Dans le Sud tunisien, une excursion dans le désert peut éloigner les voyageurs des routes et des réseaux de communication. Étendre la couverture mobile dans les zones sahariennes de Kébili répond donc à un enjeu concret : mieux relier les professionnels, les visiteurs et les territoires intérieurs, sans réduire la transformation touristique à une simple vitrine numérique.
À Kébili, la connexion devient un enjeu de terrain
Le projet s’inscrit dans une stratégie tunisienne qui cherche à diversifier l’offre au-delà du tourisme balnéaire et à mieux valoriser les régions. Kébili, dans le Sud-Ouest, accueille notamment des circuits sahariens. Mais dans les espaces éloignés des centres urbains, l’accès au réseau reste une question pratique pour les agences, les guides et les voyageurs.
La Tunisie a approuvé l’extension du réseau mobile dans les zones sahariennes du gouvernorat de Kébili, avec un démarrage annoncé en 2027. L’information a été rapportée le 29 octobre par l’agence tunisienne TAP, à partir d’une annonce du directeur régional de Tunisie Telecom. Un média économique tunisien a également décrit le projet et son objectif de faciliter les excursions et l’activité des agences. Les deux publications confirment le calendrier annoncé, mais aucun détail public sur le nombre de sites à couvrir ou le budget n’a été communiqué dans les informations consultées.
L’annonce a été faite à l’occasion d’une rencontre entre l’opérateur et des professionnels du secteur, organisée avec la Fédération tunisienne des agences de voyages et de tourisme. Tunisie Telecom a aussi présenté des services destinés aux entreprises : forfaits mobiles, eSIM pour les visiteurs étrangers, téléphonie par internet et standard téléphonique hébergé dans le cloud. Ces outils peuvent simplifier la gestion quotidienne des agences. Ils ne remplacent toutefois pas la couverture physique du réseau dans les zones où les excursions se déroulent.
Pour les équipes qui encadrent les sorties, une connexion plus fiable peut faciliter les échanges et l’organisation des déplacements. Pour les visiteurs, elle peut améliorer l’accès à l’information et aux services. Mais l’annonce ne précise pas encore quelles zones seront couvertes, ni la qualité de service attendue. Ces éléments détermineront l’utilité réelle du projet pour les acteurs locaux.
Une stratégie numérique qui cherche encore sa traduction
Le chantier de Kébili prolonge un rapprochement entre Tunisie Telecom et le ministère du Tourisme. Le 14 juillet 2026, les deux parties ont convenu de préparer un plan d’action commun pour la transformation numérique du tourisme et de l’artisanat, selon l’agence TAP et le quotidien tunisien La Presse. Les discussions ont porté sur les services à distance, les outils de promotion, la formation et l’association de start-up tunisiennes.
Le ministère et l’opérateur ont également évoqué l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle et la réalité augmentée pour faire connaître les sites patrimoniaux et les produits artisanaux. Ces technologies peuvent enrichir la promotion d’une destination. Toutefois, leur efficacité dépend aussi de conditions plus élémentaires : des réseaux accessibles, des contenus fiables et des entreprises capables de s’équiper et de maintenir ces services.
La démarche s’inscrit dans plusieurs annonces antérieures. Une stratégie numérique présentée en 2022 prévoyait notamment un portail national du tourisme, une carte électronique multiservices et la dématérialisation de formalités pour les établissements. En juin 2025, les autorités ont présenté un projet de numérisation plus large, comprenant des plateformes de promotion et un observatoire des tendances touristiques. En 2026, le ministère a lancé un appel d’offres pour une plateforme liée au métavers et au tourisme rural. Ces initiatives dessinent une orientation ; leur avancement et leurs résultats devront être suivis séparément.
La stratégie nationale du tourisme à l’horizon 2035 met l’accent sur la compétitivité, la diversification, l’investissement et la promotion de la destination tunisienne. L’extension du réseau dans le désert relie ces objectifs à une infrastructure concrète. Elle pose aussi la question de la continuité : qui financera l’entretien, quelles localités seront prioritaires et comment les petites structures pourront-elles accéder aux nouveaux outils ?
Des recettes en hausse, un défi de répartition
Le tourisme pèse dans l’économie tunisienne. Selon le Compte satellite du tourisme publié par l’Institut national de la statistique le 20 octobre 2026, sa contribution directe au produit intérieur brut a atteint 5,2 % en 2025. Les dépenses touristiques intérieures se sont élevées à 17,47 milliards de dinars cette année-là. L’INS estime aussi que 73,1 % de ces dépenses provenaient de visiteurs internationaux ou non-résidents.
Les données de l’INS donnent une mesure de l’activité économique, mais elles ne disent pas à elles seules qui en bénéficie selon les régions ou la taille des entreprises. Pour les acteurs de Kébili, l’enjeu est que les investissements numériques facilitent aussi les réservations, l’accès aux marchés et la visibilité des prestataires locaux, et pas seulement les opérations des grandes structures.
Le ministère du Tourisme a annoncé que la Tunisie avait dépassé 11 millions de visiteurs en 2025. Pour 2026, les prévisions présentées par le ministère portent sur 11,5 millions de visiteurs étrangers, 31,2 millions de nuitées et 8,107 milliards de dinars de recettes. Il s’agit d’objectifs, non de résultats acquis. À plus long terme, les autorités visent 13,5 millions de touristes et 9,5 milliards de dinars de recettes à l’horizon 2030.
Pour les entreprises formelles, les services cloud ou l’eSIM peuvent réduire certaines frictions commerciales. Pour les guides, artisans et petites structures de l’intérieur, les bénéfices dépendront davantage du coût des outils, de la formation et de la qualité du réseau. Les travailleurs de l’économie informelle, eux, risquent de rester à l’écart si l’accès aux plateformes suppose des démarches ou des équipements coûteux. La numérisation ne garantit donc pas, à elle seule, une meilleure répartition des revenus touristiques.
Un enjeu local, dans une région touristique connectée
La Tunisie appartient à l’Union du Maghreb arabe, organisation régionale qui réunit aussi l’Algérie, la Libye, le Maroc et la Mauritanie. Pour le tourisme tunisien, les enjeux régionaux dépassent toutefois les institutions : ils concernent aussi la circulation des visiteurs, la promotion de destinations complémentaires et la capacité des petites entreprises à se rendre visibles auprès de clientèles différentes.
La prochaine étape sera de vérifier, à partir de 2027, si le déploiement annoncé atteint effectivement les circuits concernés et améliore les conditions de travail sur le terrain. Il faudra aussi distinguer les annonces de partenariat des services effectivement disponibles. Pour la Tunisie, l’enjeu n’est pas seulement de connecter le désert : c’est de faire en sorte que l’infrastructure accompagne la diversification touristique et profite aux professionnels des régions intérieures.
Sources de contexte : annonce de TAP sur la couverture mobile à Kébili, détails rapportés par Entreprises Magazine, Compte satellite du tourisme de l’INS et données du ministère du Tourisme.