Abidjan, carrefour d’une filière qui ne se joue plus seulement dans les terminaux

Dans les cuisines ivoiriennes, la question n’est plus seulement de savoir si le gaz de pétrole liquéfié, ou GPL, est disponible. Elle porte aussi sur son coût, sa sécurité et sa place face au bois et au charbon, encore présents dans de nombreux foyers en Afrique de l’Ouest. À Abidjan, cette équation prend une dimension particulière : la ville concentre les infrastructures, les importations, les distributeurs et une partie de la demande urbaine qui tire le marché régional.

C’est dans ce cadre que la Côte d’Ivoire s’apprête à accueillir, au Parc des Expositions d’Abidjan, la 7e édition du West Africa LPG Expo, les 2 et 3 septembre 2026. L’événement revient après avoir déjà fait d’Abidjan une scène régionale du GPL en 2023, signe qu’une partie des acteurs du secteur voit le pays comme une base logistique et commerciale de premier plan en Afrique de l’Ouest.

Un salon, mais surtout un test pour la stratégie ivoirienne de cuisson propre

Le ministère ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie figure parmi les soutiens institutionnels de cette édition. Son titulaire, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, est annoncé comme invité d’honneur. Le ministère a, ces derniers mois, mis en avant la Politique intégrée des ressources minérales et de l’énergie, présentée comme un cadre de transformation du secteur sur le long terme. En parallèle, l’administration a affiché des ambitions budgétaires élevées pour 2026, confirmant que l’énergie reste un levier central de la politique économique ivoirienne.

Le rendez-vous d’Abidjan ne se limite pas à une exposition commerciale. Le programme annoncé prévoit plus de 30 intervenants issus de la chaîne de valeur du GPL, des sessions sur l’investissement, les technologies, la sécurité et la transition vers des solutions de cuisson plus propres. Un atelier spécifique sur la cuisson propre doit aussi être animé avec l’appui de la World Liquid Gas Association, organisation internationale du secteur, tandis que PETROCI doit présenter ses installations à des délégués étrangers.

Cette articulation est importante. En Côte d’Ivoire, le GPL n’est pas seulement un produit énergétique. Il est aussi un instrument de politique publique, au croisement de la santé, de l’industrie, du stockage, de la sécurité des bouteilles et de l’approvisionnement urbain. PETROCI rappelle d’ailleurs sur ses pages publiques qu’elle dispose d’unités de remplissage, de stockage et de requalification des bouteilles, éléments essentiels pour une chaîne de distribution fiable.

Ce que l’événement dit du marché ivoirien et des attentes régionales

Le positionnement d’Abidjan n’est pas anodin. L’ouvrage de référence publié par la CEDEAO sur les perspectives énergétiques régionales souligne que l’usage du GPL pour la cuisson progresse vite dans les villes, mais que le défi reste immense hors des centres urbains. Le même document rappelle qu’Abidjan a déjà servi de vitrine régionale au GPL, avec une forte pénétration de ce combustible dans la capitale économique, sans que cela n’efface la dépendance persistante à des fuels plus traditionnels dans une partie des ménages.

Le salon arrive donc à un moment où la région cherche des solutions plus concrètes pour la cuisson propre. L’Organisation mondiale de la Santé insiste sur l’intérêt des combustibles propres, dont le GPL, pour réduire l’exposition à la pollution de l’air domestique. Elle rappelle aussi que les ménages basculent souvent vers des combustibles plus polluants dès que le prix ou l’accès au gaz devient instable. Pour les villes ivoiriennes, cela signifie qu’un marché plus robuste peut améliorer la vie quotidienne. Pour les zones rurales, l’enjeu reste l’extension des réseaux, des points de vente et du pouvoir d’achat.

Les organisateurs mettent en avant la présence d’acteurs privés comme PETROCI, SIMAM, Sigma Cylinders, Bharat Tanks and Vessels, Pétro Ivoire et RegO. Ce choix raconte aussi quelque chose du modèle recherché : une filière plus industrielle, où l’importation, le conditionnement, les bouteilles, les détendeurs, la distribution et le contrôle technique doivent avancer ensemble. En pratique, cela peut favoriser les investissements, mais aussi exiger des règles plus strictes de sécurité et de traçabilité.

Au-delà d’Abidjan, un signal pour l’Afrique de l’Ouest

La portée du rendez-vous dépasse la Côte d’Ivoire. Le West Africa LPG Expo réunit, selon l’organisateur, des décideurs publics, des investisseurs et des industriels venus de plusieurs pays. Cette logique régionale rejoint les priorités de la CEDEAO, qui voit dans l’accès à l’énergie une question de sécurité économique, sanitaire et industrielle. Elle s’inscrit aussi dans l’Agenda 2063 de l’Union africaine, où l’énergie figure parmi les leviers de transformation structurelle du continent.

Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est double. D’un côté, le pays veut consolider son image de plateforme sous-régionale pour l’énergie domestique. De l’autre, il doit répondre à une demande sociale très concrète : des bouteilles accessibles, des réseaux sûrs, des prix plus lisibles et des solutions qui ne laissent pas de côté les ménages modestes. Un salon ne règle pas cela à lui seul. Mais il peut accélérer les accords, faire converger les acteurs et confirmer qu’Abidjan entend peser dans la bataille de la cuisson propre en Afrique de l’Ouest.