À Conakry, mieux collecter les déchets est devenu une question de santé publique, de sécurité et d’emploi. Le partenariat signé avec le groupe ghanéen JOSPONG promet d’agir sur ces trois fronts. Mais les emplois annoncés et les infrastructures projetées restent des objectifs : leur réalisation dépendra des prochaines étapes concrètes.

Un projet à l’échelle du Grand Conakry

Le 3 novembre 2026, le ministère guinéen de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures a signé un accord avec JOSPONG, entreprise ghanéenne spécialisée dans la gestion des déchets. Il vise à renforcer la collecte dans le Grand Conakry et à développer leur transformation en produits commercialisables.

La première phase prévoit le déploiement de plus de 250 véhicules et équipements pour collecter, regrouper et transporter les déchets. Le gouvernement annonce entre 2 000 et 2 500 emplois directs dès la première année, dans la collecte, la conduite d’engins, la maintenance et le recyclage. Ce chiffre est une ambition du projet, pas un bilan de recrutements déjà réalisés.

Une seconde phase prévoit un complexe de valorisation sur 20 hectares à Kouriah, dans la préfecture de Coyah. Les produits envisagés comprennent des engrais, des poubelles, des tables-bancs et des dalles. Selon les annonces relayées par les autorités et des médias guinéens, JOSPONG financerait la construction. Les modalités de partage des revenus entre l’État et l’entreprise doivent contribuer aux coûts d’exploitation.

Les informations officielles disponibles le 5 novembre appellent toutefois à distinguer les étapes. La Primature indique que la signature constitue une première phase et évoque encore la transmission de documents au ministère des Finances ainsi que la mobilisation du foncier. Elle mentionne un délai envisagé de trois mois pour mettre les parcelles à disposition et lancer les études d’ingénierie. La localisation évoquée dans ce compte rendu est Barétodé, tandis que d’autres annonces parlent de Kouriah : les contours précis et le calendrier du complexe restent donc à clarifier.

Après Dar es Salam, la question de la sécurité

Le projet intervient après l’éboulement meurtrier de la décharge de Dar es Salam, à Conakry. Le drame s’est produit dans la nuit du 22 au 23 août 2026. Le bilan a évolué pendant les opérations de secours : l’Agence nationale de gestion des urgences et catastrophes humanitaires a fait état de 34 morts au 25 août, puis des médias guinéens ont rapporté un bilan de 36 décès début septembre.

Cette catastrophe rappelle que l’assainissement ne se limite pas à enlever les déchets des rues. Il faut aussi organiser leur transport, leur traitement et la sécurisation des sites, tout en protégeant les habitants qui vivent ou travaillent à proximité. La fermeture ou la transformation d’une décharge peut également déplacer les risques et les activités : les récupérateurs, les ménages riverains et les travailleurs informels sont directement concernés par les décisions d’aménagement.

Le gouvernement présente la valorisation industrielle comme un moyen de réduire les dépôts anarchiques et de créer une filière d’emplois. Pour que cette promesse bénéficie aux Guinéennes et aux Guinéens, le nombre de postes ne suffira pas à lui seul. Les qualifications requises, les salaires, la sécurité au travail et l’accès des jeunes et des femmes aux recrutements pèseront aussi dans le bilan.

Des résultats à mesurer au-delà des annonces

Transformer les déchets en biens vendables peut générer des recettes et donner une utilité économique à des matières jusque-là rejetées. Mais la viabilité du modèle dépendra de la régularité de la collecte, de la qualité des produits, de débouchés réels et de coûts d’exploitation soutenables. L’accord annonce un partage des revenus, sans que les informations publiques consultées détaillent encore sa formule ni les mécanismes de contrôle.

Le partenariat s’inscrit dans une trajectoire où les autorités guinéennes associent grands projets économiques, dont le programme Simandou 2040, et création d’emplois. L’assainissement urbain répond à un enjeu différent, mais tout aussi concret : la qualité du service quotidien dans la capitale et ses périphéries. Les bénéfices ne seront pas identiques pour tous. Les quartiers desservis gagneront en régularité de collecte, tandis que les zones proches des futurs sites auront besoin de garanties sur les nuisances, l’eau et la sécurité.

La dimension régionale compte également. La Guinée appartient à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui rassemble des pays voisins autour de coopérations économiques. La participation d’un groupe ghanéen à un projet guinéen illustre la possibilité de mobiliser des compétences africaines au-delà des frontières nationales. Elle ne dispense pas les autorités de publier les obligations du contrat, les étapes du chantier et les résultats vérifiables.

Les prochains repères seront la clarification du site industriel, la disponibilité du terrain, le lancement effectif des travaux et la mise en service des équipements. C’est à ces étapes que pourront être vérifiés les emplois créés, la part des déchets transformée et l’amélioration du service dans le Grand Conakry. Pour l’heure, le partenariat fixe une direction ; son impact dépendra de l’exécution et de la transparence du suivi.