Au Soudan, disposer d’une tente, d’une couverture ou d’une lampe solaire peut décider si une famille déplacée passe la nuit à l’abri ou reste exposée. Or, alors que les besoins de protection augmentent, les stocks d’urgence diminuent et les financements ne suivent pas.
Une aide qui peine à suivre les déplacements
La guerre oppose depuis avril 2023 l’armée soudanaise aux Forces de soutien rapide (FSR), une force paramilitaire. Les combats et les changements de lignes de front ont provoqué des déplacements répétés. En juin 2026, quelque 8,7 millions de personnes étaient déplacées à l’intérieur du pays, selon les données de suivi de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), reprises dans une note gouvernementale britannique. Les retours ne signifient donc pas nécessairement que les familles peuvent reprendre une vie stable.
La crise traverse les frontières. Des millions de Soudanais ont trouvé refuge dans les pays voisins, notamment au Tchad, en Égypte et au Soudan du Sud. L’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), organisation régionale d’Afrique de l’Est, et l’Union africaine suivent le conflit et ses conséquences. L’accès humanitaire, la sécurité des civils et les déplacements régionaux restent au cœur des enjeux.
Le retour vers une localité d’origine peut aussi déplacer le problème plutôt que le résoudre. Les maisons peuvent être détruites ou pillées. Dans plusieurs zones, l’eau, les soins et l’électricité manquent. Sans ces services, les personnes revenues risquent de repartir, tandis que les familles qui les accueillent disposent souvent de ressources limitées.
Des besoins massifs, des réserves presque épuisées
Le 6 novembre 2026, l’OIM et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) ont alerté sur l’ampleur des besoins en abris et en biens essentiels. Les deux agences estiment que 15,4 millions de personnes ont besoin d’une aide dans ce domaine. Faute de moyens, les organisations humanitaires ne peuvent en soutenir qu’environ une sur dix.
Depuis Khartoum, le chef de mission de l’OIM au Soudan, Mohamed Refaat, a indiqué que les entrepôts de l’organisation étaient vides après la distribution de plus de 40 000 tonnes d’aide cette année. Les 16 camions arrivés récemment au Darfour étaient, selon lui, les derniers disponibles dans ses stocks. Ces chiffres et cette déclaration ont été rapportés par les agences onusiennes lors de leur point de situation.
Le transport lui-même expose les équipes et les secours. Abubakarr Jalloh, représentant adjoint du HCR au Soudan, a déclaré que des drones avaient frappé à deux reprises des camions de l’organisation cette année. Les chauffeurs ont survécu, mais les abris d’urgence destinés à plus de 1 300 familles ont brûlé, selon son témoignage. L’attaque des convois menace donc à la fois les personnes qui les acheminent et celles qui attendent les fournitures.
Les risques ne sont pas les mêmes pour tous. Les femmes et les enfants représentent, selon le HCR, les trois quarts des personnes déplacées. Un abri fermé protège l’intimité et peut réduire l’exposition aux violences. Une lampe solaire aide à se déplacer la nuit, tandis qu’un nécessaire de cuisine permet de préparer un repas sans devoir rechercher du matériel. Ces objets répondent à des besoins pratiques, mais aussi à des enjeux de sécurité.
Le déficit financier réduit la réponse
Le plan humanitaire du Soudan pour 2026 réclame 2,9 milliards de dollars afin d’assister 20,4 millions de personnes, sur 33,7 millions considérées comme ayant besoin d’aide. Au 6 novembre, seuls 47 % des fonds requis avaient été mobilisés, selon les chiffres présentés par l’OIM et le HCR. Même avec le financement prévu, le plan ne couvre donc pas toutes les personnes recensées dans le besoin.
Les données d’OCHA, le bureau des Nations unies chargé de coordonner les affaires humanitaires, donnent une mesure concrète du retard dans le secteur des abris et des articles ménagers. En juin, 600 000 personnes avaient reçu cette aide, sur 1,8 million ciblées pour 2026. Le financement du secteur atteignait alors 31 % de ses besoins, selon la note de septembre du gouvernement britannique, fondée sur les données d’OCHA. Ces chiffres de juin éclairent les difficultés de fond; ils ne remplacent pas le point financier plus récent annoncé en novembre.
Les ménages subissent aussi la hausse des prix alimentaires. Au Darfour et au Kordofan, des précipitations inférieures à la moyenne ont affecté les récoltes, selon les responsables du HCR. Quand une famille dépense davantage pour se nourrir, il lui reste moins de moyens pour acheter une couverture, réparer un abri ou rejoindre un lieu plus sûr. Les pénuries de biens essentiels se combinent ainsi avec l’insécurité et les difficultés d’accès aux services.
Les retours illustrent ce décalage entre mouvement et stabilité. Plus de 5,2 millions de personnes seraient revenues dans leur région d’origine, selon les agences onusiennes. Mais une partie retrouve des logements inutilisables et des services interrompus. Il faut donc suivre non seulement le nombre de retours, mais aussi les conditions de logement, l’accès à l’eau et aux soins et le risque d’un nouveau déplacement.
Un enjeu soudanais aux conséquences régionales
L’appel des agences porte sur des financements supplémentaires et flexibles, afin de réapprovisionner les stocks et de maintenir l’aide là où les besoins changent rapidement. Pour les habitants des zones touchées, le calendrier est immédiat : l’arrivée des mois froids rend l’absence d’abri plus dangereuse. Pour les organisations, une rupture des approvisionnements peut aussi compliquer la reprise des opérations et la distribution dans des zones difficiles d’accès.
Les conséquences dépassent les frontières soudanaises. Quand les personnes ne peuvent ni rester en sécurité dans leur région ni accéder aux services de base, elles peuvent reprendre la route vers d’autres États. Les pays voisins doivent alors répondre à de nouveaux besoins d’accueil, tandis que les déplacements compliquent les efforts régionaux de stabilisation. L’évolution des combats, la sécurité des convois et le financement effectif du plan humanitaire seront déterminants pour savoir si l’aide peut atteindre davantage de familles soudanaises.