Un site d’orpaillage qui a prospéré plus vite que les garde-fous

À Zamboï, près de Garoua-Boulaï, la terre a rappelé brutalement son prix. Dans cette zone frontalière de l’Est camerounais, l’or attire depuis des mois des travailleurs, des commerçants et des intermédiaires. Mais l’activité avance souvent plus vite que le contrôle public, dans une région déjà marquée par la porosité des frontières et la pression sur les sites d’exploitation artisanale.

Le drame survenu le mardi 18 août s’inscrit dans ce contexte. Selon les autorités locales, un éboulement a enseveli un site aurifère de Zamboï. Les secours ont extrait 107 corps ou victimes de la boue, selon le bilan communiqué sur place, tandis que les recherches se poursuivent. À ce stade, ce chiffre reste un bilan provisoire, et il peut encore évoluer.

Garoua-Boulaï n’est pas un point isolé sur une carte. C’est un carrefour entre le Cameroun et la République centrafricaine, au cœur d’un couloir où circulent marchandises, familles, activités informelles et enjeux sécuritaires. La zone dépend de l’administration de la région de l’Est, avec Bertoua comme capitale régionale, mais elle vit aussi au rythme de la frontière, de ses contrôles et de ses économies de passage.

Un accident qui interroge la chaîne de responsabilité

Les circonstances exactes de l’effondrement restent à préciser. Toutefois, le cadre réglementaire camerounais est clair. Le nouveau Code minier, promulgué fin 2023, prévoit que tout accident survenu dans une mine ou une carrière doit être signalé aux administrations compétentes et faire l’objet d’une enquête conjointe pour en déterminer les causes. Il impose aussi des mesures de sécurité, d’hygiène et de prévention aux titulaires d’autorisations et de titres miniers.

Ce rappel est important, car l’Est camerounais est depuis plusieurs mois au centre d’une reprise en main du secteur aurifère. Le ministère chargé des mines a annoncé en 2026 des opérations de restructuration, des fermetures de sites jugés illégaux et un encadrement plus strict des exploitations artisanales semi-mécanisées. Les autorités disent vouloir remettre de l’ordre dans une filière où les profondeurs d’extraction, la protection de l’environnement et la traçabilité de l’or posent encore problème.

Un article d’enquête publié en juin rappelait déjà que Zamboï est devenu l’un des pôles de la ruée vers l’or dans le Lom-et-Djérem. Cette lecture confirme que le site n’était pas périphérique, mais bien au cœur d’un mouvement économique rapide, parfois plus rapide que les règles censées le contenir.

Dans ce type de zone, la frontière entre activité artisanale, semi-mécanisée et exploitation informelle reste mince. Or, plus le contrôle faiblit, plus les risques augmentent : glissements de terrain, effondrements de fosses, conflits d’usage, pollution des cours d’eau, accidents mortels. Le drame de Zamboï met donc en lumière un problème connu, mais rarement traité avec la même urgence que les recettes espérées de l’or.

Ce que cela change pour les riverains, l’État et la région

Pour les familles de Zamboï, de Garoua-Boulaï et des localités voisines, la question n’est pas seulement celle du bilan humain. C’est aussi celle du quotidien. Un site minier vivant fait travailler des jeunes, des manutentionnaires, des transporteurs, des vendeurs et des prestataires. Mais il expose aussi les riverains à des accidents soudains, à l’occupation anarchique des terrains et à une dépendance économique fragile.

Pour l’État camerounais, l’enjeu est double. D’un côté, le pays cherche à mieux capter la richesse aurifère, à travers la traçabilité, les taxes à la source et la fermeture des unités illégales. De l’autre, il doit démontrer que l’encadrement public n’est pas seulement fiscal, mais aussi humain et technique. Un accident de cette ampleur oblige donc à clarifier qui exploitait, sous quel régime, avec quelles autorisations, et dans quelles conditions de sécurité.

Le contexte régional donne à cette affaire une portée plus large. La frontière Cameroun-République centrafricaine est déjà un espace sensible, traversé par des flux commerciaux mais aussi par des fragilités sécuritaires. Garoua-Boulaï sert de porte d’entrée stratégique vers la RCA. Quand un site minier de ce corridor s’effondre, l’événement touche à la fois la sécurité des travailleurs, la gestion frontalière et la réputation de toute la chaîne aurifère locale.

Pour la République centrafricaine, voisine immédiate, l’impact est indirect mais réel. Les zones frontalières vivent de la mobilité. Une crise sur un site proche de la limite frontalière peut déplacer des travailleurs, densifier l’informel et accentuer la pression sur des services déjà limités. C’est aussi un rappel que les économies minières transfrontalières ne sont jamais uniquement nationales. Elles débordent vite d’un côté comme de l’autre de la frontière.

Un signal pour l’Afrique centrale au-delà du seul Cameroun

Au niveau sous-régional, ce drame parle à toute l’Afrique centrale. La CEMAC, qui réunit notamment le Cameroun et la RCA, cherche à renforcer l’intégration économique. Mais une intégration durable suppose aussi des chaînes de valeur plus sûres, des mines mieux encadrées et une meilleure gouvernance des ressources. Sans cela, l’or reste une richesse qui peut se transformer en risque social et sanitaire.

Le cas de Zamboï rappelle également une réalité continentale : les zones de ruée minière avancent souvent plus vite que les institutions chargées de les encadrer. La sécurité au travail, la protection des communautés et la transparence des exploitants ne sont pas des sujets secondaires. Ils sont au centre de la crédibilité des États, surtout lorsque les ressources naturelles deviennent un levier budgétaire et politique.

La suite dépendra désormais de trois éléments très concrets. D’abord, l’identification précise du type d’exploitation en place à Zamboï. Ensuite, le résultat des opérations de secours et le bilan définitif. Enfin, les conclusions de l’enquête administrative et technique annoncée par le cadre légal camerounais. C’est à ce niveau que se jouera la différence entre un simple fait divers tragique et une véritable correction du système.