Une récolte abondante ne garantit pas que les céréales resteront disponibles toute l’année. Au Ghana, le stockage devient un maillon décisif entre les champs, les marchés et les réserves mobilisables en cas de besoin.
À Wa, dans l’Upper West, un projet de silo de 21 000 tonnes doit répondre à cet enjeu. Mais sa portée dépendra autant de sa gestion et de son accès pour les producteurs que de sa capacité annoncée.
Un maillon logistique dans la stratégie agricole ghanéenne
Le gouvernement ghanéen a lancé en 2025 le programme Feed Ghana, une stratégie couvrant la période 2025-2028. Elle vise notamment à accroître la production agricole, réduire la dépendance aux importations et améliorer les revenus tirés des filières locales. Le stockage figure parmi les infrastructures nécessaires pour relier ces objectifs à la commercialisation des récoltes.
Le programme prévoit une montée en puissance des silos pour le riz, avec une capacité visée de 200 000 tonnes en 2028. Il prévoit aussi de nouveaux entrepôts dans des zones productrices de sorgho et de soja, ainsi que la réhabilitation d’installations liées au maïs. Ces ambitions sont inscrites dans le document stratégique du ministère ghanéen de l’Alimentation et de l’Agriculture.
Le Ghana appartient à la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Les échanges de céréales et la gestion des stocks dépassent donc les frontières nationales : les disponibilités, les prix et les besoins d’approvisionnement peuvent varier entre pays voisins. Des infrastructures bien reliées aux bassins agricoles et aux marchés régionaux peuvent renforcer la circulation des denrées, sans pour autant remplacer la coordination entre États.
Un site de 21 000 tonnes attendu à Wa en 2027
Le ministère a signé le 3 novembre 2026, à Accra, un protocole d’accord avec DMT Collateral Management Limited. L’accord porte sur la construction d’un centre de stockage céréalier à Wa, dans le nord-ouest du pays. La mise en service est prévue pour août 2027, selon les informations publiées par le média ghanéen MyJoyOnline.
L’installation doit pouvoir contenir 21 000 tonnes et servir de « Food Security Hub », ou centre de sécurité alimentaire. Elle intégrerait un dispositif de réserve d’urgence, décrit comme un « Hospital Bin », destiné à rendre des stocks disponibles lorsque le pays en aura besoin. Le protocole marque le lancement du projet, mais ne suffit pas à établir que les travaux sont achevés ni que le dispositif de réserve est déjà opérationnel.
L’investissement annoncé s’élève à environ 9,8 millions d’euros. Il comprend un crédit à l’exportation d’environ 4,8 millions d’euros facilité par l’ambassade du Danemark et quelque 5 millions d’euros supplémentaires. Les informations disponibles ne précisent pas l’origine de ce financement complémentaire. Le projet prévoit aussi des formations à l’exploitation des silos, à la manutention des céréales et à la maintenance, notamment pour des jeunes du National Service et des techniciens ghanéens.
La capacité ne garantit pas, à elle seule, l’accès aux stocks
Le stockage peut limiter les pertes après récolte et permettre de conserver une partie de la production jusqu’aux périodes où les disponibilités diminuent. Il peut aussi aider à organiser la vente des excédents au lieu de concentrer les écoulements juste après la récolte. Pour les producteurs, les commerçants et les transformateurs, l’enjeu concret sera donc de savoir qui pourra utiliser le site, à quelles conditions et à quel coût.
La capacité annoncée à Wa représente un apport ciblé, pas une solution nationale à elle seule. Son utilité dépendra de son raccordement aux zones de production, des moyens de transport, de la qualité du séchage et du contrôle des stocks. La disponibilité d’installations ne garantit pas non plus que les petites exploitations pourront y entreposer leurs récoltes : les règles d’accès et les tarifs pèseront sur leur participation.
La formation prévue peut renforcer les compétences locales en exploitation et en entretien. C’est un point important pour la durée de vie de l’équipement : un silo ne protège les céréales que s’il est correctement géré et maintenu. La répartition des responsabilités entre le ministère et l’entreprise, ainsi que les modalités de suivi des réserves d’urgence, seront également déterminantes.
Les chiffres de production doivent, eux aussi, être maniés avec prudence. La matière initiale avance pour 2025 une production céréalière de 6,4 millions de tonnes et une récolte de maïs de 4,6 millions de tonnes, mais ces valeurs n’ont pas pu être recoupées ici par une seconde source indépendante solide. Elles ne sont donc pas présentées comme des données établies. Une prévision américaine plus ancienne pour la campagne 2025/2026 évaluait la production de maïs à 3,3 millions de tonnes, ce qui rappelle que les chiffres varient selon les périodes de campagne et les méthodes retenues.
Un test de mise en œuvre pour le Ghana et la région
Pour Accra, le centre de Wa sera un test concret de la capacité à transformer les objectifs de Feed Ghana en services accessibles aux acteurs agricoles. La prochaine étape à surveiller est l’avancement du chantier jusqu’à la mise en service annoncée en août 2027, puis les règles d’utilisation et de gestion des stocks.
À l’échelle ouest-africaine, l’enjeu dépasse les volumes entreposés dans un seul site. Des infrastructures fiables peuvent soutenir la résilience des filières et les échanges régionaux, à condition que les stocks soient suivis, que les producteurs puissent accéder aux équipements et que les décisions de libération des réserves soient transparentes. Pour Wa, la capacité prévue de 21 000 tonnes donne une mesure du projet ; son impact réel se lira dans son fonctionnement quotidien.