Au Gabon, la question minière ne se limite plus au volume extrait. Libreville veut aussi peser davantage dans les entreprises qui exploitent le sous-sol et retenir une part plus importante de la valeur créée. Le projet de nouveau Code minier annoncé par le ministre Sosthène Nguema Nguema place cette ambition au cœur d’un chantier plus large : transformation locale, contrôle des permis et retombées pour les populations.

Une réforme annoncée, mais pas encore inscrite dans la loi

Le 3 novembre 2026, le ministre des Mines a déclaré que le futur Code minier porterait de 10 % à 20 % la participation systématique de l’État dans les projets d’exploitation. La mesure viserait plusieurs substances, dont le fer, l’or, le manganèse, les terres rares et la potasse. Le texte était alors annoncé pour la semaine suivante. Tant qu’il n’est pas publié et adopté, ce taux demeure un objectif gouvernemental, pas une règle applicable.

Le cadre en vigueur repose sur la loi minière de 2019. Son article 7 prévoit une participation de l’État au capital de 10 %, libre de charges et non diluable. Il lui permet aussi d’acquérir une part supplémentaire, à titre onéreux, dans les limites fixées par le texte. Le ministre a décrit le changement comme un partage de production. Juridiquement, toutefois, la participation prévue par le code actuel concerne le capital des sociétés : les modalités exactes de la réforme devront donc être précisées dans le nouveau texte.

Cette distinction compte. Une part au capital peut donner accès à des dividendes et à des droits liés à l’actionnariat. Elle ne signifie pas automatiquement que l’État reçoit chaque année 20 % du minerai extrait ou du chiffre d’affaires. Il faudra examiner le texte définitif, les conventions minières et les mécanismes de financement pour savoir comment la participation sera calculée et appliquée aux projets existants ou futurs.

Libreville veut capter davantage de valeur sur place

Le relèvement annoncé s’inscrit dans une stratégie déjà engagée autour du manganèse. Le gouvernement prévoit d’interdire l’exportation de ce minerai à l’état brut à partir du 1er janvier 2029. L’objectif est de développer davantage sa transformation au Gabon, notamment en alliages, avant son expédition vers les marchés internationaux. Le ministère des Mines présente cette échéance comme un levier d’industrialisation.

Le projet est ambitieux, mais sa réussite dépendra d’infrastructures concrètes : énergie disponible, transport, équipements industriels, financement et compétences techniques. La transformation locale peut accroître la valeur ajoutée et créer des emplois spécialisés. Elle exige aussi des investissements importants et une mise en service des installations dans les délais. Le calendrier de 2029 met donc à l’épreuve autant les entreprises que les capacités publiques de planification.

Les objectifs chiffrés varient selon les annonces officielles. En juin 2026, le gouvernement évoquait une contribution du secteur minier au PIB passant de 6 % à 20-25 % d’ici 2030. Le ministre a également parlé d’un objectif de recettes fiscales. Ces indicateurs ne sont pas équivalents : la part du PIB mesure le poids de l’activité dans l’économie, tandis que les recettes fiscales correspondent aux revenus perçus par l’État. Leur évolution devra être évaluée séparément.

Un nouvel équilibre entre l’État, les opérateurs et les territoires

Pour l’État gabonais, une participation accrue peut renforcer sa présence dans les décisions et améliorer les revenus tirés des projets. Mais elle soulève aussi des questions de gouvernance : quelle entité publique détiendra les parts, comment financera-t-elle les apports éventuels et comment rendra-t-elle compte des dividendes ou des pertes ? La transparence de ces mécanismes sera déterminante pour que la réforme soit comprise et suivie.

Les opérateurs, eux, devront intégrer les nouvelles règles dans leurs plans financiers. Les projets miniers mobilisent des capitaux sur plusieurs années. Des règles claires et prévisibles peuvent faciliter les décisions d’investissement ; des modalités incertaines peuvent les retarder. Le ministre a reconnu le rôle des entreprises dans l’apport des fonds et des équipements. Le débat porte désormais sur la répartition des bénéfices, mais aussi sur les risques et les obligations de chaque partie.

Les effets pour les populations ne découleront pas automatiquement d’une hausse de la participation publique. Ils dépendront de l’usage des revenus, des emplois créés, des achats locaux, des infrastructures et des mécanismes de développement communautaire. Ces retombées peuvent être très différentes entre Libreville, les centres miniers et les localités proches des sites. Le suivi environnemental et les conditions de remise en état des sites restent également essentiels dans la durée.

Le gouvernement prévoit par ailleurs huit nouvelles mines entre 2026 et 2030, selon les déclarations du ministre rapportées par la presse gabonaise. Parmi les projets cités dans le secteur figurent le gisement de fer de Belinga et le projet de potasse de Banio. Ces annonces décrivent un portefeuille de projets, pas des mines déjà en production : leur calendrier dépend encore des autorisations, des infrastructures et des décisions d’investissement.

Un enjeu gabonais au sein de l’Afrique centrale

Le Gabon appartient à la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, qui réunit six pays autour d’un marché régional et du franc CFA d’Afrique centrale. La réforme minière est d’abord nationale : chaque État fixe son cadre d’exploitation. Mais ses conséquences dépassent les frontières, car les projets dépendent de corridors de transport, d’équipements et de marchés régionaux, tandis que plusieurs pays cherchent à transformer davantage leurs ressources sur le continent.

Pour les pays d’Afrique centrale, le dossier gabonais pose une question concrète : comment renforcer la part publique et la transformation locale sans rendre les règles imprévisibles ni négliger les communautés concernées ? La réponse ne se mesurera pas au seul taux annoncé. Elle dépendra du texte publié, de ses dispositions transitoires, de son application aux contrats existants et de la capacité de l’État à contrôler les opérations.

Les prochaines étapes sont donc décisives : publication du nouveau Code minier, clarification de la nature de la participation de 20 %, puis calendrier des investissements nécessaires à la transformation du manganèse avant 2029. Ces éléments permettront de juger si la réforme change réellement la répartition de la valeur, ou si elle reste une ambition politique dont les modalités attendent encore d’être définies.

Le texte minier gabonais de 2019 est consultable sur le Code minier gabonais publié en ligne. Le gouvernement a détaillé sa stratégie de transformation du manganèse dans sa présentation des réformes minières de juin 2026. La presse gabonaise a rapporté les déclarations du ministre sur le projet de Code minier et la participation de l’État.