Pour les gouvernements, les citoyens et les entreprises qui suivent un projet financé par la Banque africaine de développement (BAD), publier des données ne suffit pas : encore faut-il pouvoir comprendre où va l’argent et mesurer les résultats. Un classement international publié le 4 novembre 2026 place une nouvelle fois le portefeuille souverain de la BAD en tête, mais cette distinction pose aussi la question de l’usage concret de cette information.

Un score élevé, fondé sur les données accessibles

La BAD obtient 98,8 points sur 100 dans l’Indice de transparence de l’aide 2026, réalisé par Publish What You Fund. Elle conserve ainsi la première place qu’elle occupait déjà en 2022 et en 2024. L’indice évalue la publication effective d’informations ouvertes et lisibles par machine, plutôt que les engagements affichés par les institutions.

Le classement compare les portefeuilles et organismes de développement selon 35 indicateurs. La Banque interaméricaine de développement et l’Association internationale de développement, branche de la Banque mondiale qui finance les pays à faible revenu, obtiennent chacune 97,1 points. La moyenne des organisations évaluées lors des deux dernières éditions a, elle, légèrement reculé : de 62,7 à 62,1 points.

La stabilité du score de la BAD est notable dans un contexte de changements récents à sa direction et dans ses priorités. Elle suggère que la publication des données s’appuie sur des pratiques institutionnelles installées. Elle ne permet toutefois pas, à elle seule, de conclure que chaque projet atteint ses objectifs ou répond aux besoins des populations concernées.

Des projets consultables, du siège aux territoires

La Banque a rejoint l’Initiative internationale pour la transparence de l’aide en 2011 et publie des données selon sa norme depuis juin 2013. Elle indique mettre à jour chaque mois les informations sur son portefeuille, avec un délai maximal d’un mois entre une transaction et sa publication.

Son portail MapAfrica recense environ 6 000 projets et permet de les situer sur plus de 18 500 sites. Les visiteurs peuvent y consulter les objectifs, l’état d’avancement, les résultats déclarés et des documents d’évaluation ou de suivi. Ces éléments peuvent aider administrations, journalistes, chercheurs et organisations locales à examiner les opérations financées dans leur pays.

En Angola, par exemple, la BAD présente un projet d’appui aux services urbains d’eau et d’assainissement accompagné d’une soixantaine de documents accessibles au public. Leur disponibilité donne des pistes pour comprendre la conception et la mise en œuvre du projet. Mais l’accès aux documents ne garantit pas que les habitants des quartiers concernés connaissent le portail, disposent d’une connexion ou puissent facilement interpréter des dossiers techniques.

Cette différence compte. Une donnée publiée à l’échelle du siège n’est pas automatiquement une information utile à une communauté rurale, à un usager d’un service urbain ou à un élu local. La transparence produit des effets lorsque les informations sont compréhensibles, actualisées et reliées à des mécanismes permettant de signaler un problème et d’obtenir une réponse.

La confiance, enjeu du financement africain

La reconnaissance intervient alors que les pays africains cherchent à financer des besoins considérables en énergie, infrastructures, services publics et adaptation climatique. Dans le même temps, le service de la dette pèse sur les budgets publics et les financements concessionnels ne répondent pas à toutes les demandes. La BAD défend donc une mobilisation plus large des ressources africaines et des marchés de capitaux.

Dans ce contexte, des données vérifiables peuvent aider les gouvernements à suivre l’utilisation des financements et les investisseurs à évaluer les opérations. La transparence ne fait cependant pas disparaître les risques économiques, ni ne garantit une baisse du coût d’emprunt pour les États. Elle constitue un élément de confiance parmi d’autres : la qualité des projets, la gestion de la dette et les conditions de financement restent déterminantes.

Le président de la BAD, Sidi Ould Tah, a présenté la transparence comme un moyen de renforcer la confiance, la responsabilité et la qualité des décisions publiques. La Banque relie cette priorité à la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement, une démarche visant à mieux mobiliser les ressources du continent. Approuvée lors des Assemblées annuelles de la BAD à Brazzaville en mai 2026, cette orientation s’inscrit dans un débat africain plus large sur la souveraineté financière et la capacité à financer le développement selon les priorités des pays.

Le test : transformer la publication en contrôle utile

La Banque met aussi en avant Mission 300, initiative conduite avec la Banque mondiale pour élargir l’accès à l’électricité en Afrique. Selon les objectifs annoncés par les institutions, le programme vise à raccorder 300 millions de personnes d’ici à 2030. Un tableau de bord dédié doit être actualisé chaque trimestre. Le suivi public pourra aider à comparer les engagements et l’avancement, à condition que les indicateurs soient suffisamment détaillés pour rendre visibles les écarts entre pays et territoires.

La portée de l’indice dépasse donc la performance d’une institution. La BAD est une banque multilatérale africaine, mais ses actionnaires comprennent aussi des pays non africains et ses opérations mobilisent des partenaires variés. Pour les États emprunteurs, les données publiques peuvent soutenir le contrôle des projets financés. Pour les communautés concernées, l’enjeu est plus direct : savoir ce qui est prévu, ce qui a été dépensé et vers qui se tourner si les résultats annoncés ne se concrétisent pas.

Reste enfin à distinguer transparence et responsabilité. La première rend l’information disponible ; la seconde suppose que des institutions, des gouvernements et des mécanismes de recours puissent agir à partir de cette information. Le classement 2026 mesure la qualité de la publication. Le prochain enjeu sera de montrer comment ces données contribuent, dans les pays et les régions, à corriger les retards et à améliorer les services attendus.

Les données et la méthodologie de l’Indice de transparence de l’aide 2026 sont consultables en ligne, tout comme le portail des projets MapAfrica.