Une inflation qui ralentit ne signifie pas que les prix baissent. En Éthiopie, la Banque centrale veut empêcher leur nouvelle accélération, tout en évitant que le crédit et les liquidités ne repartent trop vite. Pour les ménages, l’enjeu reste concret : préserver le pouvoir d’achat dans une économie où les tarifs alimentaires et énergétiques pèsent encore lourd.
Un cap monétaire resserré dans une économie en réforme
À Addis-Abeba, la Banque nationale d’Éthiopie (NBE) conduit depuis 2024 une refonte de sa politique monétaire et de son marché des changes. Le pays cherche à corriger des déséquilibres persistants, tandis que la population et les entreprises s’adaptent à une nouvelle formation des prix et à des conditions de financement plus strictes.
Cette transformation s’inscrit aussi dans le programme de réformes économiques lancé en juillet 2024, soutenu par un accord de financement du Fonds monétaire international. Il prévoit notamment une évolution du régime de change, une modernisation des outils monétaires et une réduction du financement direct de l’État par la banque centrale. L’inflation, qui avait fortement accéléré, a ensuite ralenti : le Programme des Nations unies pour le développement rapporte un taux annuel de 9,7 % en décembre 2025, tout en soulignant que les hausses antérieures avaient déjà entamé le pouvoir d’achat.
À l’échelle régionale, l’Éthiopie participe à l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), organisation de coopération de la Corne de l’Afrique. Mais sa politique monétaire reste nationale : elle n’est pas pilotée par une banque centrale commune à la région. Les évolutions du commerce, des prix de l’énergie et des tensions géopolitiques peuvent toutefois transmettre leurs effets au-delà des frontières.
Un taux directeur maintenu à 16 %
Le 3 novembre 2026, le comité de politique monétaire de la NBE a recommandé, et le conseil d’administration a approuvé, le maintien du taux directeur à 16 %. La banque conserve également un corridor de taux de plus ou moins trois points, soit une fourchette de 13 % à 19 %. Ces taux orientent le coût auquel les banques se financent et influencent, par ricochet, les prêts accordés aux entreprises et aux particuliers.
La banque centrale veut ramener l’inflation sous les 10 % à moyen terme. Dans son communiqué, elle indique que l’inflation a atteint 9 % en septembre, mais que les prévisions à court terme restent à deux chiffres. Elle attribue la persistance des pressions principalement à des facteurs d’offre, dans un contexte marqué par le conflit au Moyen-Orient. Autrement dit, les prix ne dépendent pas seulement du niveau des taux : le coût et la disponibilité de certains biens comptent aussi.
La NBE prévoit de surveiller plus étroitement le rapport entre les prêts et les dépôts de chaque banque. Si une expansion rapide du crédit compromet la désinflation, elle pourra imposer des réserves obligatoires supplémentaires et ciblées. Elle compte aussi absorber les liquidités excédentaires par des opérations de marché, qui consistent à intervenir auprès des banques pour retirer temporairement de l’argent en circulation.
Une difficulté apparaît toutefois dans les chiffres monétaires. La NBE signale une hausse annuelle de 87,2 % de la monnaie de réserve au premier trimestre de l’exercice 2026/2027. Cette mesure, qui comprend la monnaie émise par la banque centrale et les réserves des banques, a notamment progressé avec les achats d’or de la NBE. Ces opérations augmentent ses actifs, mais injectent aussi des birrs dans le système bancaire. Le média éthiopien Ethiopian Business Review rapporte également cette hausse de 87,2 %.
Le coût des arbitrages pour les ménages et les entreprises
Maintenir des taux élevés peut aider à freiner l’emprunt et la création de monnaie. Mais cela renchérit aussi le crédit. Les entreprises qui dépendent de prêts pour acheter des intrants, investir ou financer leurs stocks peuvent reporter leurs projets. Les ménages, eux, peuvent rencontrer des conditions d’emprunt plus coûteuses. À l’inverse, une détente trop rapide risquerait d’alimenter la demande et de compliquer le retour durable à une inflation faible.
La hausse de la monnaie de réserve illustre cet équilibre délicat. Les achats d’or peuvent renforcer les actifs de la banque centrale, mais les liquidités versées aux vendeurs circulent ensuite dans l’économie. La question pour la NBE est donc de maîtriser cette liquidité sans bloquer les financements nécessaires à l’activité. La banque dit vouloir surveiller le crédit bancaire et intervenir si sa progression menace la trajectoire des prix.
Le budget public constitue un autre levier. Selon le communiqué rapporté par la presse éthiopienne, le gouvernement n’a pas eu recours aux avances directes de la NBE depuis plus de 27 mois. Cette retenue limite une source de création monétaire liée au financement du déficit. Elle ne signifie pas pour autant que l’ajustement est sans effet : les dépenses publiques et les recettes influencent aussi les services, l’emploi et les soutiens dont dépendent les différents groupes de population.
Les chiffres d’inflation doivent enfin être lus avec soin. Une baisse du rythme annuel indique que les prix augmentent moins vite qu’auparavant; elle ne ramène pas automatiquement les prix courants à leur niveau passé. Le bilan du PNUD distingue ainsi le ralentissement de l’inflation de l’érosion du pouvoir d’achat subie lors des hausses précédentes. Cette nuance importe particulièrement pour les ménages à revenus fixes et les petites activités de l’économie informelle, dont les marges d’adaptation sont souvent limitées.
Une réforme suivie au-delà des frontières
La décision de novembre ne clôt pas le débat sur la politique économique éthiopienne. Elle montre plutôt que la NBE entend maintenir une ligne restrictive malgré le recul de l’inflation observé en 2025 et les nouvelles pressions sur les prix. Le Fonds monétaire international suit lui aussi les progrès du programme, notamment la modernisation monétaire et la réduction des déséquilibres, mais ces objectifs doivent être appréciés au regard de leurs effets sur l’activité et le quotidien.
Pour les partenaires de l’Éthiopie dans la Corne de l’Afrique, la stabilité de son économie compte en raison de son poids démographique et de ses échanges régionaux. Toutefois, aucune politique de taux ne peut isoler le pays des chocs sur l’offre ou des variations des prix importés. Le prochain rendez-vous annoncé par la NBE est la réunion de son comité à la fin de janvier 2027, ou plus tôt si la situation l’exige. Les autorités devront alors mettre en balance l’évolution des prix, la liquidité bancaire et l’accès au crédit.