Pour une artiste, un million d’écoutes ne garantit ni des revenus réguliers ni la maîtrise de ses œuvres. C’est ce décalage entre audience et valeur économique que le Salon des Industries Musicales d’Afrique francophone (SIMA) entend placer au centre de sa troisième édition, annoncée à Cotonou les 12 et 13 novembre 2026.

À Cotonou, la musique au-delà de la scène

Le rendez-vous se tient pour la deuxième année consécutive au Bénin, pays d’Afrique de l’Ouest membre de la CEDEAO, l’organisation régionale de coopération économique et politique. Le SIMA veut réunir artistes, producteurs, institutions et professionnels autour d’une question concrète : comment convertir la circulation des musiques africaines en revenus, en entreprises solides et en pouvoir de négociation ?

Le thème annoncé, « Musique africaine : de la scène au pouvoir d’influence », place les enjeux économiques et institutionnels au même niveau que la création. Le programme prévisionnel aborde les droits d’auteur, le financement, l’export, l’intelligence artificielle et les liens entre musique et sport. Les séances et intervenants mentionnés restent toutefois soumis aux ajustements du programme.

Les organisateurs avancent plus de 6 700 participants, dont plus de 3 000 professionnels, pour l’édition précédente. Ces chiffres n’ont pas été confirmés par une source indépendante consultée ; ils doivent donc être compris comme un bilan communiqué par le salon, et non comme un décompte vérifié extérieurement.

Des droits mieux suivis, des revenus mieux répartis

Le premier enjeu est de savoir qui touche quoi lorsque les morceaux circulent sur les plateformes, dans les médias, en concert ou à l’étranger. Cela suppose d’identifier correctement les œuvres, de suivre leur exploitation et de répartir les recettes entre auteurs, interprètes, producteurs et autres ayants droit.

Au Bénin, le Bureau béninois du droit d’auteur et des droits voisins (BUBEDRA) a notamment pour mission de collecter des redevances afin de rémunérer les ayants droit. Le salon prévoit d’aborder ces questions avec des représentants de sociétés de gestion collective et de l’industrie musicale. Mais une discussion professionnelle ne suffit pas, à elle seule, à établir l’efficacité des mécanismes existants ni le niveau des revenus effectivement perçus.

La programmation annoncée prévoit aussi un échange sur le financement des entreprises culturelles et le rôle du spectacle vivant dans l’économie des territoires. Pour les artistes, les concerts peuvent compléter les recettes numériques. Pour les salles, les techniciens et les organisateurs, ils représentent une activité et des emplois. Encore faut-il que les tournées, la billetterie et les contrats offrent des conditions viables au-delà des grandes scènes et de la capitale économique béninoise.

Une session doit également traiter de la place des femmes dans l’industrie musicale, en s’appuyant sur une étude consacrée au Nigeria. Le sujet renvoie à l’accès aux réseaux, aux postes de décision, aux financements et aux scènes. Les réalités varient selon les pays et les secteurs ; un cas nigérian ne saurait, à lui seul, représenter l’ensemble des professionnelles du continent.

Intelligence artificielle et propriété des catalogues

Le programme du 13 novembre prévoit un débat sur l’intelligence artificielle et ses effets possibles sur la création, la gestion des œuvres et les droits des artistes. L’enjeu est notamment de savoir comment reconnaître et rémunérer les contributions lorsque des outils automatisés interviennent dans la production ou la diffusion musicale. Les réponses dépendront des pratiques contractuelles et des règles applicables ; le salon est annoncé comme un espace de discussion, pas comme une instance de décision juridique.

Autre question inscrite au programme : « Qui possède la musique africaine ? » Les échanges doivent porter sur la propriété des catalogues, les métadonnées et les codes ISRC, des identifiants utilisés pour distinguer les enregistrements. Ces informations techniques peuvent faciliter le suivi des titres. Leur maîtrise compte donc pour les professionnels qui veulent savoir où leurs œuvres sont diffusées et à qui reviennent les recettes.

Une conversation annoncée sur la souveraineté musicale doit réunir Claudy Siar, Moussa Wague et Godwin Tom, sous la modération de Mamby Diomandé. Au-delà de la visibilité, la souveraineté renvoie ici à la capacité des acteurs africains à négocier les contrats, conserver des droits sur leurs catalogues et accéder aux données commerciales.

Exporter sans perdre la maîtrise de la valeur

Le programme prévoit une table ronde sur la construction de carrières et d’entreprises internationales depuis l’Afrique. Il doit aussi explorer les débouchés dans l’audiovisuel, la circulation virale des contenus et les passerelles entre musique et football. La participation de représentants de la Fédération ivoirienne de football est annoncée, sous réserve de confirmation du programme final.

Ces rapprochements peuvent ouvrir des espaces de diffusion : événements sportifs, partenariats, contenus audiovisuels ou présence d’artistes lors de compétitions. Mais ils ne garantissent pas automatiquement des retombées pour les créateurs. La question centrale reste celle des contrats, du partage des recettes et de la visibilité accordée aux artistes locaux, plutôt qu’aux seuls détenteurs des droits commerciaux.

En amont des journées professionnelles, le SIMA Lab.Music est annoncé du 7 au 11 novembre. Il doit réunir des artistes et beatmakers autour d’un projet musical collaboratif. La scène Makaya, elle, mettrait en avant des talents émergents de plusieurs pays, dont le Togo, le Kenya et Madagascar. Là encore, les modalités de distribution et les engagements envers les artistes devront être précisés par les organisateurs.

Pour le Bénin, accueillir le salon inscrit Cotonou dans un réseau de rencontres professionnelles qui relie plusieurs marchés africains et la diaspora. À l’échelle de la CEDEAO, l’enjeu est aussi de faciliter les collaborations et la circulation des œuvres entre pays voisins, sans confondre visibilité régionale et accès équitable aux revenus. Les éléments à suivre seront le programme confirmé, les accords professionnels conclus et la manière dont les débats sur les droits se traduiront, ou non, en outils concrets pour les créateurs.

Le SIMA peut offrir un lieu de mise en relation et de discussion. La mesure de son impact se jouera ensuite dans la durée : rémunération des œuvres, contrats plus lisibles, développement des entreprises et capacité des professionnels africains à peser dans les circuits internationaux.