À la frontière, l’or nourrit des familles, mais il expose aussi à des risques extrêmes
Dans les zones frontalières entre le Cameroun et la République centrafricaine, l’or artisanal fait vivre des ménages entiers. Il attire aussi des travailleurs dans des chantiers creusés vite, souvent sans appui technique ni sécurité suffisante. C’est cette fragilité qui rend les accidents miniers si meurtriers quand les pluies saturent les sols et que les galeries cèdent.
Le drame survenu côté centrafricain rappelle une réalité connue à l’Est du Cameroun : la ruée vers l’or avance plus vite que l’encadrement. Yaoundé a bien lancé, depuis avril 2026, une vaste opération de restructuration du secteur artisanal et semi-mécanisé, avec démantèlement de sites illégaux et fixation d’un seuil minimal de production pour les opérateurs autorisés. Mais sur le terrain, la reprise rapide des activités après les descentes montre que l’État peine encore à tenir durablement les sites les plus reculés.
Ce que l’on sait du glissement de terrain
Le bilan humain est lourd. D’après l’Associated Press, plus de 100 corps avaient déjà été retrouvés mercredi 19 août 2026 après l’effondrement d’une mine d’or artisanale survenu mardi matin dans le village de Zamboye, dans la préfecture de Nana-Mambéré, près de la frontière camerounaise. L’agence précise que plusieurs survivants sont grièvement blessés et que d’autres personnes restent portées disparues sous les décombres.
Les autorités judiciaires locales ont ouvert une enquête pour établir les causes du sinistre, identifier les victimes et déterminer les responsabilités éventuelles. Sur place, les premiers éléments évoquent l’effondrement de galeries souterraines creusées par les mineurs eux-mêmes, tandis que les secours poursuivent les recherches et l’évacuation des blessés vers l’hôpital de Baboua.
Le site concerné n’est pas un gisement industriel, mais une mine artisanale de faible technologie, typique de nombreuses zones aurifères d’Afrique centrale. C’est précisément ce type d’exploitation, rapide à mettre en place et difficile à contrôler, qui multiplie les risques d’ensevelissement, d’intoxication, d’écrasement et d’accidents mortels quand les conditions géologiques se dégradent.
Pourquoi cette tragédie dépasse la seule frontière
À l’Est du Cameroun, les mines d’or attirent des orpailleurs camerounais et centrafricains, mais aussi des commerçants, des transporteurs et des intermédiaires. Autour de Garoua-Boulaï et de Baboua, l’activité fait circuler de l’argent dans des économies locales où l’emploi formel reste rare. Elle crée donc une dépendance. Quand le site ferme, c’est tout un petit écosystème qui vacille. Quand il reste ouvert sans contrôle, c’est la vie des travailleurs qui se fragilise.
Le Cameroun ne part pas de zéro dans cette séquence. Le ministère des Mines a multiplié, depuis fin avril 2026, les visites de sites, les saisies d’engins et les ordres de démantèlement dans la région de l’Est. Le gouvernement veut formaliser le secteur, augmenter les recettes et réduire l’orpaillage illégal. Mais tant que les petits sites continuent de renaître après chaque opération, le risque reste le même : une économie de survie qui contourne les règles de sécurité et fait payer le prix fort aux travailleurs les plus exposés.
La République centrafricaine connaît elle aussi une série noire d’accidents miniers. En juin 2026 déjà, un autre glissement de terrain dans la Nana-Mambéré avait fait au moins huit morts et plusieurs disparus, selon l’Agence Anadolu. En mai, d’autres effondrements avaient encore endeuillé des sites aurifères artisanaux dans l’ouest du pays. Cette répétition souligne un problème structurel : l’absence d’encadrement solide dans des zones où l’or attire vite des milliers de personnes, souvent sans équipements adaptés.
Ce que l’Afrique centrale devra surveiller
Ce nouveau drame remet sur la table la question de la gouvernance minière en Afrique centrale, dans l’espace CEMAC, où les frontières sont poreuses et les filières d’or artisanales circulent plus vite que les contrôles publics. Au Cameroun comme en République centrafricaine, l’enjeu n’est pas seulement policier. Il est aussi social, économique et administratif : sécuriser les sites, formaliser les opérateurs, protéger les creuseurs et empêcher que les pluies transforment des puits improvisés en pièges mortels.
La suite dépendra des conclusions de l’enquête ouverte côté centrafricain, mais aussi de la capacité des deux États à coordonner davantage leurs services sur cette ligne frontalière. En Afrique centrale, l’or reste une richesse stratégique. Tant qu’il sera extrait dans des conditions précaires, il continuera aussi d’illustrer l’écart entre un potentiel minier réel et une protection des travailleurs encore insuffisante.