Une agence de notation peut-elle mieux éclairer les investisseurs sur les réalités d’une économie sans édulcorer ses risques ? En Afrique centrale, GIC Rating veut apporter une réponse depuis Douala. Mais son agrément ne suffira pas : sa crédibilité dépendra des notes qu’elle produira et de la confiance qu’elles inspireront.

Un nouvel acteur dans un marché régional encadré

La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) réunit six pays : le Cameroun, le Gabon, le Congo, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine et le Tchad. Son marché financier régional permet aux États et aux entreprises de mobiliser des capitaux. La Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (Cosumaf) en assure la supervision.

Dans ce cadre, la Cosumaf a agréé Geneva Investment Corporation, qui opère sous le nom de GIC Rating, le 7 août 2026. Basée à Douala, l’agence est présentée comme la première agence de notation agréée sur le marché financier de la CEMAC. Cet agrément l’autorise à exercer ; il ne signifie pas qu’elle a déjà publié des évaluations.

La distinction compte. Une notation estime la capacité d’un État, d’une banque ou d’une entreprise à honorer ses engagements financiers. Les investisseurs s’en servent pour apprécier le risque, mais elle ne garantit ni le remboursement ni un coût d’emprunt plus faible.

De l’agrément à la première note

Les 28 et 29 octobre, GIC Rating a organisé à Douala un forum régional consacré à la notation financière. Banques, assureurs, entreprises, investisseurs et représentants d’institutions y ont discuté des méthodes d’évaluation, du financement des entreprises et de la notation des États. Des séances techniques ont aussi porté sur les banques, les assurances et les infrastructures aéroportuaires.

L’agence y a présenté une grille destinée aux établissements de microfinance. Selon les informations rapportées lors du forum, elle comprend 44 indicateurs regroupés autour de six piliers. Ils examinent notamment la solvabilité, la rentabilité, les impayés, la qualité du portefeuille de prêts et la gouvernance. Pour les institutions de microfinance, ces critères peuvent rendre plus visibles des fragilités que les seuls états financiers ne révèlent pas toujours.

GIC Rating dit également avoir engagé des démarches auprès d’Aéroports du Cameroun (ADC), en lien avec un projet d’ouverture de son capital à la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC). Au moment du forum, aucune note d’ADC n’avait été publiée. L’agence a précisé qu’elle ne cherchait pas à remplacer les acteurs internationaux, mais à compléter leur travail par une meilleure connaissance des risques régionaux.

Une expertise locale, à l’épreuve de l’indépendance

Les promoteurs des agences africaines de notation défendent une idée précise : mieux connaître les entreprises, les règles et les données locales peut améliorer l’analyse. Cette proximité pourrait aussi élargir la couverture des acteurs moins suivis par les grandes agences, notamment certaines entreprises, banques et institutions de microfinance.

Cette ambition s’inscrit dans un débat continental. Des responsables africains reprochent régulièrement à Moody’s, S&P et Fitch de ne pas assez tenir compte des réalités économiques du continent, et de contribuer à des coûts d’emprunt élevés. Mais ce reproche ne démontre pas, à lui seul, qu’une note donnée est erronée. Les finances publiques, la dette, les recettes en devises et la capacité de remboursement restent des facteurs de risque concrets.

La réponse ne peut donc pas consister à produire des notes plus favorables par principe. Pour convaincre, GIC Rating devra rendre ses méthodes compréhensibles, expliquer les données retenues et traiter de manière cohérente les différents emprunteurs. Elle devra aussi prévenir les conflits d’intérêts : une agence rémunérée par l’entité qu’elle évalue doit protéger l’indépendance de ses analystes et de ses comités.

La présence d’autres agences africaines montre que cette activité n’est pas nouvelle à l’échelle du continent. Bloomfield Investment Corporation, basée à Abidjan, et WARA, établie à Dakar, interviennent notamment sur le marché de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). En Afrique centrale, le défi de GIC Rating sera de gagner la confiance des émetteurs comme des investisseurs, dans une région où les marchés restent moins profonds que les grands centres financiers mondiaux.

Une initiative régionale dans un mouvement continental

Le débat a pris une nouvelle dimension avec le lancement officiel, le 7 octobre 2026 à Port-Louis, à Maurice, de l’Africa Credit Rating Agency (AfCRA). Cette agence, soutenue par l’Union africaine et conçue pour fonctionner de manière indépendante, doit compléter les évaluations existantes en mobilisant davantage de données et d’expertise africaines. Son lancement institutionnel ne vaut toutefois pas publication de notes : ses premières évaluations et leur réception par les marchés restent à observer.

AfCRA et GIC Rating n’ont pas le même périmètre. La première vise une couverture continentale ; la seconde s’est vu agréer sur le marché de la CEMAC. Ensemble, elles illustrent une volonté de diversifier les analyses du risque, plutôt que d’écarter les agences internationales. Pour les États, les entreprises et les investisseurs, l’enjeu sera d’obtenir des informations plus riches et comparables.

La prochaine étape concrète, pour GIC Rating, sera donc la publication de ses premières notes. Leur qualité, leur transparence et leur usage par les investisseurs diront si l’agrément devient une véritable capacité d’analyse. Dans la CEMAC comme ailleurs sur le continent, la confiance ne se décrète pas : elle se construit dossier après dossier.