À Antananarivo, la route n’est plus seulement un axe de circulation. Elle est devenue un test de capacité publique.
Dans la capitale malgache, les bouchons ne ralentissent pas seulement les voitures. Ils pèsent aussi sur les bus, les camions, les trajets domicile-travail et l’acheminement des marchandises. À Anosizato, à l’entrée ouest d’Antananarivo, le trafic venu des quartiers périphériques et des régions de l’ouest se concentre sur un point devenu critique. C’est là que les autorités ont lancé, le vendredi 31 juillet, le chantier d’un fly-over destiné à séparer les flux et à réduire les engorgements récurrents.
Ce projet s’inscrit dans une séquence plus large. Madagascar dépend très fortement du transport routier pour déplacer les personnes et les biens, tandis que son réseau reste fragile et souvent sous-investi. La Banque mondiale rappelle que le pays dispose de l’un des réseaux routiers les moins développés au monde et que la mauvaise qualité des routes limite l’accès aux marchés, aux services et à la résilience face aux chocs climatiques.
Un échangeur pensé pour l’entrée ouest de la capitale
Le dossier Anosizato avait déjà été préparé avant ce lancement. En septembre 2023, le Conseil des ministres avait approuvé la signature de l’accord de financement avec la Banque arabe pour le développement économique en Afrique, ou BADEA, pour un montant total de 31 millions de dollars. Sur cette enveloppe, 28 millions de dollars devaient venir de la BADEA et 3 millions de dollars de l’État malgache. Le projet devait relier la route de la Francophonie, le boulevard de l’Europe, le rond-point Maki, le pont sur l’Ikopa et le tronçon de la Voie rapide ouest d’Antananarivo, tout en ouvrant un lien vers Tanamasoandro.
Le document de la BADEA consacré au chantier d’Anosizato confirme l’existence du financement et du projet, présenté comme un ouvrage de désengorgement des routes nationales RN1 et RN58A. La banque rappelle qu’elle intervient dans 44 pays africains non membres de la Ligue arabe, dont Madagascar.
À l’échelle technique, l’infrastructure annoncée doit comporter un ouvrage principal et des bretelles d’accès pour séparer les circulations. Le programme prévoit aussi des aménagements pour les piétons et des espaces pour les cyclistes, un point important dans une capitale où la route sert à la fois au transport motorisé et aux déplacements quotidiens à pied. La durée des travaux est annoncée à 24 mois.
Ce que change un fly-over dans une ville où chaque minute compte
Le fly-over d’Anosizato ne règle pas à lui seul la question des mobilités à Antananarivo. Mais il peut modifier la vie de milliers d’usagers si les travaux sont bien intégrés au tissu urbain. Dans une ville où les heures de pointe saturent rapidement les entrées, un échangeur bien conçu peut réduire les temps de trajet, améliorer la régularité des transports collectifs et rendre les livraisons plus fiables. Pour les ménages, cela veut dire moins de temps perdu. Pour les commerçants et transporteurs, cela peut vouloir dire moins de carburant gaspillé et moins d’aléas logistiques. Cette lecture est cohérente avec les analyses de la Banque mondiale sur l’impact des routes sur l’accès aux marchés et aux services.
Le bénéfice ne sera cependant pas automatique. La capitale malgache reste soumise à une forte pression urbaine, à des risques d’inondation et à une vulnérabilité accrue des infrastructures face aux épisodes climatiques extrêmes. La Banque mondiale souligne d’ailleurs que le réseau de transport malgache est limité et exposé aux intempéries, ce qui rend nécessaires des investissements plus robustes, mieux coordonnés et mieux entretenus. Dans ce contexte, la qualité du chantier, la gestion des déviations, le suivi budgétaire et l’entretien futur compteront autant que l’ouvrage lui-même.
Le projet dit aussi quelque chose du rapport entre Antananarivo et le reste du pays. L’entrée ouest de la capitale concentre des flux venus des régions de l’ouest, mais les effets se répercutent bien au-delà du Grand Tana. Une capitale engorgée renchérit le coût du transport intérieur, pèse sur les circuits de distribution et ralentit les échanges avec les zones productrices. À l’inverse, une circulation plus fluide peut soutenir les approvisionnements de la métropole comme ceux des marchés régionaux. Madagascar s’inscrit ici dans la même logique que d’autres pays de la SADC, la Communauté de développement d’Afrique australe, dont il est membre depuis 2005 : améliorer les liaisons internes pour mieux connecter les économies nationales aux corridors régionaux.
Une pièce de plus dans la stratégie d’infrastructures de Madagascar
Anosizato n’est pas un chantier isolé. Le gouvernement malgache présente depuis plusieurs années la modernisation du transport comme un pilier de son agenda d’infrastructures, avec d’autres projets structurants à Antananarivo et sur les grands axes nationaux. La logique est claire : réparer les goulets d’étranglement, sécuriser les flux et renforcer la compétitivité logistique du pays. La Banque mondiale a, elle aussi, accru son exposition dans le secteur des routes et des transports à Madagascar, en indiquant un portefeuille de 740 millions de dollars en 2022, puis 1,1 milliard de dollars en 2026 pour l’ensemble des investissements liés au transport.
Sur le plan politique, ces infrastructures ont une portée plus large qu’un simple chantier urbain. Elles servent à montrer que l’État peut livrer des projets visibles, dans un contexte où la crédibilité des politiques publiques se mesure aussi à la capacité de faire circuler les biens, les personnes et les services. À Antananarivo, où la pression démographique et l’étalement urbain compliquent chaque aménagement, le fly-over d’Anosizato sera jugé sur un critère simple : fluidifie-t-il durablement l’un des accès les plus chargés de la capitale, ou ne fait-il que déplacer le problème plus loin sur le réseau ? La réponse dépendra de la coordination avec les autres voies d’accès, de la continuité des travaux périphériques et de la tenue des délais annoncés.