À Kinshasa, la famille de Vally Amisi attend désormais plus qu’une arrestation. Elle veut comprendre comment un entrepreneur congolais a été tué dans un hôtel de la capitale, pourquoi le principal suspect a pu quitter le pays et quelles responsabilités pourraient se trouver derrière ce drame.
L’affaire touche à la fois la sécurité urbaine, la lutte contre l’impunité et la capacité de la justice congolaise à suivre une procédure lorsqu’elle implique des relations d’affaires, des déplacements transfrontaliers et des accusations relayées sur les réseaux sociaux.
Un meurtre commis dans le centre de Kinshasa
Vally Amisi, également présenté sous le nom d’Amisi Issa Vally, a été retrouvé mort en avril 2026 dans le secteur de la commune de la Gombe, à proximité d’un établissement hôtelier. Les informations disponibles situent la découverte de son corps au 10 avril, après son passage dans un hôtel de Kinshasa.
Les enquêteurs s’intéressent notamment aux images de vidéosurveillance. Elles montreraient la victime entrant dans une chambre avec Beni Mukena Mwepu, présenté par le parquet comme le principal suspect. D’autres séquences auraient ensuite montré un homme quittant les lieux après avoir changé de vêtements et transportant un corps vers un ascenseur.
Ces images ont circulé largement en ligne. Elles constituent toutefois des éléments d’enquête, et non un jugement. La culpabilité de Beni Mukena devra être établie par la justice congolaise dans le respect de la présomption d’innocence.
Le parquet de grande instance de Kinshasa-Gombe avait émis un avis de recherche contre le suspect. Des médias congolais ont rapporté qu’Interpol et les services de sécurité avaient été sollicités pour faciliter son arrestation et son transfert. L’avis de recherche relayé par la presse congolaise faisait état d’une enquête fondée en partie sur l’exploitation des vidéos disponibles.
Une arrestation annoncée à Brazzaville
Le dossier a connu une évolution importante au début du mois d’août 2026. Beni Mukena a été interpellé à Brazzaville, en République du Congo, après plusieurs semaines de fuite. Les autorités de la République démocratique du Congo ont ensuite annoncé la préparation de son transfèrement vers Kinshasa.
Cette dimension transfrontalière rappelle la proximité particulière entre Kinshasa et Brazzaville. Les deux capitales se font face de part et d’autre du fleuve Congo. Dans une affaire pénale, cette proximité géographique ne supprime pas les procédures nécessaires entre deux États souverains.
Le ministre congolais de la Justice, Guillaume Ngefa, a indiqué que les démarches de transfèrement étaient engagées. Il a également insisté sur le respect des lois, des droits fondamentaux et de la présomption d’innocence. Les déclarations rapportées par Kinshasa Times ne préjugent donc pas de l’issue judiciaire du dossier.
Radio Okapi a, de son côté, rapporté que l’interpellation avait eu lieu à Brazzaville et que le transfèrement vers Kinshasa était en cours de préparation. Le média a aussi souligné que l’authenticité et la valeur probante d’une vidéo d’interrogatoire circulant sur les réseaux sociaux n’avaient pas été officiellement établies. Le point de Radio Okapi sur l’enquête invite ainsi à distinguer les faits judiciairement établis des déclarations diffusées en ligne.
Les zones d’ombre qui alimentent les questions
Selon plusieurs publications congolaises, le suspect aurait évoqué devant les enquêteurs l’intervention présumée de personnes « haut placées ». Cette affirmation n’a pas été confirmée par une décision de justice ni par une mise en cause officielle d’une personnalité politique.
Les noms de responsables publics ont pourtant commencé à circuler sur les réseaux sociaux. Le ministre des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, a rejeté toute implication dans le meurtre. Il a expliqué que Vally Amisi avait été associé à certains projets, tout en précisant que le marché lié au Stade des Martyrs n’avait finalement pas été conclu directement avec lui.
Le ministre a aussi déclaré qu’un projet de réhabilitation du stade de Kisangani devait constituer le principal contrat attribué à l’entrepreneur. Il a affirmé que la validation administrative de ce dossier était intervenue après le décès de Vally Amisi. Ces éléments donnent une dimension économique à l’affaire, mais ils ne permettent pas, à eux seuls, d’établir un mobile criminel.
Les propos rapportés par Enquete.cd indiquent qu’aucune preuve publique n’établissait alors un lien entre le ministre et l’assassinat. Cette précaution est essentielle dans un dossier où les rumeurs se diffusent plus vite que les actes judiciaires.
La famille de Vally Amisi demande désormais l’ouverture d’un procès et des informations régulières sur l’avancée de la procédure. Sa revendication porte donc sur deux niveaux : connaître les circonstances exactes de la mort et déterminer si d’autres personnes ont participé à sa préparation, son exécution ou sa dissimulation.
Un test pour la justice congolaise
Au-delà du cas individuel, cette affaire intervient dans un contexte où la justice congolaise est régulièrement appelée à traiter des dossiers mêlant violences, influence économique et circulation de fonds. L’enjeu ne se limite pas à identifier un exécutant présumé. Il consiste aussi à préserver les preuves, entendre les témoins et établir une chronologie complète.
Le transfert depuis Brazzaville devra être suivi d’une procédure claire à Kinshasa. Les autorités devront préciser le statut judiciaire du suspect, les chefs d’accusation retenus et les conditions dans lesquelles les éléments recueillis à l’étranger seront versés au dossier.
Pour la famille, le temps judiciaire ne doit pas devenir un temps d’oubli. Pour les autorités, la difficulté sera de communiquer sans compromettre l’enquête. Pour l’opinion, la responsabilité consiste à ne pas transformer des accusations non vérifiées en vérités définitives.
Une affaire qui dépasse les frontières de la RDC
Le dossier illustre enfin la réalité des mobilités entre les deux rives du fleuve Congo. Une personne recherchée à Kinshasa peut rejoindre rapidement Brazzaville, tandis que les investigations nécessitent une coordination entre services de police, parquets et autorités diplomatiques.
Cette coopération s’inscrit dans un environnement régional marqué par la circulation accrue des personnes, des capitaux et des activités économiques. Elle pose une question concrète pour l’Afrique centrale : comment accélérer l’entraide judiciaire sans affaiblir les garanties accordées aux personnes poursuivies ?
La prochaine étape sera donc le retour effectif du suspect devant la justice de la République démocratique du Congo. Les audiences, les expertises et les éventuelles confrontations devront permettre de séparer les faits établis des récits diffusés sur internet. C’est à cette condition que la demande de vérité portée par les proches de Vally Amisi pourra trouver une réponse judiciaire.