À Boundiali, dans le nord de la Côte d’Ivoire, le projet aurifère franchit un cap sur le papier. Mais une ressource plus importante ne signifie pas encore davantage d’or exploitable, ni une mine prête à produire. Les prochaines études et autorisations devront transformer l’estimation géologique en décision d’investissement.

Une ressource en hausse, pas encore des réserves

Le 28 octobre 2026, la société australienne Aurum Resources a annoncé une hausse de 19 % des ressources minérales estimées de Boundiali. Elles atteignent 3,84 millions d’onces d’or, soit environ 119 tonnes, contre 3,22 millions auparavant. Cette estimation regroupe sept gisements identifiés sur le projet, dont BMT2, évalué pour la première fois.

La nouvelle estimation comprend environ 2,3 millions d’onces classées comme ressources « indiquées » et 1,5 million comme ressources « inférées ». Ces catégories décrivent le niveau de connaissance géologique : les ressources indiquées reposent sur des données plus détaillées, tandis que les ressources inférées restent plus incertaines. Aucune des deux ne garantit, à elle seule, que l’or pourra être extrait de façon rentable.

La distinction compte pour la suite. Une ressource peut contribuer à une réserve minière seulement après des études techniques et économiques démontrant son exploitabilité. Aurum présente donc cette progression comme une base susceptible d’affiner le plan de développement, et non comme une production déjà assurée. La mise à jour rapportée par le marché indique aussi que la réserve minière n’a pas encore été révisée.

La société prévoit de publier une étude de faisabilité définitive, ou DFS, avant la fin de 2026. Plus détaillée qu’une étude de préfaisabilité, elle doit préciser les choix techniques, les coûts et les conditions économiques du projet. Elle pourra également éclairer une décision finale d’investissement, étape à laquelle l’entreprise confirme si elle engage les fonds nécessaires à la construction.

Le calendrier dépend encore de plusieurs décisions

L’étude de préfaisabilité publiée en juin 2026 estimait une production cumulée de 1,5 million d’onces sur onze ans. Ces projections devront être confrontées aux résultats de la DFS. Aurum vise une première production au premier semestre 2028. Le calendrier reste conditionné, notamment, à l’obtention des autorisations d’exploitation et à la sécurisation du financement.

Le 8 octobre, les autorités ivoiriennes ont indiqué que l’entreprise envisageait de commencer les travaux de construction avant la fin de 2026. Elles ont aussi évoqué un investissement d’environ 503 millions de dollars et quelque 4 200 emplois directs et indirects pendant le chantier, puis 2 200 pendant l’exploitation. Ces chiffres sont des prévisions communiquées au stade du projet, pas des emplois déjà créés. Le montant mentionné diffère de l’estimation de financement de 342 millions de dollars figurant dans les éléments précédemment publiés sur Boundiali ; la DFS devra préciser le périmètre des coûts et les besoins financiers retenus.

Le forage d’exploration doit se poursuivre en parallèle. L’entreprise a annoncé un programme porté à 150 000 mètres pour 2026. Ces travaux peuvent préciser l’étendue des gisements et améliorer leur classification. Ils ne remplacent toutefois ni les permis, ni le financement, ni les études d’impact nécessaires à la mise en exploitation.

Un projet local dans un secteur en expansion

Boundiali s’inscrit dans la montée en puissance de l’or dans l’économie ivoirienne. Selon le portail économique national, treize mines d’or étaient en exploitation en 2024, contre quatre en 2015. La production nationale était projetée à 63 tonnes en 2026. Ces chiffres situent le projet dans une stratégie de diversification, mais ils ne disent pas encore quelle part des revenus miniers bénéficiera aux territoires producteurs.

Pour Boundiali et les localités voisines, l’enjeu dépasse le nombre d’emplois annoncé. La répartition entre postes qualifiés et non qualifiés, le recrutement local, les contrats accordés aux entreprises ivoiriennes et la formation détermineront une partie des retombées concrètes. La gestion de l’eau, des terres et des effets environnementaux pèsera également dans l’expérience des habitants, en particulier ceux dont les activités dépendent des ressources locales.

Les annonces officielles présentent aussi la mine comme un levier de développement régional. Ce bénéfice dépendra cependant des mécanismes effectivement mis en place et suivis : obligations du permis, consultations des communautés, mesures de compensation et transparence sur les recettes. Une estimation de ressources, même importante, ne permet pas à elle seule d’évaluer ces retombées.

Un enjeu ouest-africain de gouvernance minière

La trajectoire de Boundiali sera observée dans une Afrique de l’Ouest où l’or occupe une place majeure, mais où les relations entre États, communautés et entreprises minières évoluent rapidement. La Côte d’Ivoire est membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Son cadre politique et économique ne se confond pas avec celui de ses voisins, mais les débats régionaux sur la maîtrise des revenus, l’emploi local et la transformation des ressources résonnent au-delà de ses frontières.

À l’échelle nationale, le prochain jalon sera la publication de la DFS, suivie des décisions sur les permis, le financement et la construction. La hausse annoncée renforce le potentiel géologique de Boundiali. Le test décisif sera désormais de convertir ce potentiel en réserves démontrées, puis en projet finançable, tout en établissant des retombées vérifiables pour les populations de la région.