Réduire les émissions tout en protégeant les cultures, les villes côtières et l’accès à l’eau : au Sénégal, l’action climatique concerne à la fois l’économie et le quotidien. Le gouvernement chiffre à 24,9 milliards de dollars les investissements nécessaires pour mettre en œuvre sa troisième Contribution déterminée au niveau national, ou CDN 3.0, à l’horizon 2035.
Des objectifs qui dépendent du financement
Présentée lors d’une réunion de validation politique à Dakar, le 2 novembre 2026, la CDN 3.0 fixe deux niveaux d’ambition. Avec un soutien international jugé suffisant, le Sénégal vise une baisse de ses émissions de gaz à effet de serre de 31,6 % d’ici à 2030, puis de 48,5 % à l’horizon 2035. Sans cet appui, les réductions envisagées tomberaient à 13,3 % en 2030 et à 19,4 % en 2035, a indiqué le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Aliou Gori Diouf, selon l’Agence de presse sénégalaise.
La différence entre ces scénarios est centrale. Elle montre que les objectifs annoncés ne reposent pas seulement sur des décisions nationales : leur niveau le plus élevé dépend de financements et de coopérations encore à mobiliser. Sur l’enveloppe estimée, 16,9 milliards de dollars devraient venir des partenaires financiers de l’État. Les 8 milliards restants sont attendus d’autres sources, notamment des investisseurs privés et des fonds fiduciaires.
La validation politique constitue une étape préalable, pas l’aboutissement du processus. D’après le ministre, le document doit encore être approuvé dans sa version finale avant sa transmission officielle au secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Les engagements annoncés doivent donc être lus comme un cadre à concrétiser, plutôt que comme une liste de projets déjà financés.
Énergie, transport et adaptation aux risques
Le programme couvre plusieurs secteurs. Il prévoit le développement des énergies renouvelables, la restauration des mangroves et le reboisement. La régénération naturelle assistée — qui favorise le retour de la végétation existante — et des pratiques agricoles, dont la riziculture, figurent aussi parmi les pistes présentées. Le gouvernement entend par ailleurs réduire les émissions de l’industrie cimentière et améliorer la gestion des déchets.
Dans les transports, le Bus Rapid Transit (BRT) et le Train express régional (TER) sont cités parmi les infrastructures contribuant à des déplacements moins polluants. Leur impact climatique dépendra toutefois de leur utilisation, de leur intégration aux autres modes de transport et de l’évolution des déplacements dans l’agglomération dakaroise. La CDN associe donc des investissements visibles dans les villes à des changements plus larges dans la production et les services.
L’autre volet porte sur l’adaptation : gestion de l’eau, prévention des inondations et protection des zones côtières. Il concerne directement les agriculteurs et les éleveurs exposés aux variations des pluies, mais aussi les habitants des zones urbaines confrontés aux inondations et les communautés vivant du littoral. La santé est également citée parmi les secteurs affectés. Cette double approche — réduire les émissions et limiter les dommages climatiques — est inscrite dans les engagements exposés par le ministère.
Le défi ne se résume donc pas à réunir une somme globale. Les investissements devront atteindre des territoires et des activités aux besoins différents. La protection du littoral, par exemple, ne répond pas aux mêmes contraintes que l’accès à l’eau dans les zones agricoles ou la décarbonation d’une cimenterie. La répartition des projets et la capacité des collectivités à les mettre en œuvre compteront autant que les annonces de financement.
Le JETP, une pièce du montage financier
Le Sénégal entend aussi s’appuyer sur le Partenariat pour une transition énergétique juste (JETP), un mécanisme de coopération lancé en 2023 avec un groupe de partenaires internationaux. Le ministre chiffre à 2,75 milliards de dollars les investissements envisagés par ce mécanisme. Lors de son annonce, le partenariat visait notamment à accélérer les énergies renouvelables et à porter leur part à 40 % de la capacité électrique installée d’ici à 2030. La Banque européenne d’investissement précise que l’engagement initial prévoyait la mobilisation de deux milliards d’euros de financements nouveaux sur trois à cinq ans.
Cette enveloppe ne doit pas être confondue avec la totalité des fonds déjà versés ou dépensés. Les annonces de mobilisation peuvent recouvrir des prêts, des dons, des garanties ou de l’assistance technique, et leur traduction en projets dépend de leur préparation et de leurs conditions. Un rapport de la Banque mondiale consacré au climat et au développement au Sénégal décrit le JETP comme un apport potentiel à la transition énergétique et souligne le rôle que peuvent jouer les financements concessionnels pour attirer des capitaux privés.
La mobilisation de capitaux privés peut élargir les ressources disponibles, mais elle pose aussi une question de partage des risques. Les projets rentables, comme certaines infrastructures énergétiques, peuvent attirer plus facilement des investisseurs que des actions de prévention ou de restauration des écosystèmes dont les bénéfices sont diffus. Les financements publics et les fonds climatiques devront donc également soutenir les besoins qui ne génèrent pas directement de revenus commerciaux.
Un enjeu sénégalais dans une région exposée
Le plan s’inscrit dans un environnement régional où les États ouest-africains font face à des défis climatiques qui traversent les frontières : ressources en eau partagées, stress sur les systèmes agricoles et besoins croissants en énergie. Le Sénégal agit au sein de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, mais sa CDN reste un engagement national. Sa mise en œuvre devra articuler les politiques de Dakar avec les réalités des régions et la coopération régionale.
Pour les Sénégalais, les résultats se mesureront moins au montant annoncé qu’aux changements concrets : accès plus fiable à l’électricité, transports moins émetteurs, protection contre les inondations et sécurisation de l’eau et des activités rurales. La prochaine étape sera l’approbation finale de la CDN 3.0, puis la transformation des objectifs en projets financés, suivis et répartis entre les secteurs et les territoires.