Les travaux routiers en Côte d’Ivoire et dans les pays voisins reposent aussi sur un approvisionnement régulier en bitume. Pour la Société multinationale de bitumes (SMB), l’arrêt programmé de son outil industriel en début d’année a mis cette dépendance à l’épreuve, avant un rebond marqué de l’activité au troisième trimestre 2026.
Une industrie au croisement des routes ivoiriennes et régionales
Implantée dans la zone industrielle de Vridi, à Abidjan, la SMB fabrique des bitumes et fournit le marché ivoirien ainsi que plusieurs débouchés ouest-africains. Cotée à la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), elle occupe une place dans une chaîne qui relie raffinage, transport et chantiers routiers. La BRVM est le marché financier commun à plusieurs pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
La demande dépend donc autant des programmes d’infrastructures nationaux que des commandes régionales. En Côte d’Ivoire, le bitumage et la réhabilitation des routes visent notamment à améliorer les liaisons entre Abidjan et les régions. À l’échelle sous-régionale, les chantiers du Nigeria, du Ghana, du Burkina Faso et du Mali peuvent aussi soutenir les ventes. La société préparait de longue date un arrêt industriel en 2026 pour effectuer maintenance, inspections et travaux sur ses équipements.
Le trimestre compense le repli du premier semestre
À fin septembre 2026, le chiffre d’affaires de la SMB atteint 179,2 milliards de FCFA, contre 155,2 milliards un an plus tôt, soit une hausse de 15,5 %. Le bénéfice net s’élève à 8,9 milliards, en progression de 56,6 %. Ces résultats figurent dans les rapports d’activité diffusés par la BRVM à la fin octobre.
Le premier semestre avait pourtant commencé sous pression commerciale. Les ventes cumulées à fin juin s’établissaient à 95,7 milliards de FCFA, en baisse de 6 % sur un an. La direction attribue principalement ce recul à l’arrêt programmé de l’unité de production pendant 50 jours, de la fin janvier à mars, pour des opérations liées à la maintenance et à la conformité.
Le troisième trimestre a inversé la tendance des ventes. Par différence entre les comptes cumulés à septembre et ceux de juin, son chiffre d’affaires ressort à 83,5 milliards de FCFA, contre 53,3 milliards à la même période de 2025. Ce calcul indique une hausse de 56,6 %. Le bénéfice trimestriel calculé de la même manière atteint environ 3,3 milliards, contre 1,8 milliard un an auparavant.
La direction associe cette reprise à une production et des ventes plus élevées, ainsi qu’à une amélioration de l’indicateur international de marge de raffinage. Mais les données publiées ne détaillent pas la contribution respective des volumes, des prix et des coûts. Le rebond du chiffre d’affaires ne suffit donc pas, à lui seul, à expliquer toute l’évolution de la rentabilité.
Des marges à surveiller malgré la hausse du bénéfice
Sur neuf mois, le résultat des activités ordinaires atteint 13,1 milliards de FCFA, contre 8,4 milliards à fin septembre 2025. Cependant, les comptes trimestriels indiquent un résultat des activités ordinaires d’environ 3,3 milliards au troisième trimestre, en hausse par rapport à 2025, mais moins vite que les ventes. La rentabilité opérationnelle du trimestre mérite donc d’être distinguée de la progression cumulée du bénéfice net.
Ce décalage compte pour les investisseurs et pour les acteurs économiques qui dépendent du bitume. Une interruption de production peut peser sur la disponibilité des produits, tandis qu’une hausse du coût du pétrole brut et du fret peut réduire les marges. Pour les entreprises de travaux publics, les coûts d’approvisionnement influencent les budgets et le calendrier des chantiers. Pour la SMB, la régularité industrielle et la maîtrise des achats restent aussi importantes que la reprise des volumes.
Le précédent exercice rappelle que ventes et rentabilité ne suivent pas toujours la même trajectoire. En 2025, la SMB avait enregistré un chiffre d’affaires annuel de 206,7 milliards de FCFA et un bénéfice net de 13,1 milliards, malgré des perturbations de production et une baisse des ventes de bitume. Les résultats des neuf premiers mois de 2026 ne permettent pas encore de prévoir le bilan annuel.
La demande régionale ouvre des débouchés, sans effacer les risques
Pour le dernier trimestre, la société mise sur la progression des ventes nationales et sur les besoins de projets routiers au Nigeria, au Ghana, au Burkina Faso et au Mali. Ce réseau commercial illustre les liens économiques entre la Côte d’Ivoire et ses voisins. Il expose aussi l’entreprise aux variations de la demande et aux conditions logistiques de marchés différents.
La SMB signale en parallèle la volatilité du Brent, référence internationale du pétrole, et le renchérissement du fret dans un contexte de tensions géopolitiques. Ces facteurs peuvent alourdir le coût des approvisionnements. Leur effet final dépendra aussi de la capacité de l’entreprise à répercuter ces hausses et à maintenir sa production; les rapports ne chiffrent pas encore ces éléments.
La suite se jouera donc sur deux fronts : la continuité de l’activité industrielle et la concrétisation des débouchés routiers, en Côte d’Ivoire comme dans les pays voisins. Pour les Ivoiriens, l’enjeu dépasse les résultats d’une société cotée : il concerne la disponibilité d’un matériau essentiel aux routes, tandis que pour la BRVM, les prochains comptes montreront si le rattrapage du trimestre s’est transformé en croissance durable.