Pour un ménage zambien, un foyer plus économe peut réduire le combustible consommé et la fumée dans la cuisine. Mais son prix reste un obstacle. BURN mise sur les crédits carbone pour contribuer à financer ces équipements. L’autorisation obtenue en Zambie ouvre une possibilité commerciale ; elle ne garantit ni ventes immédiates ni baisse automatique des prix.

Une autorisation, pas encore des revenus acquis

Le 3 novembre 2026, le ministère zambien de l’Économie verte et de l’Environnement a autorisé le projet de cuisson propre de BURN à générer des crédits destinés au mécanisme CORSIA. Ce dispositif de l’aviation internationale permet aux compagnies concernées de compenser une partie de leurs émissions. L’autorisation couvre la période 2025-2030 des engagements climatiques nationaux de la Zambie.

Il s’agit, selon l’entreprise, du premier projet de cuisson propre autorisé dans le pays pour ce mécanisme. BURN indique avoir déjà distribué près de 67 000 appareils économes en énergie en Zambie, au bénéfice de plus de 322 000 personnes. Ces chiffres proviennent de l’entreprise et ne constituent pas, à eux seuls, une évaluation indépendante des économies de combustible ou des réductions d’émissions.

Le principe est simple, mais sa mise en œuvre exige des contrôles. Les foyers doivent consommer moins de combustible que les méthodes de référence. Les réductions estimées sont ensuite suivies et vérifiées. Si les crédits répondent aux critères du marché visé, ils peuvent être vendus. Les revenus espérés peuvent aider à financer la distribution ou à subventionner le prix payé par les ménages.

Cette autorisation s’inscrit dans un cadre national récent. La Zambie a adopté une loi sur l’économie verte et le changement climatique en 2024, puis des règles de marché carbone en 2026. Le gouvernement cherche ainsi à encadrer les projets et les transferts internationaux. Pour Lusaka, l’enjeu est aussi de vérifier que les réductions exportées ne compromettent pas le suivi de ses propres objectifs climatiques.

Un besoin qui dépasse le marché carbone

La cuisson propre ne désigne pas une technologie unique. Elle peut reposer, selon les territoires et les revenus, sur l’électricité, le gaz, le biogaz, l’éthanol ou des équipements améliorés. Le choix dépend notamment du coût, de la disponibilité du combustible et des infrastructures. Un foyer plus efficace ne remplace donc pas partout un accès fiable à l’électricité ou à des combustibles moins polluants.

Dans son rapport consacré à l’accès universel à la cuisson propre, l’Agence internationale de l’énergie estime qu’en Afrique subsaharienne, environ quatre ménages sur cinq n’y avaient pas accès au moment de son analyse. Elle évalue à 4 milliards de dollars par an les investissements nécessaires en Afrique pour atteindre l’accès universel d’ici 2030. Cette estimation concerne un effort continental, et non le seul marché des foyers améliorés.

La même analyse souligne toutefois des signes de progrès. Les financements annoncés lors du sommet africain sur la cuisson propre de 2024 atteignent 2,2 milliards de dollars, apportés par des acteurs publics et privés. L’AIE recensait 470 millions de dollars décaissés à la fin juin 2025. Le décalage entre promesses et versements rappelle qu’un engagement financier ne se transforme pas immédiatement en équipement disponible dans les quartiers urbains ou les villages.

Les marchés carbone peuvent compléter ces financements, mais leur apport dépend de plusieurs étapes : mesure des réductions, validation, autorisation nationale et présence d’acheteurs. Les volumes de crédits et les prix obtenus peuvent varier. Pour les ménages, l’effet concret dépendra donc du maintien des appareils en service, de l’approvisionnement en combustible et de la part des recettes effectivement réinvestie dans l’accès.

Le précédent kényan souligne le risque réglementaire

Le cas de KOKO Networks au Kenya montre ce qui peut arriver lorsqu’un modèle dépend fortement de recettes carbone encore incertaines. L’entreprise a cessé ses activités dans le pays début 2026, après ne pas avoir obtenu les autorisations nécessaires à la vente internationale de crédits. Le média économique kényan Business Daily Africa rapporte que les ventes de crédits devaient contribuer à financer des équipements et du combustible subventionnés.

La fermeture a eu des conséquences au-delà de l’entreprise. Des ménages qui dépendaient de son bioéthanol ont dû chercher d’autres solutions, tandis que des points de vente et des emplois liés au réseau ont été touchés. L’Associated Press a également rapporté que le gouvernement kényan invoquait des interrogations sur la crédibilité des crédits et sur la politique climatique du pays. Les autorités nationales ont donc un rôle central : elles déterminent les conditions de transfert des crédits et doivent arbitrer entre revenus attendus, engagements climatiques et bénéfices locaux.

Le précédent ne signifie pas que l’autorisation zambienne connaîtra le même sort. Il montre cependant qu’un permis constitue une étape, non une garantie de viabilité à long terme. Les entreprises doivent pouvoir démontrer leurs résultats ; les gouvernements doivent publier des règles prévisibles ; et les ménages ne devraient pas supporter seuls les risques si un flux de financement s’interrompt.

Une stratégie à suivre dans la région

La Zambie n’est pas seule à explorer ces mécanismes. En septembre 2026, un autre projet zambien de cuisson propre a été autorisé au titre de l’article 6.2 de l’Accord de Paris, qui encadre certains transferts internationaux de réductions d’émissions. Ce projet, distinct de celui de BURN, porte sur des foyers alimentés par des granulés issus de résidus de bois. Il illustre la diversité des solutions et des cadres carbone mobilisés dans un même pays.

À l’échelle régionale, le sujet concerne les gouvernements d’Afrique australe et les acteurs qui financent ou distribuent les équipements. Chacun devra concilier accès abordable, contrôle des résultats et protection de ses propres objectifs climatiques. Pour les ménages, la question décisive reste moins le nombre de crédits créés que la disponibilité durable d’une solution adaptée et abordable.

Les prochains repères seront donc concrets : les crédits de BURN seront-ils effectivement vérifiés et vendus ? Quelle part des recettes financera de nouveaux foyers ou réduira leur prix ? Et comment les autorités zambiennes publieront-elles les résultats et les transferts autorisés ? Les réponses diront si la finance carbone complète durablement les financements publics et privés, ou si elle demeure un appui fragile dans un secteur aux besoins bien plus vastes.