Pour les éleveurs, la rentabilité dépend souvent d’un poste très concret : le prix et la disponibilité des aliments pour volailles et poissons. C’est sur cette chaîne, autant que sur la transformation des céréales, qu’Olam Agri entend miser dans plusieurs marchés africains d’ici 2028.

Des marchés différents, un même enjeu de transformation

Au Nigeria, au Ghana et en Côte d’Ivoire, les projets annoncés s’inscrivent dans l’espace de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui réunit ces pays autour d’échanges régionaux. Le Cameroun, autre marché ciblé, appartient pour sa part à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Les investissements ne forment donc pas un seul réseau régional : ils répondent à des marchés et à des cadres économiques distincts.

Dans ces pays, la progression de la demande en produits transformés et en protéines animales renforce l’intérêt des groupes pour les aliments pour animaux, la minoterie et les pâtes. Mais produire davantage ne garantit pas, à lui seul, des aliments moins chers ni de meilleurs revenus agricoles. Le coût des matières premières, le transport, l’accès au stockage et la concurrence détermineront aussi les effets concrets.

Le Nigeria, première pièce du programme

Olam Agri a annoncé le 4 novembre 2026 un programme d’investissement d’environ 400 millions de dollars en Afrique, principalement dans la transformation alimentaire et les aliments pour animaux, à réaliser d’ici 2028. Le montant et les grandes lignes du plan ont été rapportés par le média nigérian Nairametrics et le média panafricain Shore Africa.

Au Nigeria, le chantier déjà lancé se situe à Ogwashi-Uku, dans l’État du Delta, au sud du pays. Cette usine intégrée, dont le coût annoncé est de 70 millions de dollars, doit réunir une capacité quotidienne de 1 500 tonnes d’aliments pour volailles et de 300 tonnes d’aliments aquacoles. Le site prévoit aussi 125 000 tonnes de stockage en silos-sacs. Sa mise en service est attendue en 2027.

Les caractéristiques du projet et son calendrier ont été rapportés par Proshare et le Government and Business Journal. L’usine doit approvisionner les éleveurs du Sud-Sud et du Sud-Est nigérians, des zones qui dépendent en partie de livraisons venant d’autres régions.

Olam prévoit également d’augmenter sa production de semoule et d’ajouter 850 camions à son réseau de distribution nigérian. Le groupe dispose déjà d’activités dans les aliments pour animaux, l’élevage de reproducteurs, les couvoirs et la trituration du soja. L’enjeu ne se limite donc pas à construire une nouvelle usine : il porte aussi sur l’acheminement régulier des intrants et des produits finis.

Trois autres pays, des projets ciblés

Au Cameroun, le groupe prévoit une usine d’aliments pour volailles d’une capacité annuelle de 300 000 tonnes, avec une mise en service annoncée au début de 2028. Cette implantation compléterait ses activités existantes dans la minoterie. Elle s’inscrit dans un marché relevant de la CEMAC, et non de la CEDEAO.

En Côte d’Ivoire, les investissements envisagés concernent la mouture du blé, la production d’aliments pour animaux et la reproduction avicole. Au Ghana, Olam Agri veut accroître ses capacités de production de pâtes. Les annonces disponibles ne détaillent pas, pour chacun de ces projets, les montants, les calendriers précis ni le nombre d’emplois attendus.

À plein régime, les nouvelles usines d’aliments pour animaux prévues au Nigeria, au Cameroun et en Côte d’Ivoire pourraient acheter plus de 500 000 tonnes de maïs et de soja par an auprès de plus de 130 000 petits producteurs, selon les projections de l’entreprise rapportées par Nairametrics. Il s’agit d’un objectif annoncé, et non d’un résultat déjà observé.

Les retombées dépendront des liens avec les producteurs

La proximité des usines avec les éleveurs peut réduire les distances de livraison. Elle peut aussi rendre l’approvisionnement plus régulier dans des régions éloignées des principaux pôles industriels. Pour les aviculteurs et les pisciculteurs, ces gains ne se traduiront toutefois par une baisse des coûts que si les économies logistiques sont répercutées sur les prix des aliments.

Pour les producteurs de maïs et de soja, les achats annoncés ouvriraient des débouchés importants. Mais l’accès à ces marchés dépendra des conditions d’achat, des exigences de qualité, du stockage et des infrastructures permettant d’acheminer les récoltes. Les capacités de stockage prévues peuvent contribuer à mieux gérer les approvisionnements, sans garantir à elles seules des prix rémunérateurs ou des contrats accessibles à tous.

L’expansion renforce aussi la présence d’un grand groupe privé dans des filières stratégiques. Cette capacité industrielle peut soutenir la transformation locale, tandis que la concentration des achats et de la distribution soulève des questions de concurrence et de pouvoir de négociation. Les données publiques disponibles ne permettent pas encore d’évaluer l’effet du programme sur les prix payés par les éleveurs ou sur les revenus des agriculteurs.

Un test pour les chaînes de valeur régionales

Le programme relie des activités complémentaires — céréales, aliments pour animaux, élevage, stockage et transport — dans plusieurs économies d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. Il faudra suivre la réalisation des chantiers, notamment l’usine nigériane attendue en 2027 et celle du Cameroun annoncée pour 2028, ainsi que les volumes effectivement achetés aux producteurs locaux.

Pour les États concernés, la question sera aussi celle de l’ancrage local : approvisionnement national, emplois, concurrence et accès des petites exploitations aux débouchés industriels. C’est à ces résultats, et pas seulement au montant investi ou aux capacités installées, que se mesurera la portée du programme.