Pour les pays africains, le débat climatique ne se résume pas à choisir entre pétrole et renouvelables. Il porte aussi sur les moyens de financer l’électricité, l’adaptation et les emplois, sans alourdir une dette déjà coûteuse. À Antalya, cette tension devrait traverser les discussions de la COP31, la conférence annuelle de l’ONU sur le climat.
Une négociation mondiale, des priorités africaines
La COP31 se tient du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, en Türkiye. Le pays hôte préside la conférence, tandis que l’Australie conduit les négociations officielles. Les États doivent notamment préciser comment appliquer les engagements de l’Accord de Paris, conclu en 2015 pour contenir le réchauffement bien en dessous de 2 °C et poursuivre les efforts vers 1,5 °C. Le calendrier et le cadre officiel de la COP31 confirment ces dates et la répartition des rôles.
Les dernières projections disponibles du Programme des Nations unies pour l’environnement restent préoccupantes. Son rapport 2025 estime que les politiques et engagements actuels conduiraient à un réchauffement supérieur aux objectifs de Paris. La trajectoire projetée s’est légèrement améliorée par rapport à l’année précédente, mais les réductions d’émissions restent insuffisantes. Le rapport du PNUE souligne que revenir à 1,5 °C d’ici à 2100 demeure possible, mais extrêmement difficile.
Pour les gouvernements africains, l’enjeu est double. Le continent contribue relativement peu aux émissions mondiales, mais ses populations et ses économies sont exposées aux sécheresses, aux inondations, aux vagues de chaleur et aux perturbations agricoles. Dans ses priorités pour Antalya, la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique met en avant des financements accessibles et prévisibles, l’adaptation, les pertes et dommages, ainsi qu’une transition énergétique équitable. La position présentée par la Commission économique pour l’Afrique insiste aussi sur les infrastructures résilientes et l’industrialisation verte.
Énergies fossiles : une transition à financer
La dépendance mondiale au charbon, au pétrole et au gaz reste au centre du débat. Les renouvelables progressent, mais les systèmes énergétiques ne changent pas au même rythme partout. La sécurité d’approvisionnement, les tensions géopolitiques et la demande croissante d’électricité — notamment celle des centres de données — compliquent les décisions des États.
Cette réalité prend une forme particulière en Afrique. Certains pays tirent des recettes publiques des hydrocarbures ; d’autres cherchent encore à élargir l’accès à l’électricité et à soutenir leur industrie. Une sortie rapide des combustibles fossiles, sans investissements de remplacement ni garanties pour les travailleurs et les ménages, risque de déplacer les coûts plutôt que de les résoudre. À l’inverse, de nouveaux projets peuvent prolonger la dépendance et exposer les budgets aux variations de prix.
La question n’est donc pas seulement de fixer un calendrier de sortie. Elle concerne aussi les infrastructures, le transfert de technologies et les conditions de financement. Pour plusieurs économies africaines, un prêt coûteux peut rendre un projet solaire ou électrique moins accessible, tandis que les dons et les financements concessionnels réduisent la pression sur les finances publiques. Des négociateurs africains ont ainsi défendu, avant la conférence, un financement climatique qui ne transforme pas l’adaptation en nouvel endettement. Cette préoccupation a été relayée par des médias ghanéens et kényans, tandis que la Commission économique pour l’Afrique décrit l’accès aux ressources comme une priorité continentale.
Le financement, test de confiance
La confiance entre pays dépendra de la traduction des promesses en sommes réellement accessibles. Les gouvernements africains réclament notamment des fonds prévisibles pour protéger les cultures, les routes, les réseaux électriques et les villes contre les chocs climatiques. Ils demandent aussi un soutien aux pertes et dommages, c’est-à-dire aux dégâts que l’adaptation ne permet plus d’éviter.
Le Groupe africain des négociateurs sur le climat, qui coordonne les positions des pays du continent dans les discussions de l’ONU, a appelé à faire avancer les engagements déjà conclus sur le financement et l’adaptation. Dans une déclaration rapportée avant la COP, son président a insisté sur la nécessité de fournir aux pays en développement les moyens d’agir. Les demandes du Groupe africain des négociateurs portent notamment sur les financements, les fonds existants et les modalités d’adaptation.
Les désaccords portent aussi sur la nature de l’argent. Un prêt peut aider à construire rapidement une infrastructure, mais il augmente la dette et laisse le remboursement au pays bénéficiaire. Un don ne crée pas cette obligation, mais les volumes disponibles sont limités. Pour les populations, cette différence peut se traduire concrètement : moins de ressources publiques pour les services essentiels, ou davantage de moyens pour protéger les systèmes d’eau, les cultures et les logements.
Les débats sur les émissions posent, eux aussi, une question de responsabilité. Tous les pays doivent réduire leurs rejets, mais leurs contributions historiques, leurs capacités financières et leurs besoins de développement diffèrent. L’enjeu sera d’éviter qu’une règle uniforme fasse peser des contraintes comparables sur des économies qui ne disposent ni des mêmes infrastructures ni des mêmes marges budgétaires.
De la conférence aux décisions suivantes
Antalya ne décidera pas seule de l’avenir énergétique du continent. Mais la conférence peut préciser les mécanismes qui relient les engagements internationaux aux investissements nationaux : financement de l’adaptation, accès aux technologies, soutien aux réseaux et conditions d’une transition juste. Les résultats compteront pour les États, mais aussi pour les collectivités locales, les agriculteurs, les entreprises et les ménages qui subissent déjà les effets des extrêmes climatiques.
L’Afrique ne vient pas uniquement réclamer des fonds. Elle défend aussi ses capacités en énergies renouvelables, ses ressources naturelles et les innovations portées par ses chercheurs et ses jeunes entreprises. La Commission économique pour l’Afrique présente ces atouts comme des leviers d’action, à condition que les investissements bénéficient aux économies locales et renforcent leur résilience.
Le rendez-vous s’inscrit enfin dans une séquence continentale : l’Éthiopie doit accueillir la COP32 à Addis-Abeba en novembre 2027. Les progrès d’Antalya pourront donc nourrir les négociations suivantes, mais leur valeur dépendra surtout de leur mise en œuvre. Pour les pays africains, le signal décisif sera moins une nouvelle déclaration qu’un accès effectif aux ressources convenues, sans choix forcé entre développement, sécurité énergétique et adaptation au changement climatique.