente le nouveau cadre comme le prolongement des avancées obtenues sur la dette et sur les grands équilibres économiques. Le message est simple : la discipline budgétaire doit désormais libérer de l’espace pour investir et produire davantage.
Le ministère projette une croissance de 6 % en 2027, puis de 7,5 % en 2028 et de 7,1 % en 2029. La moyenne atteindrait ainsi près de 7 % sur la période. Ces objectifs restent des prévisions gouvernementales, et non des résultats acquis. Le FMI affichait encore, dans ses dernières projections disponibles, une trajectoire plus prudente pour la croissance à court terme.
Un agenda centré sur la production et les exportations
Pour donner un contenu concret à cette orientation, les autorités ont résumé leurs cibles dans une formule : « 10-10-5-3-3-1-1-1 ». Elle vise notamment 10 millions de tonnes de maïs, 10 000 mégawatts de capacité électrique, 5 millions de touristes et 3 millions de tonnes de cuivre.
Le dispositif prévoit aussi 3 millions de tonnes de soja, 1 million de tonnes de blé, 1 million de tonnes de sucre et 1 milliard de dollars de recettes d’exportation de viande bovine. Ces objectifs associent agriculture, mines, énergie, tourisme et transformation agroalimentaire. L’enjeu n’est donc pas seulement d’extraire davantage de cuivre, mais d’élargir la base productive du pays.
Le cuivre restera toutefois central. La Zambie figure parmi les grands producteurs africains de ce métal, indispensable aux réseaux électriques, aux véhicules électriques et à plusieurs technologies de transition énergétique. Le gouvernement veut franchir le seuil du million de tonnes de production, tout en attirant de nouveaux investissements dans les mines et les infrastructures liées à l’électricité.
Cette stratégie comporte une exigence industrielle. Sans transformation locale, l’augmentation des volumes exportés risque de produire moins d’emplois et de revenus qu’espéré. Les autorités souhaitent donc encourager la transformation des minerais, le traitement des produits agricoles et l’implantation d’entreprises capables de vendre davantage de biens à l’extérieur.
Le secteur privé est appelé à occuper une place plus importante. Le plan met l’accent sur l’investissement, l’accès au crédit productif et la participation des institutions financières. Pour les petites entreprises, notamment dans le commerce, l’agriculture et les services, le coût du financement restera cependant un test décisif. Une croissance élevée sur le papier ne suffira pas si elle ne s’accompagne pas d’un accès réel au capital.
Des indicateurs améliorés, mais des fragilités persistantes
Plusieurs données récentes donnent aux autorités une marge de manœuvre politique. L’inflation annuelle s’est établie à 6,1 % en septembre 2026, contre 6,2 % en août, selon la Zambia Statistics Agency. Elle se situe ainsi dans la fourchette de 6 à 8 % retenue comme objectif à moyen terme.
La stabilisation des prix reste toutefois inégale. Les ménages ressentent fortement les variations du coût des aliments, de l’électricité et des transports. Dans les zones rurales, une bonne récolte et l’accès aux intrants peuvent peser davantage sur le revenu disponible que les indicateurs financiers suivis depuis Lusaka.
Le gouvernement met également en avant l’augmentation des réserves internationales, l’excédent commercial et le renforcement du kwacha. Ces évolutions peuvent faciliter les importations d’équipements et réduire la pression sur les entreprises. Elles restent néanmoins sensibles aux cours du cuivre, aux importations d’énergie et aux conditions météorologiques.
La sécheresse a déjà montré la vulnérabilité du système électrique et agricole zambien. L’objectif de 10 000 mégawatts suppose donc des investissements importants dans la production, le transport et la distribution d’électricité. Il faudra aussi améliorer la maintenance des réseaux et diversifier les sources d’énergie afin de limiter les interruptions qui pénalisent les ménages comme les industries.
Une trajectoire suivie par la SADC
La stratégie zambienne s’inscrit dans l’espace de la Communauté de développement de l’Afrique australe, ou SADC, qui regroupe plusieurs économies liées par les échanges, les corridors de transport et les réseaux énergétiques. Les ambitions de Lusaka auront donc des effets au-delà de ses frontières.
Une hausse durable de la production de cuivre peut renforcer les exportations zambiennes et soutenir les chaînes industrielles régionales. De même, une agriculture plus productive pourrait accroître les échanges avec les pays voisins. À l’inverse, les déficits d’électricité, les barrières logistiques et les difficultés de financement peuvent limiter cette intégration.
La prochaine étape sera la traduction de ces objectifs dans le budget 2027. Les observateurs suivront particulièrement les crédits destinés à l’énergie, à l’agriculture, aux infrastructures et au soutien aux entreprises. Ils regarderont aussi si la nouvelle phase de croissance conserve les garde-fous imposés par la restructuration de la dette.
Pour la Zambie, le défi consiste désormais à passer de la stabilisation à l’expansion sans revenir aux déséquilibres qui ont provoqué la crise de la dette. La réussite du plan dépendra moins de la liste des cibles que de leur réalisation concrète : produire plus, transformer davantage et faire parvenir les gains de croissance jusque dans les foyers et les régions éloignées de Lusaka.