À Dar es Salaam, le verdict attendu dans le procès de Tundu Lissu concentre une question qui dépasse le sort d’un dirigeant d’opposition : jusqu’où la justice peut-elle distinguer une contestation politique d’une menace contre l’État ? Le 6 novembre 2026, la Haute Cour doit rendre sa décision dans une affaire suivie de près par sa famille et par les Tanzaniens.
Un procès au cœur d’une année électorale tendue
La Tanzanie aborde cette échéance après une séquence politique particulièrement disputée. Aux élections générales du 29 octobre 2025, CHADEMA, principal parti d’opposition, n’a pas participé. Le parti avait refusé de signer le code de conduite électoral, réclamant des réformes. L’Union africaine a estimé, dans sa déclaration préliminaire, que le scrutin avait manqué de compétitivité et appelé à des réformes constitutionnelles ainsi qu’à une politique plus inclusive.
Ce constat régional n’est pas un jugement sur le procès de Lissu. Il éclaire toutefois le climat dans lequel les institutions tanzaniennes sont observées. La Tanzanie est membre de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), qui rassemble plusieurs pays de la région et promeut leur coopération politique et économique. Les tensions nationales ont donc une portée au-delà de Dodoma et de Dar es Salaam.
La période électorale a aussi été marquée par des manifestations et des opérations de sécurité. La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a exprimé sa préoccupation face aux troubles signalés après le scrutin. Les bilans humains publiés à l’époque ont varié et restent attribués à leurs auteurs ; ils ne permettent pas de présenter un chiffre unique comme définitivement établi.
La justice doit trancher une accusation de trahison
Tundu Lissu, président national de CHADEMA et avocat de formation, a été arrêté le 9 avril 2025 à Mbinga, dans la région de Ruvuma. Le lendemain, il a été inculpé de trahison. L’accusation porte sur des propos tenus le 3 avril, que le parquet interprète comme un appel à empêcher l’élection de 2025 et à provoquer une rébellion.
Lissu reconnaît avoir prononcé les propos contestés, mais rejette l’interprétation du parquet. Il soutient qu’il s’agissait d’un discours politique légitime. La défense a demandé son acquittement ; le ministère public affirme, lui, que les témoignages présentés établissent la culpabilité au-delà du doute raisonnable. Ces positions restent celles des parties : seule la décision de la Cour déterminera l’issue judiciaire.
Le procès s’est déroulé devant une formation de trois juges de la Haute Cour, à son greffe de Dar es Salaam. Le jugement, annoncé pour le vendredi 6 novembre 2026, clôt une procédure de plus d’un an. La trahison est une infraction qui ne permet pas la mise en liberté sous caution en Tanzanie. La peine encourue et son interprétation ont également fait débat durant les plaidoiries finales.
La famille de l’opposant prévoit d’assister à l’audience. Son frère Vincent Lissu a déclaré à des journalistes que Tundu Lissu lui était apparu optimiste et confiant lors de leur dernière rencontre. Il a aussi qualifié le procès de « purement politique » et dit espérer sa libération. Cette appréciation est celle d’un proche, non une conclusion judiciaire.
La famille traverse en parallèle un deuil. Le frère aîné de l’opposant est mort en début de semaine, et les obsèques ont été repoussées pour permettre aux proches d’être présents à l’audience. Ce choix donne à la journée une dimension personnelle, sans modifier la question que les juges doivent examiner : les éléments produits répondent-ils aux critères juridiques de l’accusation ?
Un verdict aux effets politiques plus larges
Dans le centre de Dar es Salaam, la police a renforcé la sécurité autour du tribunal. Les autorités ont averti qu’elles ne toléreraient aucune perturbation de l’ordre public. Ces mesures doivent être rapportées comme des faits de sécurité ; elles ne prouvent pas, à elles seules, qu’une manifestation ou un trouble est imminent.
Pour le pouvoir, l’enjeu immédiat est l’application de la loi et le maintien de l’ordre. Pour CHADEMA et les autres acteurs politiques, l’affaire touche aussi à la possibilité de contester les orientations du gouvernement et la conduite d’un scrutin. Pour la population, les conséquences sont concrètes : l’espace laissé aux réunions, aux prises de parole et à l’activité de l’opposition façonne la vie politique bien après la fin d’un procès.
La décision sera également scrutée à l’échelle régionale. L’Union africaine a demandé des réformes et une participation politique plus inclusive après les élections de 2025. La suite dépendra donc non seulement du verdict, mais aussi de la manière dont les autorités, CHADEMA et les institutions répondront à ses conséquences.
Au moment où la Cour doit rendre sa décision, aucun résultat n’est encore établi dans les informations disponibles. Le fait à surveiller est désormais précis : la motivation des juges et, en cas de condamnation, la peine prononcée. Cette décision constituera un test important pour la confiance dans les institutions tanzaniennes, sans résumer à elle seule l’avenir politique du pays.