À Cantine-Aloya, la violence a frappé un lieu de vie autant qu’un point de passage commercial. Dans cette partie du Nord-Kivu, l’incendie d’habitations et le pillage de structures de santé menacent aussi l’accès aux soins et aux échanges dont dépendent les villages voisins.
Une attaque signalée dans la nuit du 5 au 6 novembre
Dans la nuit du jeudi 5 au vendredi 6 novembre 2026, des hommes armés ont attaqué Cantine-Aloya et plusieurs localités proches, dans le territoire de Beni. Les autorités militaires congolaises et des acteurs locaux attribuent l’incursion aux Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe armé originaire d’Ouganda, actif dans l’est de la République démocratique du Congo et affilié à l’organisation État islamique.
Le bilan reste incertain. Une première communication de la société civile locale faisait état d’au moins 24 morts. D’autres comptes rendus congolais ont ensuite rapporté 33 victimes, tandis qu’un bilan supérieur à 40 a également circulé. Ces chiffres ne sont pas concordants et aucun bilan définitif indépendant n’est établi dans les informations consultées. Le nombre de 37 avancé par les autorités militaires doit donc rester attribué, et non présenté comme confirmé.
Les médias congolais UNE.CD et CongoActu rapportent des bilans différents, respectivement d’au moins 24 et 33 morts. Cette divergence rappelle les difficultés à vérifier rapidement les pertes dans des localités éloignées, alors que les communications et les déplacements sont perturbés.
Des habitations et des commerces auraient été incendiés. Des pharmacies et des centres de santé auraient aussi été pillés. La société civile indique que des habitants ont quitté leurs maisons pour chercher refuge dans des localités voisines. À ce stade, les informations disponibles ne permettent pas d’établir précisément le nombre de personnes déplacées ni l’étendue des dégâts.
Une pression qui s’étend au-delà de Beni
Cantine-Aloya se trouve dans le Nord-Kivu, province de l’est congolais où les groupes armés imposent depuis des années une forte pression sur les civils. Beni et Lubero, deux territoires concernés par les incidents signalés cette semaine, se situent au nord de Goma et près de la frontière ougandaise. Cette géographie facilite les circulations transfrontalières, sans permettre à elle seule d’expliquer les attaques.
Le mardi 3 novembre, des hommes armés ont fait irruption à Maikengu, dans le territoire de Lubero. Les informations initiales faisaient état de tirs, d’affrontements et de départs d’habitants. Des médias locaux ont ensuite signalé des maisons et des motos incendiées. Le bilan humain de cet épisode demeure lui aussi discuté : le chef du secteur des Bapere a déclaré qu’aucune victime n’avait été recensée, tandis que certaines sources locales ont évoqué un mort. Radio Moto et RTVH rendent compte de cette incursion et des déplacements signalés.
Le rapprochement chronologique entre Maikengu et Cantine-Aloya ne suffit pas à établir un lien opérationnel direct. Il montre cependant que les alertes concernent plusieurs zones du Nord-Kivu, avec des effets immédiats sur les déplacements, les commerces et l’activité scolaire. Les marchés locaux comptent parmi les espaces les plus exposés : leur fermeture ou leur insécurité affecte les vendeurs, les transporteurs et les ménages qui s’y approvisionnent.
Shujaa n’a pas mis fin à la menace
Depuis le 30 novembre 2021, les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise mènent l’opération Shujaa contre les ADF. Le dispositif associe deux États voisins et intervient dans une région où la coopération sécuritaire est nécessaire, mais politiquement sensible. Kinshasa demeure responsable de la protection des populations congolaises, tandis que l’intervention de forces étrangères pose aussi des questions de coordination, de contrôle et de redevabilité.
Près de cinq ans après son lancement, la persistance d’attaques attribuées aux ADF rappelle qu’une opération militaire ne garantit pas, à elle seule, la sécurité durable des habitants. Un rapport du Groupe d’experts des Nations unies a relevé que les attaques des ADF en RDC s’étaient intensifiées malgré l’opération, et s’est inquiété de ses effets sur les civils. Ce constat ne tranche pas la responsabilité de chaque incident, mais souligne l’écart entre l’objectif annoncé et la protection quotidienne attendue par les communautés.
La stratégie du groupe, ses déplacements et l’accès aux zones touchées restent difficiles à documenter. Il faut donc distinguer les faits signalés — attaques, destructions et déplacements — des revendications ou attributions qui nécessitent des vérifications supplémentaires. Les acteurs locaux, notamment les structures de santé et les organisations civiles, sont essentiels pour établir les besoins et suivre les conséquences, sans se substituer aux enquêtes indépendantes.
Les prochains enjeux pour les habitants et la région
À court terme, l’enjeu est de vérifier le bilan, retrouver les personnes portées disparues et rétablir l’accès aux soins et aux marchés. Les habitants des localités voisines peuvent être touchés même sans avoir subi directement l’attaque : l’accueil de familles déplacées sollicite les ressources locales, tandis que l’insécurité freine les transports et les activités économiques.
À l’échelle régionale, la crise engage les relations entre la RDC et l’Ouganda, dont les forces combattent ensemble dans le cadre de Shujaa. Elle concerne aussi l’Union africaine, qui défend la coopération entre États face aux groupes armés, et la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), espace régional auquel appartiennent les deux pays. Mais la coordination militaire ne remplace ni l’accès humanitaire ni l’établissement transparent des faits.
Les prochaines communications des autorités congolaises, des services de santé et des organisations locales devront préciser les victimes, les dégâts et les déplacements. Pour Cantine-Aloya comme pour Maikengu, l’indicateur décisif ne sera pas seulement le nombre d’opérations annoncées : ce sera la possibilité, pour les habitants, de revenir sans craindre une nouvelle attaque et de retrouver des services essentiels.