La stupeur se voit sur le visage d’Ademossar : devant l’hôtel où il travaille, il vient de recevoir l’alerte sur son téléphone qui annonce le report du scrutin. « C’est la première fois au Sénégal qu’on assiste à ce genre de report d’élection ! », s’exclame-t-il. « Macky Sall vient de trahir : on veut le changement radical, on ne veut plus de ministres qui détournent les milliards, on veut un système plus honnête ! » »S’il y a des manifestations, je vais laisser mon travail et sortir, parce que mon pays a besoin des jeunes. On est dans un pays démocratique, et ça doit continuer. »

C’est un véritable séisme politique au Sénégal. Pour la première fois depuis 1963, et l’élection de Léopold Sédar Senghor, le Sénégal reporte la présidentielle. Le scrutin devait avoir lieu le 25 février, mais le président Macky Sall a pris la parole samedi 3 février à quelques heures de l’ouverture officielle de la campagne, pour annoncer l’abrogation du décret sur la convocation du corps électoral.

Une décision controversée

Cette décision a été prise dans un contexte de polémique, car plusieurs candidats importants, dont Karim Wade, le fils de l’ancien président, ont été écartés par le Conseil constitutionnel. Cette situation a engendré une vague de mécontentement parmi les moins de 30 ans, qui représentent 75% de la population du Sénégal. Ils réclament massivement un changement radical de politique et le départ du gouvernement en place.

Des manifestations spontanées ont eu lieu dans tout le pays, avec des jeunes qui expriment leur colère face à ce report de l’élection. Beaucoup d’entre eux se sentent trahis et dégoûtés par cette décision, et appellent à un mouvement de contestation pacifique pour exprimer leur mécontentement et exiger un changement de gouvernement.

Les voix de la jeunesse sénégalaise

Mariam, une Sénégalaise agente commerciale, est particulièrement mécontente de la situation : « Je suis dégoûtée ! Les jeunes ont été à l’école pour apprendre et découvrir, et ça c’est un réveil brutal. On n’a pas notre mot à dire, et on nous appelle la jeunesse. On n’a même pas les mots pour exprimer cette colère et même cette haine envers ce monsieur. Ce qu’il doit comprendre, c’est que c’est la fin, il a perdu. Tôt ou tard, il va partir ! »

Les manifestations sont également soutenues par l’opposition sénégalaise, qui demande également le départ du président Macky Sall. Les camions et les bus de campagne prévus pour la province convergent maintenant vers le centre de Dakar, où une grande manifestation est prévue.

Le risque de violences

Les responsables politiques sénégalais appellent au calme pour éviter une flambée de violence, en particulier en Casamance, où les affrontements du mois de juin dernier entre les jeunes et la police ont fait huit morts. Cependant, malgré cette volonté de calme, des heurts ont déjà éclaté à Dakar, avec des tirs nourris de gaz lacrymogènes de la part des gendarmes sénégalais contre plusieurs centaines de manifestants.

La situation reste donc très tendue au Sénégal, avec des manifestants déterminés à faire entendre leur voix et à obtenir un changement politique. Le report de l’élection présidentielle a créé une immense frustration parmi la population, en particulier chez les jeunes, qui sont les plus touchés par les problèmes socio-économiques du pays.

Cette crise politique soulève également des questions sur la stabilité démocratique du Sénégal, qui a toujours été considéré comme un modèle de démocratie en Afrique. La décision du président Macky Sall de reporter l’élection soulève des doutes quant à la volonté du gouvernement de respecter les principes démocratiques et les droits des citoyens.

Vers une mobilisation générale

Face à cette situation, l’opposition et la société civile appellent à une mobilisation générale pour faire pression sur le gouvernement et exiger la tenue d’une élection libre et transparente. Les manifestations se multiplient dans tout le pays, avec des milliers de personnes qui descendent dans les rues pour exprimer leur mécontentement.

Les prochains jours seront cruciaux pour l’avenir politique du Sénégal. Le gouvernement devra faire face à une contestation de plus en plus forte et déterminée, qui exige des changements profonds et une véritable démocratie.

Il reste à voir comment la situation évoluera et quelles seront les mesures prises par le gouvernement pour répondre aux demandes de la population.