À Taï, la protection de la forêt ne se joue pas seulement sous les arbres. Elle concerne aussi les villages riverains, les terres agricoles et les liens écologiques qui dépassent la frontière libérienne. Dans le sud-ouest ivoirien, ce parc rappelle qu’une aire protégée est à la fois un refuge pour la faune et un territoire où la conservation doit composer avec des activités humaines bien réelles.
Un massif forestier au cœur de l’Afrique de l’Ouest
Le Parc national de Taï se trouve entre les fleuves Cavally et Sassandra, dans les régions ivoiriennes du Cavally, de la Nawa et de San Pedro. Il couvre 508 186 hectares. Avec la Réserve partielle de faune du N’Zo, située au nord, le complexe protégé atteint 536 016 hectares. L’Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR), organisme national chargé de la gestion des parcs et réserves, en assure la gestion.
Cette forêt appartient au vaste ensemble forestier de Haute-Guinée, qui s’étend à travers plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Le Cavally forme une frontière naturelle entre la Côte d’Ivoire et le Liberia : préserver les habitats de part et d’autre de cette limite est donc un enjeu écologique transfrontalier, et pas seulement national.
L’UNESCO a inscrit le parc au patrimoine mondial en 1982. Cette reconnaissance souligne notamment la valeur de ses écosystèmes forestiers et de sa biodiversité. Taï est l’un des principaux vestiges de forêt tropicale humide de la région, mais son statut international ne remplace pas le travail quotidien de surveillance et de gestion sur le terrain.
Des espèces remarquables, un patrimoine vivant
Le parc abrite des espèces menacées, parmi lesquelles l’hippopotame pygmée, ainsi qu’une grande diversité de primates. L’UNESCO recense onze espèces de singes dans cet espace protégé. Des éléphants de forêt, des léopards et plusieurs espèces de céphalophes — de petites antilopes forestières — figurent aussi parmi les animaux présents.
Les chimpanzés de Taï sont particulièrement connus des chercheurs pour leurs comportements d’utilisation d’outils. L’OIPR indique qu’ils en manipulent plus de vingt-six, notamment pour casser des noix. Ces observations contribuent aux connaissances sur les comportements des primates, tout en rappelant que la recherche dépend de la protection durable de leur habitat.
Taï est aussi un espace habité autour de ses limites. Des communautés locales vivent de l’agriculture et d’autres activités liées aux ressources du territoire. Les associer à la gestion, tenir compte de leurs besoins et limiter les conflits d’usage sont donc des conditions concrètes de conservation, au même titre que la surveillance du couvert forestier.
La protection se mesure aussi aux pressions autour du parc
Le parc bénéficie d’un régime de protection, mais les paysages qui l’entourent ont été transformés par l’expansion agricole. Des travaux scientifiques consacrés à la région décrivent notamment les effets des cultures de cacao, de l’exploitation forestière et de l’orpaillage artisanal sur les milieux voisins. Ces constats ne signifient pas que toutes les exploitations riveraines exercent la même pression : ils montrent plutôt pourquoi la conservation doit distinguer les pratiques et les secteurs concernés.
La forêt rend des services écologiques importants. Elle constitue un habitat pour de nombreuses espèces et participe au cycle de l’eau, au stockage du carbone et à la régulation du climat local. Mais ces bénéfices ne se traduisent pas automatiquement en revenus pour les habitants. Les politiques de protection doivent donc articuler surveillance, activités agricoles durables et possibilités de développement pour les communautés riveraines.
Les autorités ivoiriennes ont annoncé des mesures de surveillance pour répondre aux atteintes à l’aire protégée. En juin 2024, l’OIPR a élaboré un plan triennal couvrant la période 2024-2026. Il prévoit notamment l’usage de drones et d’équipements de communication GPS pour appuyer le travail des équipes de terrain. Il s’agit d’un plan annoncé : son efficacité dépend de son application, des moyens disponibles et de la coordination avec les acteurs locaux.
Un enjeu partagé avec le Liberia
La continuité forestière entre le sud-ouest ivoirien et le Liberia donne à Taï une portée régionale. Une gestion limitée aux frontières administratives risque de laisser des ruptures dans les habitats et les corridors empruntés par la faune. Les initiatives de coopération et de suivi écologique transfrontalier peuvent contribuer à mieux coordonner la protection, tout en respectant les responsabilités de chaque État.
Pour la Côte d’Ivoire, le défi consiste à faire coexister la conservation d’un patrimoine mondial, les moyens de subsistance des populations riveraines et les activités économiques de la région. Pour les partenaires ouest-africains, Taï rappelle que les forêts et les espèces ne s’arrêtent pas aux limites nationales. Le suivi des mesures de surveillance, l’état des habitats autour du parc et la place accordée aux communautés locales seront des indicateurs essentiels de la suite.
Les données ivoiriennes sur le Parc national de Taï et sa superficie, la fiche du parc au Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO, la présentation du site par l’OIPR et le compte rendu de l’Agence Ivoirienne de Presse sur le plan de surveillance 2024-2026 éclairent les enjeux de gestion et de conservation.