Pour une petite entreprise, l’accès au crédit peut décider d’un recrutement, d’un nouvel équipement ou de la capacité à tenir pendant une période difficile. En Côte d’Ivoire, ces décisions économiques locales sont aussi liées à des enjeux plus larges : l’emploi des jeunes, la place des femmes dans l’activité et la solidité des communautés.

C’est ce lien entre financement et stabilité que des acteurs publics, privés et régionaux ont discuté à Abidjan, du 28 septembre au 3 octobre 2026. Le forum consacré à l’investissement pour la paix et la résilience économique s’inscrivait dans une semaine régionale sur les femmes, les jeunes, la paix et la sécurité en Afrique de l’Ouest et au Sahel.

Un rendez-vous régional centré sur l’emploi et la paix

Organisée par le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS) et ONU Femmes, avec le gouvernement ivoirien et le soutien technique de la Banque africaine de développement (BAD), la semaine a réuni environ 150 participants. Des représentants d’États, de la CEDEAO, de l’Union africaine, d’institutions financières, de la société civile et de réseaux de femmes et de jeunes étaient présents, selon UNOWAS. Le Sénat ivoirien a également confirmé l’ouverture des travaux à Abidjan le 28 septembre.

La rencontre s’est achevée le 3 octobre par l’adoption de l’Appel et des Engagements d’Abidjan. Ceux-ci placent notamment l’emploi et l’autonomisation économique des femmes et des jeunes au cœur de la consolidation de la paix. La CEDEAO, organisation régionale ouest-africaine, et l’Union africaine étaient représentées dans les échanges : les enjeux dépassent donc les frontières ivoiriennes.

Le contexte régional donne du poids à cette discussion. UNOWAS rapporte une estimation de la BAD selon laquelle la croissance économique de l’Afrique de l’Ouest atteindrait 4,6 % en 2026, mais que le déficit annuel de financement du développement reste compris entre 90 et 100 milliards de dollars. Ces chiffres décrivent un défi de mobilisation des ressources ; ils ne disent pas, à eux seuls, qui en bénéficie ni si les financements parviennent aux entreprises locales.

La place des PME dans le débat

La participation de NSIA Banque Côte d’Ivoire au forum et l’intervention de Carine Domoraud, présentée comme directrice PME de la banque, sont rapportées dans les informations communiquées sur l’événement. Elle aurait pris part à un panel consacré à l’investissement dans la paix et la résilience économique, en représentant Léonce Yacé, directeur général de NSIA Holding Financière. Les comptes rendus publics consultés confirment la tenue du forum, mais ne détaillent pas indépendamment cette intervention ni la citation qui lui est attribuée.

Dans cette intervention, selon les éléments transmis, Domoraud a défendu le rôle des petites et moyennes entreprises dans la création d’emplois et le développement des territoires. Elle a cité plusieurs leviers d’accompagnement : financement, garanties, partenariats et éducation financière. La garantie de crédit réduit une partie du risque supporté par le prêteur ; elle ne remplace toutefois ni l’analyse du projet ni la capacité de remboursement de l’entreprise.

Le propos souligne une difficulté concrète : les besoins d’une entreprise ne se limitent pas à obtenir un prêt. Une activité récente peut manquer de garanties ou d’historique financier. Une entreprise implantée hors des grands centres peut aussi rencontrer des obstacles différents de ceux d’une société déjà intégrée aux circuits bancaires. Pour les entrepreneures et les jeunes, l’accès à l’information et aux réseaux économiques peut compter autant que l’existence d’un produit financier.

En Côte d’Ivoire, l’accompagnement des PME figure déjà parmi les priorités publiques. Le gouvernement a indiqué que plus de 56 000 entreprises avaient été accompagnées depuis 2017, dont près de 13 000 en 2024. Ce bilan officiel mentionne un dispositif associant accompagnement technique, coordination et garantie de crédits. Il donne une mesure de l’action engagée, mais ne permet pas, à lui seul, d’évaluer la survie des entreprises aidées, la qualité des emplois créés ou la répartition territoriale des résultats.

Du financement annoncé aux effets mesurables

Pour les banques, les mécanismes de garantie et les partenariats peuvent faciliter le financement de projets jugés trop risqués ou insuffisamment documentés. Pour les PME, l’enjeu est d’obtenir des conditions compatibles avec leurs revenus et leurs cycles d’activité. Les entreprises formelles, capables de présenter comptes et sûretés, ne partent pas toujours avec les mêmes atouts que les petites activités informelles, pourtant essentielles aux économies locales.

Le forum a aussi relié l’autonomisation économique à la prévention des tensions et à la cohésion sociale. Ce lien ne signifie pas qu’un crédit suffit à prévenir les conflits. Il invite plutôt à examiner comment l’emploi, les revenus et l’accès aux opportunités peuvent renforcer la capacité des communautés à faire face aux chocs. Les conclusions régionales appellent notamment à faciliter l’accès des femmes et des jeunes au crédit, aux services financiers et aux investissements.

Pour mesurer la portée réelle des engagements, il faudra suivre leur traduction en produits accessibles, en garanties effectivement mobilisées et en financements accordés aux entreprises dirigées par des femmes et des jeunes. La transparence sur les critères d’éligibilité, les coûts et les résultats sera tout aussi importante. À Abidjan, les discussions ont posé une orientation ; les annonces ne constituent pas encore un bilan d’impact.

La Côte d’Ivoire occupe une place centrale dans ces échanges, mais elle n’est pas la seule concernée. Les engagements adoptés à Abidjan s’adressent aussi aux États et aux institutions d’Afrique de l’Ouest et du Sahel. La prochaine étape sera de voir comment les gouvernements, les banques et les organisations régionales transforment cette priorité commune en possibilités concrètes pour les entreprises et les communautés.