À Manono, dans la province du Tanganyika, une autorisation internationale pourrait influer sur le calendrier des recherches minières. Le dossier met en lumière une tension concrète : comment appliquer des règles de sécurité sans bloquer des activités civiles dans un secteur devenu stratégique pour la République démocratique du Congo.

Un équipement civil soumis à un contrôle de sécurité

KoBold Metals attend une exemption des Nations unies pour faire entrer en RDC un instrument de mesure destiné à une campagne de prospection aérienne. L’appareil, un gradiomètre gravitationnel tensoriel, mesure de faibles variations du champ gravitationnel. Ces données aident à cartographier les structures du sous-sol et à orienter les recherches de minerais.

La technologie peut toutefois avoir des usages civils et militaires. C’est ce caractère dit « à double usage » qui rend son transfert sensible au regard du régime de sanctions de l’ONU concernant la RDC. La demande d’exemption, transmise par le département d’État américain, n’avait pas reçu de réponse au moment où l’affaire a été rendue publique, le 30 octobre 2026.

Le Conseil de sécurité a renouvelé ce régime le 29 juin 2026, par la résolution 2825, jusqu’au 1er juillet 2027. Depuis 2008, l’embargo sur les armes vise les personnes et entités non gouvernementales opérant en RDC, et non le gouvernement congolais. Le comité chargé de suivre ces mesures relève du dispositif créé par la résolution 1533. Le texte de la résolution 2825 du Conseil de sécurité confirme cette échéance et le périmètre du régime.

Manono, un projet déjà engagé

Le délai compte parce que la campagne aérienne doit compléter des travaux déjà menés sur le terrain. KoBold poursuit des prélèvements géologiques et des forages sur une partie du site. L’entreprise utilise aussi des outils d’intelligence artificielle pour analyser les données et choisir les zones à étudier. Le relevé aérien envisagé couvrirait de plus vastes superficies.

Lors d’une rencontre organisée à Kinshasa le 29 octobre par le Cadastre minier, le géologue d’exploration Yves Ilayao a indiqué que KoBold avait déjà parcouru 15 000 kilomètres de lignes de relevé dans le sud du Katanga, pour un projet de cuivre. Il a déclaré que le même effort était prévu à Manono, sans annoncer de date. Ces éléments proviennent de la présentation de l’entreprise, relayée publiquement par KoBold ; ils ne constituent pas une confirmation indépendante de l’avancement des opérations.

Selon les déclarations de son directeur général en RDC, Benjamin Katabuka, l’entreprise dispose de 18 permis de recherche, dont deux encore en traitement, couvrant environ 3 500 km². Douze concernent le lithium et six le cuivre. Il a également annoncé un investissement prévu de 50 millions de dollars au premier trimestre 2027, dont plus de 20 millions versés au Cadastre minier pour les permis. Ces montants et échéances restent des projections attribuées au responsable de KoBold.

La société redoute qu’une autorisation tardive lui fasse manquer la période la plus favorable aux relevés aériens, liée à la saison sèche, et reporte l’opération d’environ un an. Ce risque est avancé par l’entreprise ; l’ONU n’a pas publiquement confirmé qu’un refus ou une objection formelle avait été déposé.

Une compétition qui se joue aussi dans les procédures

À Manono, les positions des groupes ne sont pas identiques. La coentreprise Manono Lithium, où Zijin Mining joue un rôle majoritaire aux côtés de partenaires congolais, développe la partie nord-est du gisement. Des cargaisons de concentré de spodumène ont quitté le port de Mutowa, près de Kalemie, le 22 juillet 2026, à destination de Kigoma, en Tanzanie. Le Centre d’expertise, d’évaluation et de certification des substances minérales a annoncé la certification de ces premiers lots destinés à l’exportation ; le média congolais Mines.cd a également rapporté cette expédition.

KoBold, entreprise américaine, explore une autre partie du site. Dans une correspondance adressée en septembre au département d’État, la société aurait exprimé la crainte que la Chine cherche à ralentir ses activités par la procédure onusienne. Pékin a rejeté cette accusation, selon les comptes rendus disponibles. Les documents publics consultés ne permettent pas d’établir qu’une objection chinoise formelle ait été déposée. Il faut donc distinguer l’inquiétude de l’entreprise d’un fait diplomatique vérifié.

Cette prudence importe pour la RDC. Une procédure liée à la sécurité ne prouve pas, à elle seule, l’existence d’une manœuvre commerciale. Mais lorsque les ressources du sous-sol sont disputées par des acteurs étrangers, les retards administratifs peuvent modifier les calendriers et les positions économiques. Les règles de contrôle, comme les permis miniers et les contrats, influencent ainsi la répartition des opportunités autant que les résultats géologiques.

Les retombées locales restent à établir

Pour les autorités congolaises, l’enjeu ne se limite pas au choix d’un partenaire américain ou chinois. Il porte aussi sur la maîtrise des permis, la transparence des contrats, les recettes publiques et la transformation locale. Les exportations de concentré marquent une étape commerciale, mais elles ne suffisent pas à mesurer les retombées pour les habitants du Tanganyika, les emplois créés ou la part de valeur ajoutée conservée dans le pays.

Les effets peuvent différer selon les acteurs. Les entreprises cherchent à sécuriser l’accès au gisement et à organiser le transport. L’État perçoit des droits et doit encadrer les opérations. Les populations autour de Manono, elles, ont intérêt à connaître les conséquences sur les terres, les services, l’emploi et les infrastructures. Les informations disponibles sur la demande d’exemption ne précisent pas ces impacts locaux ; ils ne peuvent donc pas être déduits du seul calendrier des relevés.

La RDC se trouve au croisement de plusieurs espaces régionaux : l’Afrique centrale, les Grands Lacs et l’Afrique australe, via les corridors d’exportation. Le passage de cargaisons par la Tanzanie rappelle que la valeur d’un projet dépend aussi des routes, des ports et des accords transfrontaliers. À l’échelle continentale, le dossier pose une question plus large : comment attirer les investissements dans les minerais critiques tout en gardant la décision réglementaire et la création de valeur sous contrôle national ?

La prochaine étape à surveiller est l’issue de la demande d’exemption auprès du comité des sanctions de l’ONU. Pour KoBold, elle déterminera le calendrier d’un outil de prospection ; pour Kinshasa, elle mettra à l’épreuve la capacité à concilier sécurité, concurrence minière et priorités économiques congolaises.