À Thiès, rénover des ateliers peut ouvrir des portes. Mais pour qu’une formation mène à un emploi, les équipements ne suffisent pas : les compétences enseignées doivent correspondre aux besoins des entreprises, et les jeunes doivent pouvoir y acquérir une première expérience.

Un investissement pour remettre les ateliers à niveau

Le 2 novembre 2026, le Fonds de financement de la formation professionnelle et technique (3FPT), organisme sénégalais qui finance des formations et des équipements, a annoncé sept projets d’investissement au Centre de formation professionnelle (CFP) de Thiès. L’enveloppe globale atteint 560 millions de francs CFA, selon l’Agence de presse sénégalaise (APS). Le directeur général du fonds, Soulèye Kane, a indiqué que les conventions signées prenaient effet immédiatement.

Le programme prévoit des travaux sur les locaux, le renouvellement d’équipements pédagogiques et l’appui aux formateurs. Les filières concernées comprennent notamment l’électricité, l’horticulture, la coiffure, l’habillement et la transformation agroalimentaire. Le 3FPT annonce aussi un renforcement des capacités des 34 formateurs du centre, afin de développer l’approche par les compétences : une méthode qui organise les cours autour de gestes et de savoir-faire directement mobilisables dans un métier.

L’annonce fait état d’une ambition importante pour la capacité d’accueil. Le CFP compte actuellement 311 apprenants et pourrait en accueillir 7 500 d’ici 2031, selon les propos rapportés par l’APS. Ce chiffre décrit un objectif, non une capacité déjà atteinte. Sa concrétisation dépendra des travaux, des équipements disponibles et du nombre de formateurs capables d’encadrer les apprentissages.

Le montant et la date de l’annonce sont également mentionnés dans une publication du 3FPT. Cette confirmation émane toutefois de l’organisme qui porte le financement, et non d’une seconde source indépendante. Le détail des conventions et leur mise en œuvre restent donc à suivre.

À Thiès, la formation se joue aussi hors des salles de cours

La région de Thiès réunit des activités industrielles, agricoles et de transformation. Le développement de compétences techniques peut répondre à ces besoins, mais il ne garantit pas, à lui seul, un recrutement. Pour un jeune, la différence tient souvent à l’accès aux machines, aux stages et aux contacts professionnels. Pour un employeur, elle tient à la possibilité de recruter des personnes déjà familiarisées avec les exigences du poste.

Le CFP n’est pas le seul modèle de formation présent dans la région. À l’Institut supérieur d’enseignement professionnel de Thiès (ISEP), les programmes sont conçus avec des partenaires du secteur privé et comprennent des stages de longue durée. La Banque mondiale rapporte qu’environ 90 % des diplômés de l’établissement ont intégré le marché du travail depuis sa création, en 2013. Ce résultat concerne l’ISEP et ne peut pas être transposé automatiquement au CFP, dont les filières et les publics diffèrent.

La comparaison met néanmoins en lumière un levier concret : associer les entreprises à la définition des formations et à l’accueil des apprenants. Des stages dans les ateliers ou les unités de production permettraient aux jeunes du CFP de se familiariser avec les équipements et les méthodes de travail. Ils offriraient aussi aux formateurs des occasions de vérifier si les compétences enseignées correspondent aux réalités des métiers.

Cette articulation peut compter particulièrement dans les secteurs où les équipements évoluent vite. Elle suppose cependant des engagements durables des employeurs, des règles de sécurité adaptées et un accompagnement pédagogique. Sans ces conditions, un stage risque de rester une courte immersion, plutôt qu’une étape vers un emploi.

Mesurer l’insertion, pas seulement le nombre de places

La rénovation répond à un problème matériel, mais elle ne résout pas à elle seule la question des débouchés. En mai 2025, la directrice du CFP, Ndèye Awa Thior, avait signalé la vétusté des locaux et les difficultés d’insertion des jeunes, dans des propos rapportés par l’APS. Le nouveau financement s’inscrit donc dans une trajectoire où la remise à niveau du centre doit aller de pair avec le suivi de ses diplômés.

Un tel suivi permettrait de savoir combien de jeunes trouvent un emploi, dans quel délai et dans quelle spécialité. Il aiderait aussi à distinguer plusieurs situations : emploi salarié, activité indépendante, poursuite d’études ou travail dans un domaine éloigné de la formation. Ces données éclaireraient les choix du CFP et du 3FPT, mais aussi ceux des entreprises qui recrutent à Thiès et dans les environs.

Les retombées ne seront pas identiques pour tous. Une hausse des inscriptions peut élargir l’accès à la formation, à condition que les places supplémentaires bénéficient aussi aux jeunes éloignés des centres urbains ou confrontés à des obstacles financiers et matériels. De même, les filières doivent rester accessibles aux femmes et aux personnes en situation de handicap, y compris dans les métiers techniques. Le financement annonce une amélioration des équipements et des capacités, mais ne précise pas encore les modalités de stages ni les objectifs d’insertion du CFP.

Un enjeu pour le Sénégal et l’Afrique de l’Ouest

Pour le Sénégal, l’enjeu dépasse les murs d’un centre. Le pays cherche à renforcer les compétences utiles à son économie et à répartir les possibilités de formation au-delà de Dakar, sa capitale. À Thiès, la réussite du projet se jugera donc autant à la qualité des ateliers qu’à la capacité des jeunes à accéder aux formations, puis à trouver des débouchés dans la région.

À l’échelle ouest-africaine, où la mobilité des travailleurs et les échanges économiques relient les pays, la formation technique pèse aussi dans la réponse aux besoins des entreprises. La CEDEAO, Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, offre un cadre de coopération régionale, mais les résultats dépendront d’abord de la mise en relation entre centres, employeurs et apprenants sur le terrain.

Les prochaines étapes à observer sont concrètes : réalisation des travaux, livraison des équipements, montée en charge des formations et publication de résultats sur le parcours des diplômés. L’annonce fixe une ambition à l’horizon 2031. C’est le suivi de ces étapes qui dira si l’investissement transforme effectivement des places de formation en compétences reconnues et en emplois.

Sources consultées : annonce de l’APS sur le financement du CFP de Thiès, données de la Banque mondiale sur l’ISEP de Thiès, publication du 3FPT sur les conventions signées.