À New York, le Sénégal a porté une discussion à double portée. D’un côté, Bassirou Diomaye Faye et Emmanuel Macron ont examiné l’avenir de leur relation bilatérale. De l’autre, l’élection du prochain secrétaire général des Nations unies a replacé Macky Sall dans les échanges diplomatiques de haut niveau.
Un entretien placé sous le signe du partenariat et du multilatéralisme
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye s’est entretenu avec son homologue français Emmanuel Macron le mardi 22 septembre 2026, au siège des Nations unies à New York. La rencontre s’est tenue après l’ouverture de la 81e session de l’Assemblée générale de l’ONU.
Dans une note relayée par l’Agence de presse sénégalaise, la présidence du Sénégal indique que les deux dirigeants ont passé en revue le partenariat entre Dakar et Paris. Ils ont également évoqué les moyens de l’approfondir.
Les échanges ont porté sur plusieurs dossiers internationaux. Bassirou Diomaye Faye et Emmanuel Macron ont notamment partagé leurs analyses sur les enjeux de paix et de sécurité. Ils ont aussi réaffirmé leur attachement à la Charte des Nations unies et au règlement pacifique des différends.
La présidence sénégalaise précise enfin que la succession d’António Guterres au poste de secrétaire général de l’ONU figurait à l’ordre du jour. Le mandat de l’actuel titulaire doit s’achever à la fin de l’année 2026.
La candidature de Macky Sall au centre de la séquence diplomatique
L’ancien président sénégalais Macky Sall fait partie des candidats déclarés à la direction de l’organisation internationale. Sa candidature a été officiellement présentée en mars 2026 par le Burundi, qui assurait alors la présidence en exercice de l’Union africaine.
Le dossier avait d’abord créé une situation délicate à Dakar. Le candidat disposait d’un appui extérieur, mais le gouvernement sénégalais n’avait pas immédiatement endossé sa démarche. Cette réserve reflétait aussi la rupture politique entre l’ancien pouvoir et le camp arrivé aux commandes avec Bassirou Diomaye Faye en avril 2024.
La position de Dakar a changé au cours de l’été. Après une audience accordée à Macky Sall le 17 juillet 2026, le président Faye a décidé d’apporter le soutien officiel du Sénégal à sa candidature. La décision a ensuite été annoncée par le ministère sénégalais de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères, comme l’ont rapporté la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise et d’autres médias nationaux.
À New York, le sujet n’a donc pas constitué une surprise. Il s’inscrit dans une séquence engagée plusieurs semaines plus tôt. Le rapprochement entre Bassirou Diomaye Faye et Macky Sall avait déjà été observé lors du retour de l’ancien chef de l’État à Dakar, puis dans les contacts diplomatiques précédant la session de l’Assemblée générale.
Les informations disponibles ne permettent toutefois pas d’affirmer que Macky Sall a participé à l’entretien entre les présidents sénégalais et français. La présidence du Sénégal a confirmé que sa candidature avait été abordée, sans publier le détail des positions exprimées par chacun des deux dirigeants.
Pour Dakar, un choix diplomatique aux effets politiques
Le soutien de Bassirou Diomaye Faye répond à un premier objectif. Il permet au Sénégal de parler d’une seule voix dans une compétition où l’appui du pays d’origine compte fortement. Une candidature africaine à la tête de l’ONU ne peut pas être dissociée des équilibres entre États du continent.
Ce soutien ne garantit pas pour autant l’issue du processus. Le secrétaire général est recommandé par le Conseil de sécurité, avant d’être nommé par l’Assemblée générale. Les cinq membres permanents du Conseil disposent d’un droit de veto. Les négociations dépassent donc largement le cadre sénégalais et africain.
Pour Macky Sall, l’enjeu est aussi celui de la crédibilité internationale. Ancien président du Sénégal de 2012 à 2024, il met en avant son expérience gouvernementale, son passage à la présidence de l’Union africaine et ses responsabilités dans plusieurs initiatives multilatérales. La campagne devra cependant convaincre des États aux priorités différentes, dans une ONU confrontée à des crises multiples et à de fortes tensions entre puissances.
Pour le président Faye, le dossier comporte une dimension intérieure. Le soutien à son prédécesseur peut être présenté comme un choix d’État, distinct des désaccords politiques accumulés depuis la fin du précédent régime. Il expose aussi le pouvoir à des critiques de la part de ceux qui estiment que la candidature de Macky Sall doit être examinée à la lumière du bilan de ses années à la tête du Sénégal.
Cette décision intervient alors que les nouvelles autorités cherchent à redéfinir les relations extérieures du pays. Dakar maintient ses liens avec la France, mais affirme vouloir rééquilibrer ses partenariats et renforcer la souveraineté de ses décisions. L’entretien de New York illustre cette ligne : le dialogue avec Paris se poursuit, sans effacer les débats sur le contenu et les conditions de la coopération.
Un dossier qui dépasse le face-à-face Dakar-Paris
Le sujet concerne aussi la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, organisation régionale chargée notamment de la coopération économique et de la stabilité politique en Afrique de l’Ouest. Le Sénégal y conserve une place importante, alors que la région reste marquée par les transitions militaires au Sahel et par les tensions entre plusieurs capitales ouest-africaines.
Dans ce contexte, la candidature de Macky Sall peut devenir un test pour la capacité des États africains à construire une position commune. Le soutien du Sénégal ne suffit pas à obtenir celui de l’Union africaine. Les réserves exprimées au printemps 2026 autour d’un éventuel appui continental ont montré que le consensus africain n’était pas acquis.
La suite se jouera dans les consultations entre États membres de l’ONU. Les positions des membres permanents du Conseil de sécurité, celles du groupe africain et les soutiens obtenus par les autres candidats seront déterminants. Le Sénégal devra donc défendre sa préférence tout en préservant ses relations avec les partenaires qui ne la partagent pas.
À New York, la rencontre entre Bassirou Diomaye Faye et Emmanuel Macron a ainsi relié trois niveaux de décision : la relation entre le Sénégal et la France, la trajectoire politique sénégalaise et la compétition pour la direction de l’ONU. Dans les prochaines semaines, l’évolution des soutiens africains et des discussions au Conseil de sécurité permettra de mesurer la portée réelle de ce rapprochement diplomatique.