À Issia, dans le sud-ouest ivoirien, les premiers forages apportent un indice nouveau sur le sous-sol : du lithium a été repéré sous une découverte de spodumène en surface. Pour Switch Metals, société d’exploration britannique, le tantale reste toutefois la priorité. La suite dépendra des analyses encore attendues et de la capacité à établir si les minéralisations se prolongent.

À Issia, une découverte encore à préciser

Le 2 novembre 2026, Switch Metals a annoncé les résultats des sept premiers forages analysés sur son programme à Issia. L’entreprise indique avoir réalisé 34 forages, pour un total de 3 438 mètres, sur les prospects de Kabore et Zraty. Les analyses communiquées concernent quatre trous à Kabore et trois à Zraty.

À Kabore, un forage a traversé 14 mètres à 1,02 % d’oxyde de lithium (Li₂O), dont 7 mètres à 1,75 %. Un autre intervalle, situé environ 200 mètres plus loin, mesure 13 mètres à 0,26 %, avec un mètre à 1,42 %. Ces résultats, annoncés par la société et diffusés par la Bourse de Londres, indiquent une présence de lithium en profondeur. Ils ne constituent pas encore une estimation de ressource minérale ni une preuve de la taille exploitable du gisement.

Cette distinction compte. Les intervalles cités correspondent à des longueurs mesurées dans les trous, et non nécessairement à l’épaisseur réelle des roches minéralisées. L’entreprise estime que les largeurs vraies pourraient représenter environ 50 à 70 % des longueurs de forage. Les résultats restent préliminaires : 27 trous n’ont pas encore été analysés.

À Zraty, les trois trous testés ont recoupé des pegmatites, des roches susceptibles d’héberger plusieurs métaux. Des indices de tantale et de niobium ont été signalés dans deux d’entre eux. Les teneurs communiquées y sont toutefois inférieures à celles de certains échantillons prélevés en surface. Switch Metals dit vouloir poursuivre les travaux pour mieux comprendre la continuité et la qualité des zones minéralisées.

Le tantale reste le premier objectif commercial

Le lithium attire l’attention, mais le projet d’Issia s’est d’abord construit autour du coltan de surface. Ce terme désigne un minerai contenant notamment du tantale et du niobium. Le tantale entre dans la fabrication de composants électroniques et d’alliages industriels. À Issia, la société étudie des dépôts proches de la surface, qui pourraient être exploités par lavage et séparation gravimétrique, une méthode de concentration fondée sur la différence de densité des minéraux.

Cette approche pourrait demander moins d’investissements qu’une exploitation de roche dure, mais elle reste une option envisagée, pas une mine en production. Switch Metals travaille à une première estimation des ressources de tantale. Les nouveaux résultats de forage apportent aussi des indices de tantale et de niobium à Kabore et Zraty, sans remplacer les travaux spécifiques nécessaires pour chiffrer les ressources de surface.

La société présente le lithium comme un potentiel complément. À Kabore, le spodumène — un minéral contenant du lithium — avait déjà été observé en surface. Les premiers résultats de forage suggèrent que cette minéralisation pourrait se poursuivre en profondeur. Mais seuls quatre des trente trous réalisés à Kabore ont été analysés dans cette première série. Le périmètre exploré reste donc partiel.

Un portefeuille réparti entre plusieurs régions

Issia n’est pas le seul projet ivoirien de Switch Metals. À Tiassalé, dans le sud-est, l’entreprise a défini sept cibles géochimiques à partir d’échantillons de sol. Trois sont considérées prioritaires. Ce sont des zones à étudier davantage, et non des gisements confirmés : la société prévoit d’y conduire des travaux de cartographie, puis éventuellement des tranchées ou des forages. Les annonces sur Tiassalé ont été publiées le 7 octobre 2026 à la Bourse de Londres.

Cette stratégie intervient dans un pays qui cherche à élargir son secteur minier au-delà de ses ressources déjà exploitées. Pour les populations proches des permis, les retombées dépendront notamment de l’éventuelle ouverture d’une mine, des emplois accessibles localement et des besoins en infrastructures. À ce stade, les annonces d’exploration ne permettent pas de conclure sur ces effets. Elles ne renseignent pas non plus sur les accords qui encadreraient une éventuelle production ou sur la part de valeur qui resterait en Côte d’Ivoire.

Le cadre national et régional importe également. La Côte d’Ivoire est membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, qui vise notamment à renforcer l’intégration économique entre ses États membres. Le développement éventuel de minerais utilisés dans les batteries et l’électronique pose ainsi une question plus large : ces ressources seront-elles surtout exportées brutes, ou contribueront-elles à des activités de transformation et à des chaînes de valeur régionales ? Les résultats de forage ne tranchent pas cette question, mais ils s’inscrivent dans un débat concret sur la diversification industrielle.

Les prochaines analyses seront déterminantes

Switch Metals annonce que les résultats de 27 forages restent attendus d’ici la fin de 2026. Ils doivent aider à orienter les prochaines étapes à Issia, notamment les forages de suivi et l’évaluation de la continuité des minéralisations. La société estime que ses travaux à Kabore ont testé environ 500 mètres d’une zone prospective de plus de 1,3 kilomètre. Cette appréciation est celle de l’entreprise et devra être confrontée aux analyses et aux travaux ultérieurs.

Le point à surveiller est donc moins l’annonce d’un nouveau métal que le passage de l’indice à une ressource mesurée. Tant que les résultats complets, les études techniques et les évaluations économiques ne sont pas disponibles, il est prématuré de parler de production de lithium à Issia. Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu sera aussi de savoir si l’exploration débouche sur des projets capables de créer de la valeur localement, au-delà de l’exportation de minerais.