Pour Safaricom, le marché éthiopien approche d’un seuil décisif : couvrir ses dépenses courantes sans que les amortissements du réseau effacent encore cette amélioration. Les comptes du semestre montrent aussi combien le groupe kényan reste porté par ses activités au Kenya.
Un groupe ancré au Kenya, engagé dans un marché en ouverture
Basée à Nairobi, Safaricom demeure un acteur majeur des télécommunications et des services financiers mobiles au Kenya. Sa performance domestique conserve un poids déterminant dans les résultats du groupe. En parallèle, l’entreprise poursuit son implantation en Éthiopie, où le marché des télécommunications s’est ouvert à la concurrence après avoir longtemps été dominé par l’opérateur public Ethio Telecom.
Safaricom Ethiopia a lancé ses services commerciaux en octobre 2022. La filiale s’inscrit dans une dynamique régionale où les opérateurs cherchent à étendre les réseaux mobiles et les paiements numériques au-delà de leurs marchés historiques. Le Kenya et l’Éthiopie appartiennent à l’Afrique de l’Est, mais pas à la même communauté économique régionale : le premier est membre de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), tandis que l’Éthiopie participe notamment à l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD).
La progression du groupe repose d’abord sur le marché kényan
Pour les six mois clos le 30 septembre 2026, Safaricom annonce un bénéfice net de 58,2 milliards de shillings kényans attribuable aux actionnaires, en hausse de 35,9 % sur un an. Les revenus de services ont atteint 226,1 milliards de shillings, soit une progression de 13,1 %. Ces données ont été publiées le 5 novembre, date prévue pour la communication des résultats semestriels.
Le Kenya reste le principal moteur. Les revenus de services y ont augmenté de 11,3 %, tandis que le bénéfice net du marché kényan a progressé de 13,8 %, à 66,3 milliards de shillings. Cette performance domestique explique une part importante de la hausse consolidée : le résultat du groupe ne traduit donc pas, à lui seul, un basculement vers une croissance tirée par l’Éthiopie.
La filiale éthiopienne affiche toutefois une accélération marquée de son activité. Ses revenus de services ont grimpé de 71,6 %, à 10,6 milliards de shillings. Sa perte avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (EBITDA) a été ramenée à environ 400 millions de shillings, soit une baisse de 96,5 %.
Le seuil opérationnel n’est pas encore un bénéfice
Cette réduction des pertes rapproche l’activité éthiopienne de l’équilibre opérationnel avant amortissements. Mais le résultat d’exploitation reste négatif : la perte s’élève à 11,4 milliards de shillings, en recul de 53,4 %. La perte nette atteint encore 8,8 milliards, malgré une baisse de 43,2 % sur un an.
La distinction est importante. L’EBITDA mesure la performance avant la prise en compte du coût comptable des équipements et des financements. Il peut s’améliorer lorsque les recettes couvrent mieux les dépenses courantes, alors que les investissements déjà engagés dans les antennes et le réseau continuent de peser sur le résultat d’exploitation. L’objectif annoncé par Safaricom reste d’atteindre l’équilibre EBITDA en Éthiopie d’ici à mars 2027. Il ne signifierait pas que la filiale réalise déjà un bénéfice net.
La croissance des revenus s’accompagne d’une extension du nombre d’usagers. Safaricom Ethiopia a dépassé les 15 millions d’abonnés actifs sur une période de 90 jours. L’entreprise indique également disposer de plus de 3 500 sites et couvrir environ 60 % de la population. Ces indicateurs renseignent sur la portée du réseau, mais ne suffisent pas à mesurer la rentabilité par client ni l’utilisation régulière des services.
Le financement reste un autre point de vigilance. Safaricom n’a pas communiqué de chiffre distinct sur la trésorerie nette consommée par la filiale pendant le semestre. Selon les données communiquées dans les résultats, les investissements prévus en Éthiopie se situent entre 6 et 9 milliards de shillings pour l’ensemble de l’exercice. La direction estime que la phase de construction la plus coûteuse est largement passée. Cette appréciation devra se vérifier dans les prochains comptes, alors que la filiale reste déficitaire.
Un test de stratégie pour l’Afrique de l’Est
Pour les actionnaires suivis depuis Nairobi, le redressement éthiopien peut réduire les besoins de financement du groupe et renforcer sa présence dans un grand marché régional. Pour les usagers éthiopiens, l’enjeu est différent : la concurrence peut élargir les choix de services, mais la couverture annoncée ne dit pas à elle seule si l’accès est abordable, fiable ou équitable entre grandes villes et zones moins desservies.
Le cas illustre aussi une difficulté fréquente des expansions télécoms : les recettes peuvent progresser rapidement sans compenser immédiatement les coûts d’un réseau construit à grande échelle. Les prochaines échéances seront donc la trajectoire des pertes, les dépenses d’investissement et le respect de l’objectif d’équilibre EBITDA fixé à mars 2027. Pour les marchés de l’EAC et de l’IGAD, cette évolution donnera un repère concret sur les conditions financières d’une expansion transfrontalière, sans préjuger de son impact pour chaque pays.