Disposer de ressources pétrolières ou gazières ne garantit pas qu’un pays puisse financer leur transformation, leur transport ou leur accès à l’électricité. C’est à ce problème de financement que veut répondre la Banque africaine de l’énergie, officiellement établie à Abuja le 31 octobre 2026. Reste à convertir cette création institutionnelle en prêts réellement disponibles.
Un projet panafricain désormais doté d’une gouvernance
L’Africa Energy Bank, ou Banque africaine de l’énergie, est portée conjointement par Afreximbank, la Banque africaine d’import-export, et l’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO), qui réunit des pays producteurs. Les deux institutions ont annoncé sa création lors de l’assemblée générale inaugurale tenue dans la capitale nigériane.
Les membres ont nommé l’Égyptien Helmy Ghazi à la présidence et constitué le premier conseil d’administration, avec des représentants des secteurs public et privé et d’institutions du continent. Abuja accueillera le siège. La banque se présente comme une institution financière panafricaine indépendante, consacrée au financement de projets énergétiques.
Le parcours a été plus long que prévu. Afreximbank et l’APPO ont lancé leur partenariat en 2022. Elles ont signé l’accord de création et la charte en juin 2024, au Caire, puis choisi Abuja comme siège. Le démarrage, d’abord annoncé pour janvier 2025, a été reporté. En 2026, les deux promoteurs divergeaient encore sur le calendrier des souscriptions et des étapes de constitution. Le siège a été remis à leurs représentants en février, avant l’assemblée d’octobre. La date inaugurale est confirmée par l’APPO et par le quotidien nigérian The Guardian Nigeria.
Un capital annoncé, mais pas encore une enveloppe de prêts
La banque affiche un capital autorisé de 5 milliards de dollars. Ce plafond statutaire ne signifie pas que cette somme soit déjà versée ou mobilisable pour financer des projets. Avant l’ouverture, le secrétaire général de l’APPO, Farid Ghezali, avait évoqué 500 millions de dollars de capital initial réuni.
Selon les informations communiquées avant l’assemblée, le Nigeria devait apporter 200 millions de dollars et Afreximbank 222 millions. La provenance des 78 millions restants n’avait pas été détaillée publiquement. Aucun relevé consolidé des fonds effectivement libérés n’accompagne l’annonce de création. Il faut donc distinguer les engagements rapportés, le capital versé et les futurs financements.
Ce décalage entre capital autorisé et ressources disponibles sera déterminant. L’institution devra aussi établir ses règles de gouvernance, évaluer les risques des projets et préciser les conditions de ses prêts. Sans ces éléments, les 5 milliards annoncés renseignent sur l’ambition de la banque, pas sur le montant qu’elle peut engager aujourd’hui.
Son mandat couvre plusieurs étapes de la chaîne énergétique : exploration et production, transport, transformation, raffinage et distribution. Les promoteurs évaluent à 200 milliards de dollars les besoins d’investissement énergétique du continent. Ce chiffre, avancé par les institutions fondatrices, donne un ordre de grandeur, mais ne constitue pas à lui seul un plan de financement détaillé par pays ou par technologie.
Premiers projets attendus en 2027
Farid Ghezali a déclaré que la banque visait le financement d’au moins trois projets en 2027, avec une priorité annoncée aux infrastructures transfrontalières, notamment des raffineries régionales et des pipelines. À ce stade, aucun projet bénéficiaire n’a été officiellement désigné. La cible reste donc une intention, et non un calendrier de décaissements confirmé.
Les infrastructures transfrontalières pourraient relier des marchés voisins et soutenir les échanges d’énergie. Mais leurs bénéfices dépendront des accords entre pays, des coûts de construction et de la demande locale. Une raffinerie peut réduire certaines importations de produits pétroliers, sans pour autant répondre aux besoins d’électricité ou rendre l’énergie accessible à tous les ménages. Les retombées pourraient aussi différer entre pays producteurs, pays de transit et consommateurs.
La banque arrive alors que les financements internationaux destinés aux projets fossiles se resserrent. Ses promoteurs défendent la capacité des pays africains à décider de leurs choix énergétiques et à financer des infrastructures adaptées à leurs économies. Cette lecture met en avant la sécurité énergétique et l’industrialisation. Elle ne règle toutefois pas les questions de coût, d’impact environnemental, ni de compatibilité entre investissements pétroliers et gaziers et développement des énergies renouvelables.
Un test pour les financements régionaux
Pour le Nigeria, pays hôte et contributeur annoncé, l’installation du siège renforce le rôle d’Abuja dans le financement énergétique continental. Pour les autres États membres de l’APPO, l’enjeu sera de transformer leur participation institutionnelle en projets bénéficiant à leurs économies. Les entreprises pourraient accéder à une nouvelle source de capitaux ; les populations, elles, n’en verront les effets que si les investissements améliorent concrètement l’approvisionnement, les prix ou les activités productives.
Afreximbank apporte à l’initiative l’expérience d’une institution continentale de financement du commerce. L’APPO fournit un cadre de coopération entre producteurs d’hydrocarbures. Ce partenariat ne suffit pas à garantir la réussite : la banque devra attirer d’autres capitaux, rendre publics ses critères de sélection et démontrer qu’elle peut répartir les investissements au-delà de ses principaux actionnaires.
La création du 31 octobre marque ainsi une étape institutionnelle, pas encore la preuve d’une capacité de prêt à grande échelle. Les prochaines indications à suivre seront la publication des souscriptions effectivement libérées, les règles de financement et l’identification des premiers projets annoncés pour 2027. C’est à ces résultats que se mesurera la portée de cette nouvelle institution panafricaine.