Dans une mine, l’accès à un emploi ne dépend pas seulement d’un diplôme. Il faut aussi pouvoir travailler sur un site éloigné, disposer d’équipements adaptés et franchir des pratiques de recrutement longtemps pensées pour les hommes. À mesure que les projets miniers et pétroliers se développent dans plusieurs pays africains, ces conditions déterminent qui bénéficie réellement des ressources extraites.
Une place encore limitée dans les effectifs
À l’échelle mondiale, les femmes représentent entre 5 et 10 % des personnes employées dans l’industrie extractive, selon le réseau Resource Justice. Les données nationales africaines restent incomplètes et difficiles à comparer. Les chiffres disponibles montrent néanmoins une présence minoritaire dans plusieurs secteurs formels.
Au Burkina Faso, le rapport 2024 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), dispositif de publication des revenus et activités du secteur, recense 1 036 femmes parmi 10 158 emplois déclarés par les compagnies minières, soit 10,2 %. Un média burkinabè spécialisé a également rapporté cette proportion à partir du rapport. Ce décompte concerne les emplois déclarés par les entreprises et ne décrit pas à lui seul l’ensemble des activités minières du pays.
En Côte d’Ivoire, un baromètre présenté en octobre 2024 par l’association HeForShe Mines Côte d’Ivoire situe la part des femmes dans le secteur minier autour de 9,87 %. Le chiffre relayé par la presse ivoirienne varie selon les périmètres évoqués dans le compte rendu de l’étude. Il faut donc le lire comme un indicateur de sous-représentation, non comme une mesure exhaustive de tous les métiers et statuts.
La situation diffère selon les pays et les activités. En Afrique du Sud, le Conseil des minerais estimait à 19 % la part des femmes dans les emplois miniers en 2023. Cette progression s’inscrit dans un parcours national marqué par des règles d’exclusion et par des politiques visant à élargir l’accès à une industrie historiquement dominée par les hommes.
Du travail artisanal aux postes de décision
Les statistiques des grandes entreprises ne reflètent pas toute la réalité. Dans l’exploitation minière artisanale et à petite échelle, les femmes peuvent représenter une part importante de la main-d’œuvre. Elles y occupent souvent des fonctions différentes de celles des opérateurs des sites industriels. L’accès au financement, aux équipements, aux titres miniers et aux circuits de commercialisation pèse sur leurs revenus et leur sécurité.
Les risques ne se répartissent pas de la même manière. Dans les exploitations artisanales, l’absence de protections et l’exposition à des substances toxiques, notamment au mercure, peuvent toucher les travailleuses. Dans les mines industrielles, l’éloignement des sites, les horaires et le manque d’équipements adaptés compliquent aussi l’accès aux métiers de terrain et le maintien dans l’emploi.
Les postes de direction offrent un tableau plus contrasté. Une analyse de S&P Global publiée en 2023 a relevé que, parmi 16 sociétés minières cotées dont le siège se trouvait dans cinq pays africains, les femmes occupaient 32 % des postes de direction générale et 26,5 % des sièges de conseil d’administration. L’échantillon est restreint et ne représente ni toutes les entreprises du continent ni les effectifs des mines. Il montre toutefois que la progression au sommet peut coexister avec une faible présence dans l’ensemble de la main-d’œuvre.
Quelques parcours rendent cette évolution visible. En Afrique du Sud, Mpumi Zikalala a pris la direction générale de Kumba Iron Ore le 1er janvier 2022. En Côte d’Ivoire, Fatoumata Sanogo a été nommée directrice générale de Petroci Holding en juillet 2023. Ces nominations attestent d’un accès accru à des responsabilités stratégiques, sans suffire à établir une transformation générale des recrutements ou des carrières.
Des obstacles qui se jouent aussi hors de la mine
La représentation dépend en amont des formations, mais aussi de la capacité des entreprises à retenir les compétences. L’UNESCO estime que les femmes constituent 35 % des diplômés en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques dans le monde. Cette moyenne ne décrit pas chaque pays africain ni les spécialités minières. Elle rappelle cependant que les filières techniques restent un enjeu de recrutement.
En Côte d’Ivoire, des établissements comme l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny forment des ingénieures et des spécialistes susceptibles de travailler dans les mines, la géologie ou les hydrocarbures. Mais le diplôme ne lève pas à lui seul les freins liés aux stéréotypes, aux possibilités d’avancement, à la conciliation entre vie professionnelle et familiale ou aux conditions de sécurité sur les sites.
Les réponses passent donc par plusieurs niveaux : élargir l’accès aux formations scientifiques, proposer du mentorat, rendre les équipements de protection adaptés et publier des données ventilées par genre et par métier. Les entreprises peuvent aussi revoir leurs conditions de travail, tandis que les pouvoirs publics peuvent contrôler l’application des règles et les organisations professionnelles défendre l’accès aux droits miniers et aux marchés.
Un enjeu de partage de la valeur
Dans les pays concernés, les ressources minières et pétrolières alimentent les recettes publiques, l’emploi et les échanges régionaux. Pourtant, la présence des femmes dans les organes de direction ne garantit pas automatiquement un accès équitable aux emplois techniques, aux revenus ou aux opportunités des chaînes d’approvisionnement. Les travailleuses des mines artisanales, les salariées des sites industriels et les cadres ne rencontrent pas les mêmes obstacles.
Pour les gouvernements et les entreprises, l’enjeu dépasse ainsi les nominations symboliques. Il porte sur la façon dont les emplois, la formation, la sécurité et les contrats liés aux projets sont répartis. Au Burkina Faso comme en Côte d’Ivoire, l’amélioration des données permettrait de suivre ces écarts dans le temps et de distinguer les emplois directs, la sous-traitance et les activités artisanales.
Les indicateurs à surveiller sont concrets : évolution de la part des femmes dans les effectifs, accès aux métiers opérationnels, présence dans les postes de décision et conditions de travail sur les sites. À l’échelle continentale, ces questions concernent les pays producteurs aux trajectoires différentes. Elles rappellent que la valorisation des ressources ne se mesure pas seulement aux volumes extraits, mais aussi à l’accès des populations locales aux compétences et aux emplois créés.