Au Ghana, la hausse des recettes aurifères pose une question qui dépasse le montant des ventes : quelle part des devises générées reste accessible aux entreprises, aux banques et aux finances publiques du pays ? Les chiffres de 2026 montrent un rôle croissant de l’or artisanal dans les exportations, mais ils ne suffisent pas, à eux seuls, à mesurer les retombées pour les ménages.
Des recettes d’exportation déjà supérieures au total de 2025
Du 1er janvier au 20 octobre 2026, les exportations d’or du Ghana ont rapporté 22,7 milliards de dollars, selon les données annoncées par Sammy Gyamfi, directeur général du Ghana Gold Board, ou GoldBod. La filière artisanale et à petite échelle a représenté 11,6 milliards de dollars, contre 11,1 milliards pour les grandes mines. Ces deux montants, rapportés lors d’un forum minier à Accra, ont également été relayés par plusieurs médias ghanéens.
Le total dépasse déjà les recettes aurifères de 2025, établies à 20,98 milliards de dollars par la Banque du Ghana. La comparaison reste toutefois provisoire : elle oppose dix mois de 2026 à une année complète en 2025. Les chiffres de novembre et décembre préciseront l’ampleur de l’évolution.
Le 2 novembre, GoldBod a annoncé viser 1,2 milliard de dollars de devises issues du commerce de l’or artisanal pour le mois. L’organisme a aussi indiqué avoir généré 1,011 milliard de dollars en octobre et en avoir vendu la totalité à des banques commerciales agréées. Le montant de novembre est un objectif, et non une recette déjà réalisée.
Un dispositif public au centre de la filière
Créé par la loi ghanéenne de 2025, GoldBod encadre notamment l’achat, l’évaluation et l’exportation de l’or des exploitations artisanales et à petite échelle. En regroupant ces volumes dans des circuits officiels, l’État cherche à mieux suivre les ventes et à réduire les fuites vers le commerce non déclaré. Cette formalisation peut aussi faciliter l’accès des opérateurs autorisés au marché légal, sans garantir à elle seule que toute l’activité minière soit conforme.
Le changement intervient après une progression marquée en 2025. Les exportations d’or du Ghana ont atteint 20,98 milliards de dollars, contre 10,31 milliards en 2024, selon la Banque du Ghana. La valeur a augmenté avec les volumes exportés et la hausse du prix mondial : les quantités ont crû de 35,7 %, tandis que le prix moyen a progressé de 49,9 %. La montée des recettes ne s’explique donc pas seulement par les réformes nationales.
Les données de 2026 renforcent le poids de la petite exploitation dans les flux commerciaux déclarés. Au 20 octobre, GoldBod disait avoir exporté 85,4 tonnes d’or artisanal. Le secteur avait déjà généré environ 10,8 milliards de dollars en 2025, d’après les chiffres communiqués par l’organisme. Ces résultats décrivent les exportations enregistrées, mais ne permettent pas, à eux seuls, d’établir l’évolution de la production totale ou des revenus nets des mineurs.
Des dollars disponibles, mais des retombées à mesurer
La vente de devises aux banques peut accroître l’offre de dollars sur le marché local. Elle intéresse les importateurs qui en ont besoin pour acheter des biens, des intrants ou des équipements à l’étranger. Elle peut aussi contribuer à la gestion des réserves et aux opérations de change. Mais l’effet sur le cedi et sur les coûts supportés par les entreprises dépend de plusieurs facteurs, dont la demande de devises et les autres recettes d’exportation.
Le bilan ne se limite pas aux devises. Il faudra suivre les recettes fiscales, les redevances minières, les revenus effectivement versés aux communautés productrices et la part consacrée à l’investissement. En août 2026, l’Institut ghanéen d’études fiscales a notamment souligné que les royalties minières avaient moins progressé que la valeur des exportations d’or en 2025. Ce décalage rappelle qu’une hausse des ventes ne se traduit pas mécaniquement par une hausse équivalente des revenus publics.
Les effets diffèrent aussi selon les acteurs. Les banques et les entreprises importatrices peuvent bénéficier d’un accès accru aux devises. Les mineurs artisanaux dépendent, eux, des prix d’achat, des règles de licence et de la capacité des acheteurs autorisés à collecter leur production, y compris loin d’Accra. Pour les communautés minières, la formalisation ne répond pas à elle seule aux enjeux de sécurité, de conditions de travail et de protection de l’environnement liés à certaines exploitations.
GoldBod a également annoncé vouloir développer le raffinage local. Traiter davantage le métal au Ghana pourrait, à terme, accroître la valeur ajoutée réalisée dans le pays. Mais les recettes citées ici portent sur l’or exporté : elles ne prouvent pas encore que la capacité de raffinage, les emplois qualifiés ou les chaînes industrielles locales aient progressé au même rythme.
Un enjeu ghanéen dans une région productrice d’or
Le sujet concerne d’abord le Ghana, membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui réunit des pays aux régimes miniers et aux circuits d’exportation différents. Le dispositif GoldBod constitue un choix national de contrôle du commerce de l’or artisanal. Il place au premier plan la traçabilité des flux et la capacité de l’État à capter les devises, des enjeux également débattus dans d’autres pays producteurs de la région.
La prochaine étape sera de confronter les objectifs mensuels aux résultats publiés, puis de suivre la contribution réelle des ventes d’or aux réserves, aux recettes publiques et à l’économie productive. Les données de fin d’année permettront aussi de distinguer plus clairement l’effet des prix mondiaux de celui des volumes et des réformes. Pour le Ghana, l’enjeu n’est donc pas seulement d’exporter davantage, mais de transformer une ressource stratégique en bénéfices durables, mesurables au-delà des chiffres bruts.
Repères et vérifications : rapport de la Banque du Ghana sur les exportations de 2025 ; données GoldBod relayées par MyJoyOnline ; recoupement par NewsGhana ; site officiel de GoldBod.