Dans le sud-est de la République démocratique du Congo, contrôler une cargaison de cuivre ou de cobalt ne suffit pas à établir son origine. Il faut aussi savoir qui l’a extraite, par quel circuit elle a circulé et si les taxes dues à l’État ont été acquittées. C’est à ces questions que devront répondre les enquêtes ordonnées à Kinshasa après plusieurs opérations dans les provinces du Lualaba et du Haut-Katanga.
Des saisies importantes, des responsabilités encore à établir
Le 2 novembre 2026, le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, a demandé au procureur général près la Cour de cassation d’ouvrir des enquêtes judiciaires. La décision fait suite à un rapport d’une mission interservices réunissant des policiers, des militaires, des magistrats militaires et des experts du ministère des Mines, selon le communiqué relayé par l’Agence congolaise de presse.
Le bilan communiqué fait état de plus de 500 camions et autres engins saisis, ainsi que de plusieurs milliers de tonnes de cuivre et de cobalt. Ces chiffres ont également été rapportés par Bankable. Ils décrivent les saisies signalées par les autorités, mais ne constituent pas encore un bilan judiciaire établi. Le ministère n’a pas rendu publics le détail complet des cargaisons, les entreprises éventuellement visées ni le montant d’un éventuel préjudice.
Les enquêteurs devront vérifier les soupçons de fraude minière, d’exploitation illégale et de contrebande. Ils chercheront notamment à établir l’origine des minerais, les conditions de leur extraction et de leur transport, ainsi que les responsabilités pénales éventuelles. À ce stade, les personnes interpellées ou les acteurs concernés ne sont pas déclarés coupables.
Des opérations dans le Lualaba et le Haut-Katanga
Plusieurs interventions ont précédé cette instruction. Le 19 octobre, des camions transportant du cuivre et du cobalt ont été interceptés sur différents axes du Lualaba, notamment près de Samukinda, puis immobilisés au centre de négoce de Musompo, à Kolwezi, pour des vérifications. Ce centre doit contribuer à encadrer les transactions et à rendre les minerais artisanaux plus traçables. L’ACP a rapporté sa remise en activité à la fin du mois d’octobre.
Le 27 octobre, plus de 60 ressortissants étrangers ont été interpellés à la carrière Menda, dans la concession de Boss Mining, à Kakanda. Ils sont soupçonnés d’avoir participé à des activités minières artisanales non autorisées et d’avoir entretenu des dépôts de minerais illicites. Radio Okapi a confirmé la date, le lieu et le nombre annoncé, tout en attribuant les accusations à des sources locales. Des Congolais auraient aussi été interpellés, selon les informations rapportées dans la matière communiquée.
Une autre opération, le 31 octobre, aurait conduit à la saisie de plus de 500 engins sur le site de Menda, dans la concession de Boss Mining, filiale d’Eurasian Resources Group. Le ministère n’a toutefois pas publié d’inventaire détaillé permettant de distinguer les engins saisis lors de cette intervention de ceux recensés dans le bilan général. Il revient aux enquêteurs de clarifier les périmètres et les circonstances de chaque saisie.
La traçabilité, enjeu de souveraineté et de revenus
Le cuivre et le cobalt occupent une place centrale dans l’économie congolaise et dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Lorsque des minerais circulent hors des circuits réglementaires, l’État risque de perdre des recettes fiscales et parafiscales. Les acheteurs, les transporteurs et les exploitants ont, eux aussi, besoin de règles lisibles : une cargaison immobilisée peut perturber l’activité légale, même lorsqu’aucune infraction n’est finalement retenue.
Le défi ne se limite donc pas à saisir des véhicules. Il consiste à relier chaque lot à un site autorisé, à des documents vérifiables et à des opérateurs identifiables. Dans l’exploitation artisanale, ce contrôle concerne aussi les creuseurs et les coopératives, dont les revenus dépendent de l’accès aux sites et aux marchés. À Musompo, la relance d’un centre de négoce vise précisément à organiser une partie de ces échanges formels, sans que cela suffise à résoudre à lui seul les problèmes de traçabilité.
La présence des forces de sécurité dans les zones minières pose également une question de gouvernance. En juillet 2026, le président Félix Tshisekedi avait demandé le retrait des militaires et policiers des sites, sauf lorsqu’ils y remplissent une mission prévue par la loi. Le 2 novembre, l’organisation congolaise Justicia a affirmé que des milliers d’agents en uniforme demeuraient présents sur certains sites du Lualaba et du Haut-Katanga. Cette estimation est une accusation de l’ONG, relayée par Radio Okapi, et non un décompte officiel indépendamment vérifié. Elle souligne néanmoins la nécessité de distinguer la protection légale des sites de toute implication présumée dans des activités minières.
Un test pour les institutions congolaises et la région
Le dossier met à l’épreuve la coordination entre la justice civile, les magistrats militaires, la police, l’armée et les services miniers. Pour que les opérations produisent des résultats durables, les saisies devront être suivies de procédures documentées, de décisions motivées et, le cas échéant, de sanctions établies par les tribunaux. La transparence sur les cargaisons et leur devenir permettra aussi d’éviter que la lutte contre la fraude ne pénalise indistinctement les opérateurs en règle et les travailleurs artisanaux.
Le sujet dépasse les deux provinces. Les minerais du sud-est congolais alimentent des chaînes commerciales régionales et internationales ; leur traçabilité engage donc la crédibilité des contrôles de la RDC auprès des acheteurs. Mais l’enjeu reste d’abord national : faire appliquer la loi, protéger les recettes publiques et garantir que les ressources profitent aux Congolais. Les prochaines étapes à suivre sont l’ouverture effective des enquêtes, la publication de leurs conclusions et la clarification du statut des personnes, des minerais et des engins saisis.