À Lomé, le prochain grand rendez-vous financier de l’Afrique de l’Ouest cherchera moins à multiplier les annonces qu’à transformer des projets en décisions d’investissement. La Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO prépare l’édition 2027 de son forum régional, avec l’ambition de rapprocher directement entreprises, États, investisseurs et partenaires au développement.

Lomé confirme son rôle de plateforme financière régionale

La deuxième édition du Forum d’investissement de la CEDEAO se tiendra les 7 et 8 avril 2027 au Palais des congrès de Lomé. La rencontre est organisée par la BIDC, l’institution financière de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, chargée de soutenir des projets publics et privés dans les pays membres.

Le lancement officiel de la préparation a eu lieu le mardi 29 septembre 2026 dans la capitale togolaise. Le choix de Lomé prolonge une dynamique déjà engagée. La ville accueille le siège de la BIDC et avait déjà abrité la première édition du forum, les 4 et 5 avril 2024.

Pour le Togo, ce rendez-vous renforce la visibilité de Lomé dans les réseaux régionaux de financement. La capitale togolaise accueille régulièrement des rencontres consacrées au commerce, aux infrastructures et à l’investissement. Elle cherche ainsi à consolider sa place de point de connexion entre l’Afrique de l’Ouest, les marchés internationaux et les acteurs du secteur privé.

Quarante projets annoncés, avec une priorité aux transactions

La BIDC prévoit de présenter environ 40 projets et programmes durant l’édition 2027. Quatre espaces de négociation, appelés « deal rooms », doivent permettre aux porteurs de projets de discuter directement avec les financeurs.

Les communications disponibles ne donnent pas toutes le même niveau de participation attendu. Les premières annonces évoquent plus de 500 participants et environ 200 dirigeants, acteurs du développement et représentants d’agences publiques issus d’au moins 15 pays. Le site officiel du forum affiche, de son côté, un objectif de plus de 1 000 participants et investisseurs. Ces chiffres correspondent probablement à des périmètres différents. La BIDC devra donc préciser la répartition entre participants, investisseurs et intervenants à mesure que le programme sera finalisé.

Le thème retenu porte sur la résilience et la transformation dans un contexte mondial incertain. Les échanges doivent couvrir l’agriculture, la sécurité alimentaire, l’énergie, l’industrialisation verte, le financement des petites et moyennes entreprises, l’inclusion financière et l’économie numérique.

Des séances consacrées au financement climatique sont également prévues. Elles devraient intéresser les pays confrontés à des besoins élevés en infrastructures, alors que l’accès aux capitaux devient plus coûteux et plus sélectif.

L’enjeu ne consiste pas seulement à exposer des idées. Un projet présenté à un investisseur doit disposer d’études techniques, d’un modèle économique crédible, d’un cadre juridique lisible et d’un mécanisme de partage des risques. Sans ces éléments, les annonces restent difficiles à convertir en financements effectifs.

Le précédent de 2024 met la pression sur la nouvelle édition

La première édition du forum avait réuni plus de 700 participants venus de plus de 20 pays, selon les bilans communiqués par la BIDC et les autorités togolaises. Elle avait aussi débouché sur trois protocoles d’accord représentant environ 439 millions de dollars pour des projets en Guinée, au Nigeria et au Sénégal.

Ces accords ne constituent pas automatiquement des décaissements. Ils marquent plutôt une étape de négociation entre les promoteurs et les financeurs. La BIDC indique toutefois que certains projets concernés sont entrés dans un processus de financement. L’édition 2027 sera donc observée sur un point précis : la capacité de la banque à démontrer le passage entre les intentions annoncées et les opérations effectivement engagées.

Cette exigence explique le vocabulaire utilisé par les responsables de la banque. L’objectif affiché est de passer d’une logique de présentation à une logique de transaction. Autrement dit, les organisateurs veulent que les rencontres produisent des lettres d’intention solides, des accords de financement ou des partenariats clairement structurés.

Des besoins de financement qui dépassent les budgets nationaux

Les économies ouest-africaines doivent financer des réseaux électriques, des corridors routiers, des installations agricoles, des unités de transformation et des services numériques. Ces investissements dépassent souvent les capacités budgétaires d’un seul État.

La coopération régionale peut alors réduire les coûts et élargir les marchés. Un projet énergétique interconnecté, une infrastructure de transport transfrontalière ou une chaîne de valeur agro-industrielle gagne en intérêt lorsqu’il dessert plusieurs pays. La CEDEAO, qui regroupe les économies de l’Afrique de l’Ouest, fournit le cadre institutionnel de cette approche, même si la région reste traversée par des tensions politiques et des changements d’alliances.

Le financement doit aussi tenir compte des réalités différentes entre capitales et régions. Une grande entreprise peut accéder plus facilement aux banques et aux marchés financiers. À l’inverse, une PME installée dans une zone secondaire dépend davantage des garanties publiques, des banques locales et des mécanismes de financement adaptés à des revenus irréguliers.

Dans l’agriculture, par exemple, la construction d’une unité de transformation ne suffit pas. Il faut aussi sécuriser l’approvisionnement, les routes, le stockage, l’accès à l’électricité et les débouchés commerciaux. Les projets les plus solides seront donc ceux qui relient financement, production et marché régional.

Une BIDC qui cherche à renforcer sa capacité d’action

Le forum intervient alors que la BIDC cherche à améliorer sa crédibilité auprès des investisseurs et des prêteurs. En août 2026, l’agence Moody’s a relevé la note d’émetteur à long terme de la banque, de B2 à B1, avec une perspective stable. Cette notation reste en catégorie spéculative, mais elle traduit une appréciation plus favorable de la situation financière de l’institution.

Ce changement peut faciliter la mobilisation de ressources, sans garantir à lui seul des financements moins chers. La qualité des projets, la solidité des garanties et la capacité de remboursement des emprunteurs resteront déterminantes. La BIDC doit donc utiliser cette amélioration pour accroître ses prêts, ses garanties et ses opérations de cofinancement.

Pour les populations, la réussite du forum se mesurera moins au nombre de badges distribués qu’aux effets économiques concrets. Les investissements devront contribuer à créer des emplois, renforcer les entreprises locales et réduire les dépendances liées aux importations d’énergie, d’engrais ou de produits transformés.

Un test pour l’intégration économique ouest-africaine

L’EIF 2027 se déroulera dans une CEDEAO confrontée à des défis politiques et économiques importants. Les discussions sur l’intégration régionale, la circulation des biens, la sécurité énergétique et les relations entre la CEDEAO et les pays de l’Alliance des États du Sahel influencent directement l’environnement des investisseurs.

Dans ce contexte, un forum consacré au financement peut jouer un rôle pratique. Il ne réglera pas les différends politiques, mais il peut maintenir des passerelles entre les entreprises, les banques et les administrations. Les projets transfrontaliers dépendront toutefois de la stabilité des règles, de la fluidité des échanges et de la confiance entre les États.

Le prochain rendez-vous important sera donc avril 2027, à Lomé. D’ici là, les éléments à surveiller seront la sélection définitive des 40 projets, l’identité des investisseurs présents et le nombre d’accords capables de franchir rapidement le stade des annonces. Pour la BIDC comme pour la CEDEAO, la crédibilité de cette deuxième édition se jouera dans la concrétisation.