Le financement de Boujmil marque une étape pour le secteur électrique marocain : quatre banques du pays soutiennent un nouveau parc éolien, alors que la production reste largement liée au charbon. Le projet ne transforme pas à lui seul le mix énergétique. Il montre toutefois comment un grand producteur historique cherche à élargir ses activités.
Un projet éolien financé par des banques marocaines
Le 3 novembre 2026, TAQA Morocco a annoncé le bouclage financier de la première phase du parc de Boujmil, dans le nord du Maroc. Cette étape signifie que le financement nécessaire à cette tranche est réuni. Elle ouvre la voie à la poursuite de sa réalisation.
La phase financée représente 96 mégawatts (MW) et un investissement d’environ 1,3 milliard de dirhams. Banque Centrale Populaire, Attijariwafa bank, Bank of Africa et Saham Bank participent à l’opération. Pour TAQA Morocco, il s’agit de son premier financement qualifié de vert. Les premières livraisons d’électricité sont attendues au second semestre 2027, selon le calendrier annoncé.
Le parc pourrait ensuite atteindre 144 MW. TAQA Morocco estime qu’à ce niveau, sa production équivaudrait à la consommation de 120 000 foyers. Cette comparaison donne un ordre de grandeur, mais ne signifie pas que l’électricité sera réservée à ces ménages. Le projet sera porté par une filiale dédiée, chargée de sa construction puis de son exploitation.
L’annonce du bouclage est référencée par l’Autorité marocaine du marché des capitaux, le régulateur des marchés financiers, dans ses publications du 3 novembre. Les caractéristiques du financement et le calendrier ont également été rapportés par la presse marocaine. La publication de l’AMMC sur le financement de Boujmil et le compte rendu de la presse marocaine confirment la date, les banques participantes et la puissance de la première tranche.
Une diversification depuis une base thermique
Ce virage s’inscrit dans la trajectoire d’un groupe dont l’activité reste fortement associée au charbon. TAQA Morocco exploite le complexe thermique de Jorf Lasfar, composé de six unités totalisant 2 056 MW. L’entreprise indique que ses installations fournissent environ un tiers de l’électricité consommée au Maroc. Boujmil élargit donc son portefeuille, sans remplacer à court terme le poids de cette centrale.
La diversification avait déjà pris forme avant l’annonce. Dans ses résultats publiés en mars 2026, le groupe indiquait que la construction du projet avait commencé au dernier trimestre 2025, pour une capacité totale prévue de 144 MW. Il évoquait aussi des projets liés à l’hydrogène vert, au transport d’électricité et d’eau, ainsi qu’au dessalement. La première phase financée aujourd’hui est de 96 MW : l’extension jusqu’à 144 MW reste une possibilité à venir, et non une capacité déjà couverte par ce bouclage.
Le contraste entre l’ambition de diversification et la réalité de la production reste important. Selon le ministère marocain de la Transition énergétique, les énergies renouvelables représentaient 46,1 % de la capacité électrique installée en 2025. Cette capacité mesure ce que les installations peuvent produire dans certaines conditions. Elle ne correspond pas à la part effectivement produite sur l’année. Pour situer l’écart, les données citées dans la matière de référence attribuent encore au charbon environ 60 % de la production électrique en 2024. Ces deux indicateurs ne doivent donc pas être confondus.
Les chiffres officiels du ministère détaillent les capacités renouvelables et rappellent que la stratégie nationale vise une part supérieure à 52 % des capacités installées en 2030. Le même ministère fait état d’une hausse moyenne de 4,3 % par an de la demande électrique entre 2009 et 2025. Les indicateurs officiels marocains sur les énergies renouvelables éclairent ainsi le double défi : ajouter des moyens de production moins carbonés tout en répondant à une demande croissante.
Ce que le financement change — et ce qu’il ne change pas
Le recours à quatre banques marocaines est un signal sur la capacité des établissements locaux à accompagner des infrastructures énergétiques de grande taille. Il ne permet pas, à lui seul, de conclure que le financement vert est désormais accessible à tous les producteurs. Les conditions détaillées du prêt, sa durée et la répartition des apports n’ont pas été précisées dans les éléments publiés. Le montant annoncé désigne l’investissement de la phase, pas nécessairement le montant de dette bancaire.
Pour TAQA Morocco, le projet ouvre une nouvelle source de revenus potentielle et réduit, à terme, la dépendance à une activité dominée par le thermique. Pour les banques, il s’agit d’accompagner un actif productif sur plusieurs années. Pour le réseau et ses usagers, l’enjeu dépendra de la mise en service effective, de l’intégration de l’électricité éolienne et de la capacité à équilibrer une production variable. Le calendrier annoncé place les premières livraisons au second semestre 2027, sous réserve de l’avancement du chantier.
Le projet ne renseigne pas encore sur l’ensemble de ses retombées locales. Les informations disponibles ne détaillent pas le nombre d’emplois, les entreprises mobilisées ni les modalités de raccordement. Ces éléments compteront pour apprécier les effets au-delà de l’investissement : notamment pour les travailleurs et fournisseurs concernés, mais aussi pour les habitants proches du site.
Un enjeu national et régional
À l’échelle nationale, Boujmil s’inscrit dans les objectifs marocains de développement des renouvelables et de renforcement des infrastructures. Il faut aussi le replacer dans le débat sur la sécurité d’approvisionnement : la hausse de la demande, les contraintes du réseau et la dépendance aux combustibles fossiles ne disparaissent pas avec un seul parc. La transition repose sur des projets successifs, leur raccordement et leur contribution réelle à la production.
La portée régionale est également concrète. Le Maroc appartient à l’Union du Maghreb arabe, même si l’intégration régionale reste limitée. Sa stratégie énergétique évoque par ailleurs le renforcement des échanges électriques. Boujmil ne constitue pas, en lui-même, un projet d’exportation. Mais la croissance des capacités renouvelables et des réseaux peut peser dans les discussions futures sur les interconnexions en Afrique du Nord et avec l’Europe.
La prochaine échéance à surveiller est donc opérationnelle : la réalisation de la première tranche et le respect de la mise en service annoncée pour le second semestre 2027. Il faudra aussi voir si l’extension à 144 MW se concrétise et comment le parc s’intègre à un système où le charbon conserve un rôle majeur. Pour l’instant, Boujmil est une étape de diversification financée localement, pas encore un basculement du modèle électrique marocain.